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Musée des beaux-arts du Canada

Bernini et la naissance du portrait sculpté de style baroque

Biographies : Gian Lorenzo Bernini

« Le cavalier Bernin est d’une taille médiocre mais bien proportionnée, et certainement plus maigre que gras, et tout de feu. Son visage a du rapport à un aigle, particulièrement par les yeux. Il a le poil des sourcils fort long, le front grand, un peu cavé vers le milieu et relevé doucement au-dessus des yeux. (…)

L’on peut dire que son esprit est des plus beaux que la nature ait jamais formés; car, sans avoir étudié, il a presque tous les avantages que les sciences donnent à un homme. Au reste, il a une belle mémoire, l’imagination vive et prompte et, pour son jugement, il paraît net et solide. C’est un fort beau diseur, et il a un talent tout particulier d’exprimer les choses avec la parole, le visage et l’action, et de les faire voir aussi agréablement que les plus grands peintres ont su faire avec leurs pinceaux. »


Les contemporains du Bernin le surnomment le « nouveau Michel-Ange ». D’ailleurs, à l’instar du maître de la Renaissance, le Bernin pratique non seulement la sculpture, mais aussi la peinture et l’architecture. Il finira même par dominer la scène artistique romaine et par influencer l’évolution des arts d’un bout à l’autre de l’Europe.

Gian Lorenzo Bernini voit le jour à Naples, en 1598; sa mère, Angelica Galante, est napolitaine, tandis que son père, Pietro Bernini, est un sculpteur florentin qui connaît le succès. En 1605, alors qu’il n’a que huit ans environ, sa famille s’établit à Rome. Durant sa jeunesse, il travaille auprès de son père et montre rapidement un talent exceptionnel pour la sculpture. Les portraits en bustes comptent parmi ses premières réalisations et contribuent à asseoir sa réputation.

Tôt dans sa carrière, le Bernin s’attire le mécénat du cardinal Scipion Borghèse, neveu du pape Paul V. Grand champion des arts et collectionneur vorace, le cardinal commande diverses œuvres au jeune sculpteur, dont Apollon et Daphné (1622-1624) et David (1623-1624). Le dieu Apollon poursuit la nymphe Daphné. Elle implore l’aide de son père, qui la métamorphose en laurier, lui permettant ainsi d’échapper à Apollon. La scène se déroule sous nos yeux : au moment où Apollon s’apprête à capturer Daphné, la chair et la chevelure de cette dernière prennent la forme de feuilles, de branches, d’écorce et de racines. Le marbre est sculpté avec une virtuosité presque miraculeuse, à l’image de la métamorphose subie par Daphné. Dans David, le héros s’apprête à lancer sa pierre contre Goliath : sa corde est tendue par la force et nous pouvons percevoir la tension dans chacun de ses muscles. Le visage de David est un autoportrait, un clin d’œil plein d’esprit : le Bernin se représente lui-même comme un « héros », triomphant sur le marbre. Lorsqu’il réalise ces sculptures, le Bernin vient d’entamer la vingtaine; elles révèlent la virtuosité exceptionnelle du jeune homme et constituent le fondement du succès qu’il connaîtra plus tard.

Reconnaissant le génie inventif du Bernin, le pape Urbain VIII et ses successeurs le chargent d’embellir la cité, ses églises et ses palaces. Il exécute la majorité des travaux décoratifs de la basilique Saint-Pierre, y compris le Baldaquin (1624-1635), l’énorme dais de bronze qui surmonte la tombe de l’apôtre. Hybride de sculpture et d’architecture, l’œuvre deviendra une icône et fera l’objet de répliques dans le monde entier; notons, à titre d’exemple, celle de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal. Le Bernin y ajoutera plus tard la Chaire de saint Pierre (1657-1666), un immense ensemble sculptural de bronze qui encercle l’ancienne relique du trône de l’apôtre.

