Biographies : Rivalités artistiques
L’art romain est marqué par sa diversité, mais il est aussi nourri par les jalousies professionnelles : le Bernin a des rivaux.
Littéralement autorité suprême en matière d’arts sous la papauté d’Urbain VIII, puis sous celle d’Alexandre VII, le Bernin, malgré tout son génie, possédait un caractère difficile miné par la vanité, la jalousie et, parfois, l’étroitesse d’esprit. Plus tard au cours du même siècle, l’écrivain Passeri comparera le Bernin au mythique « dragon qui gardait jalousement le verger des Hespérides, veillant à ce que personne ne puisse ravir les pommes d’or que constituait la faveur papale. Il répandait du poison partout et semait toujours des pieux menaçant sur le chemin menant aux riches récompenses. » Nous ne devons pas nous fier aveuglément à ce portrait subjectif, mais reconnaître que certains artistes contemporains du Bernin y croyaient.
Giuliano Finelli (1601/1602-1653) est l’un des adjoints du Bernin et exécute une grande partie du ciselage inimitable qui caractérise les sculptures de son maître. Se sentant privé par lui d’une célébrité qu’il aurait dû avoir, il commence à travailler seul à la fin des années 1620.
Alessandro Algardi, dit l’Algarde (1598-1654), comme le Bernin, est à la fois sculpteur et concepteur; ses contemporains en font l’éloge et les savants modernes le voient comme l’un des plus grands artistes de son époque.
Francesco Mochi (1580-1654), qui appartient à la génération précédente, se distingue par son style personnel et s’avère aussi un rival acharné du Bernin.
L’exposition offre aux visiteurs l’occasion d’admirer des œuvres de Finelli et d’Algardi aux côtés de celles du Bernin. Il reste beaucoup à découvrir sur leur influence réciproque; en dépit de leur rivalité, ces trois hommes ont su s’inspirer les uns des autres. Les sculptures de Finelli et d’Algardi, en particulier, s’avèrent parfois très similaires, et l’exposition permettra aux visiteurs de comparer des bustes des deux artistes.
Finelli naît près des carrières de Carrare, en Toscane, où son père est un marchand de marbre. D’abord formé en sculpture à Naples, il s’établit ensuite à Rome vers 1618. Il travaille à l’atelier du Bernin, qui l’emploie pour ses aptitudes au ciselage, qui égalent, voire surpassent, celles du maître, et sont même perceptibles dans ses portraits. Finelli saisit chaque occasion de montrer sa virtuosité.
Né et formé à Bologne, Algardi s’établit à Rome en 1625. Artiste sensible, c’est un sculpteur sobre, mais inégalé. Traditionnellement, les critiques jugent qu’il représente plusieurs courants classiques de l’art baroque, contrairement aux exubérantes créations du Bernin. De son vivant, Algardi s’attirera la faveur du pape Innocent X (Giambattista Pamphilj), briguant ainsi brièvement la domination berninienne. Parmi ses œuvres les plus célèbres figure la sculpture grandeur nature en bronze du pape Innocent X, qu’il exécute pour rivaliser avec le Bernin, et sa statue de marbre du pape Urbain VIII. La comparaison entre les deux œuvres montre clairement l’animosité qui existe entre les deux artistes et les deux papes.
Les sculpteurs contemporains du Bernin puisent leur inspiration dans la peinture, aussi l’exposition explore-t-elle les rapports complexes entre ces deux disciplines. Elle comprend donc des œuvres réalisées par certains des peintres romains les plus influents du XVIIe siècle : Pietro da Cortona (1596-1669), reconnu pour ses fresques, Andrea Sacchi (1599-1661), représenté ici par deux portraits extraordinaires, et Giovanni Battista Gaulli (1639-1709), mieux connu pour ses immenses fresques exécutées sur le plafond de l’église du Gesù, à Rome.