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Musée des beaux-arts du Canada

Bernini et la naissance du portrait sculpté de style baroque

Survol de l’exposition

À la fois sculpteur, architecte, concepteur, peintre et dramaturge, Gian Lorenzo Bernini (Naples, 1598 – Rome, 1680), a profondément marqué l’art du XVIIe siècle. Encensé par ses contemporains pour sa virtuosité, son audace et sa créativité sans bornes, le Bernin est aujourd’hui associé de près au baroque. Cette exposition couvre une partie de la vaste production artistique du Bernin : le portrait sculpté.

Né dans la Rome antique, puis ressuscité à la Renaissance, l’art du buste compte parmi les formes d’art les plus singulières qui aient vu le jour en Occident. D’une ressemblance convaincante, les bustes traditionnels demeurent des représentations assez statiques de leur sujet et sont plus proches du marbre que de la chair. Le Bernin rejettera cet ordre des choses pour se concentrer sur un instant précis et dépeindre ses sujets en pleine action. Le résultat n’est pas simplement ressemblant, mais aussi vraisemblant. Ses portraits semblent s’adresser directement à nous et nous interpellent, rompant ainsi le mur invisible qui sépare l’œuvre de l’observateur. Sous l’influence berninienne, d’autres sculpteurs romains s’emploieront à relever ce défi et établiront de nouvelles normes d’excellence artistique. Bernini et la naissance du portrait sculpté de style baroque, première exposition axée sur les innovations sculpturales radicales du Bernin et de ses pairs, relate l’évolution du portrait sculpté à Rome, depuis les années 1620 jusqu’à la toute fin du XVIIe siècle.

L’exposition comprend quelque 50 œuvres du Bernin et de ses contemporains : des sculptures de marbre, de bronze et de porphyre (Cette pierre de couleur rouge pourpré provient d’Égypte. Comme elle était associée aux empereurs romains, elle jouissait d’un certain prestige et était très en vogue dans les cours royales d’Europe. Le porphyre est particulièrement dur et difficile à tailler.) ainsi que des peintures et des dessins, dont 28 œuvres exécutées par le Bernin lui‑même. Tiré de la collection du Musée, le buste du pape Urbain VIII (Barberini) sculpté en 1632 constitue un élément central de l’exposition, où il sera richement entouré par des œuvres majeures d’autres musées parmi les plus prestigieux d’Europe et d’Amérique du Nord. En outre, plusieurs collectionneurs privés ont généreusement accepté de confier certaines de leurs œuvres au Musée. Nombre des pièces présentées dans cette exposition n’ont jamais quitté l’Italie et bien d’autres risquent de ne jamais être exposées ailleurs. Par conséquent, les visiteurs ont une occasion unique d’admirer ces œuvres sous un même toit pour la première fois.

Organisée de manière généralement chronologique, l’exposition relate en détail le cheminement artistique du Bernin, depuis sa recherche de précision jusqu’à sa quête de liberté créative et d’abstraction. Elle comprend des œuvres que l’artiste a réalisées depuis le début de la vingtaine et jusqu’à ce qu’il atteigne quelque 70 ans. Durant la majeure partie de cette période, le Bernin est l’artiste le plus influent de Rome et, parfois, son « dictateur artistique », pour ainsi dire. Ses œuvres sont réputées partout en Europe. Il mène une existence singulière et ses contemporains comparent ses créations à celles de Michel-Ange, lui aussi sculpteur, peintre et architecte. Certains déclarent qu’il a surpassé les splendeurs de l’Antiquité, encore considérée à l’époque comme l’autorité artistique suprême. Pourtant, d’autres l’accusent de rompre avec la tradition et condamnent son cheminement artistique.

Nombre des personnalités les plus influentes de Rome et de l’Europe demandent au Bernin de sculpter leur portrait. Sont réunis ici des bustes de papes, de cardinaux, de dirigeants et de généraux, ainsi que des portraits d’artistes, de poètes et de domestiques, jeunes ou vieux, romains, français ou anglais. Y figurent des sculptures de trois femmes – non seulement des portraits, mais aussi des stéréotypes de la mère, de la noble épouse et de la maîtresse, trois des quelques rôles féminins admis publiquement. Le portrait réalisé par le Bernin de sa maîtresse, Costanza Bonarelli, est peut-être l’œuvre la plus célèbre de l’artiste présentée dans l’exposition et un véritable témoignage de la passion qui l’animait.

Par sa virtuosité, le Bernin parvient à rendre, sans effort apparent, les diverses textures et surfaces : la soie, le coton, la dentelle et la fourrure se distinguent autant que s’il s’agissait de véritables étoffes. La peau n’est pas commune, mais particulière à chaque personne : lisse, jeune, vieille, ridée, flétrie, saine ou tendue. Entre les mains du Bernin, tous les aspects de la sculpture deviennent distinctifs, uniques et individuels. Il est plus difficile de saisir le caractère des sujets et encore plus de donner vie au marbre. L’innovation de l’artiste consiste à montrer ses sujets à un instant précis dans le temps – en train de réaliser une action qui demeurera ouverte et incomplète et qui sollicitera notre participation active. Les sujets parlent ou écoutent; ils avancent vers nous ou nous bénissent; ils captent notre regard; l’un d’entre eux se tourne vers nous, l’air surpris. Le Bernin crée de petits drames, des histoires où la sculpture et l’observateur sont tous deux sollicités, où chacun se voit assigner un rôle.

Le résultat est un nouveau type de portrait, qui est immédiatement célébré et repris. Le Bernin sera le plus célèbre sculpteur à poursuivre cette voie, mais d’autres s’efforceront de relever le défi. Parmi les plus talentueux d’entre eux, notons Alessandro Algardi et Giuliano Finelli, tous deux rivaux du Bernin. Le cœur de l’exposition illustre la soudaine explosion de créativité suscitée par les différents sculpteurs qui ont expérimenté avec le portrait durant les années 1620 et 1630.

La peinture a longtemps suivi une voie similaire, et le Bernin s’en inspirera dans ses propres œuvres. Elle avait peut-être été la forme d’art la plus prestigieuse, mais grâce au Bernin et à ses contemporains, la sculpture saura être tout aussi ambitieuse et complexe. Les portraits exécutés par certains des plus grands peintres de l’époque – Pietro da Cortona, Andrea Sacchi, Giovanni Battista Gaulli et Philippe de Champaigne – révèlent le jeu entre les deux disciplines artistiques. Concurrente de la peinture, la nouvelle sculpture parvient à exploiter les effets d’ombre et de lumière et à créer des analogies chromatiques en jouant subtilement avec notre perception de manière à suggérer plutôt qu’à montrer. L’exposition comprend aussi des dessins du Bernin, portraits intimes d’amis et de connaissances. Remarquables par la qualité et par l’audace de leur démarche sous-jacente, ces images affirmées et incisives tirent le maximum de l’art graphique.