Le Bernin exécute aussi des œuvres d’échelle plus modeste. Son fils Dominique affirme que « le Bernin s’applique minutieusement à chaque pièce qu’on lui demande de réaliser, quelle qu’en soit le type ou la taille. À sa manière, il consacre autant d’énergie à la recherche pour une lampe que pour un noble édifice, convaincu que tous les arts sont égaux en perfection et que quiconque parvient à créer de la beauté dans un objet banal ou de petite taille atteindra une beauté équivalente dans une œuvre majeure ou d’envergure. » (Traduction)

Ses dessins de chapelles et de tombes, commandés par des mécènes de moindre importance, comptent parmi les plus inventifs de l’artiste. De ses nombreuses œuvres, la pièce maîtresse est sans doute la chapelle Cornaro, rendue célèbre par L’Extase de sainte Thérèse d’Avila (1647-1651). Cet édifice est sans doute le plus brillant exemple du bel composto recherché par le Bernin : l’unité de la peinture, de la sculpture et de l’architecture dans une œuvre d’art, dont le tout surpasse la somme des parties.

Le Bernin laisse aussi sa marque dans la ville, construisant des églises, des palais et des places. Il décore d’ailleurs les principales places de la ville avec des fontaines très originales, la plus célèbre étant la spectaculaire fontaine des quatre rivières sur la place Navona. Elle comprend un ancien obélisque égyptien qui, dressé très haut sur un rocher creusé, semble littéralement défier la gravité.
                                                                                                       
En plus de dominer la scène artistique romaine, le Bernin jouit d’une célébrité étendue à l’ensemble de l’Europe : le roi Charles 1er d’Angleterre lui commande un buste en 1635; en signe de rivalité, le cardinal Richelieu, premier ministre du roi Louis XIII de France, lui commande son propre portrait en 1640. Louis XIV le fait venir en France afin qu’il redessine le palais du Louvre. Le Bernin passera quelque cinq mois à Paris en 1665, et ses plans seront rejetés. Au cours de son séjour, cependant, il réalisera le buste en marbre de Louis XIV, qui compte parmi ses œuvres les plus représentatives.

Le Bernin meurt en 1681, peu avant son 82e anniversaire de naissance, après avoir transformé l’art de son époque.

Il s’agit de l’histoire « officielle » de l’artiste. Parmi ses sources figurent les élogieuses biographies de l’historien de l’art florentin Filippo Baldinucci, et du fils du sculpteur, Domenico. Ce récit ne dépeint toutefois pas la personnalité complexe du sculpteur, qui était parfois jaloux, vaniteux et colérique. « D’une nature sévère, constant dans son travail et passionné dans ses colères. »

Le portrait le plus célèbre du Bernin, et aussi le plus tragique, est celui de Costanza Bonarelli, née Piccolomini, épouse du sculpteur Matteo Bornarelli, l’un de ses adjoints. Épris de la jeune femme, le Bernin aura avec elle une aventure, au cours de laquelle il exécutera son portrait. L’œuvre est remarquable et témoigne de la passion que nourrit l’artiste pour sa maîtresse. Il deviendra d’ailleurs un amant jaloux, espionnera son amoureuse et, un jour, la surprendra avec son propre frère, Luigi. Dans un accès de colère, le sculpteur se lancera à la poursuite de son frère, le frappera et le blessera gravement. Il donnera même un rasoir à l’un de ses domestiques afin qu’il entaille le visage de Costanza. Le Bernin recevra une amende, Luigi sera banni temporairement et Constanza sera humiliée. Le pape Urbain VIII accordera son pardon au Bernin, justifiant les frasques de l’artiste en affirmant qu’il s’agit « d’un homme exceptionnel au génie sublime, né de la volonté divine de glorifier Rome et d’illuminer ce siècle ». Le Bernin échappera aux conséquences de ses crimes et se défera rapidement du buste. À la demande expresse du pape, il épousera Caterina Tezio; leur union durera 34 ans et donnera 11 enfants. Costanza demeurera auprès de son mari, à Rome; elle mourra en 1662.