M.C.ESCHER

Images ludiques

Escher doit une bonne part de sa popularité à ses illustrations de mondes impossibles. La production de telles gravures résulte des recherches qu’il a menées sur la perspective. Le système graphique permettant de représenter la profondeur sur une surface plane, une feuille de papier par exemple, a été mis au point à la Renaissance, au XVe siècle.

Selon une importante loi de la perspective, toutes les lignes parallèles fuyantes doivent être représentées sur le plan comme si elles se rencontraient en un même point, dit point de fuite.  Il est aussi possible de construire une représentation à deux ou trois points de fuite, en fonction du type d’objet illustré et de l’effet recherché.

De nombreuses gravures d’Escher témoignent de sa parfaite maîtrise des lois de la perspective dite classique. L’artiste explorera d’autres types de représentation de l’objet dans l’espace, comme dans Main tenant un miroir sphérique (1935), où il illustre une sphère qui réfléchit la totalité de la pièce à l’exception de ce qui se trouve directement derrière elle.

« Qu’est-ce que cette prétendue réalité; qu’est-ce que cette théorie, sinon une merveilleuse, et au fond, très humaine illusion? »

M.C. Escher: His Life and Complete Graphic Work, sous la direction de J.L. Locher

Dans la lithographie Relativité (1953), Escher utilise trois points de fuite, tous situés hors du cadre de la gravure : il y en a deux à l’horizon, à gauche et à droite du cadre, mais un peu plus bas, tandis que le troisième est celui du zénith, au-dessus. À chacun de ces points, Escher fait correspondre une gravité autonome, un poids indépendant. Le point de fuite du zénith, qui indique l’axe de gravité, semble changer selon l’orientation de la gravure.

Le spectateur peut ainsi tourner l’œuvre et l’interpréter correctement dans trois sens, pourvu qu’il soit dans un milieu sans pesanteur!

M.C. Escher, Relativité, 1953, lithographie sur papier vélin crème, 39.3 × 40.3 cm; image, 27.9 × 28.9 cm, Musée des beaux-arts du Canada, don de George Escher, Mahone Bay, Nouvelle-Écosse, 1990. © The M.C. Escher Company – Baarn, Pays-Bas, 2016. Tous droits réservés. www.mcescher.com
M.C. Escher, Main tenant un miroir sphérique, 1935, lithographie sur papier vélin avec couche argentée, 43.5 × 25 cm; image, 31.8 × 21.4 cm, Musée des beaux-arts du Canada, don de George Escher, Mahone Bay, Nouvelle-Écosse, 1989. © The M.C. Escher Company – Baarn, Pays-Bas, 2016. Tous droits réservés. www.mcescher.com

Une rencontre d’esprits mathématiques

La progression du travail d’Escher vers la représentation de mondes impossibles doit énormément aux divers contacts établis avec la communauté scientifique, en particulier ceux qui ont suivi son exposition au Stedelijk Museum d’Amsterdam en septembre 1954, à l’occasion du Congrès international des mathématiciens.

Outre la rencontre avec le mathématicien canadien H.S.M. Coxeter, l’exposition suscite de fructueux échanges d’idées avec Roger Penrose qui assiste au congrès comme étudiant, et que l’œuvre d’Escher fascine.

Des estampes comme Relativité ont exercé une influence déterminante sur la genèse de figures qu’on peut dessiner, mais dont l’existence en trois dimensions est impossible.

Roger Penrose fait parvenir à Escher l’article intitulé « Impossible Objects: A Special Type of Visual Illusion » [Objets impossibles : une forme particulière d’illusions d’optique] qu’il a signé avec son père L.S. Penrose et publié dans le British Journal of Psychology en février 1958. Les auteurs y rendent hommage à l’influence d’Escher.

Escher a été impressionné par deux illustrations qui accompagnaient le propos sur les objets impossibles : l’une présentait un triangle irréalisable et l’autre, un escalier qu’il était possible de suivre vers le haut et vers le bas en même temps.

S’inspirant des illustrations de Penrose, il a réalisé deux lithographies, Cascade (1961) et Montant et descendant (1960).

À propos de Montant et descendant
« [Dans Montant et descendant] on voit un groupe dédifices, une sorte de cloître avec une cour intérieure rectangulaire [...] Ce sont peut-être des moines, des membres dune quelconque secte secrète. Peut-être obéissent-ils à la règle qui les contraint à monter chaque jour ces escaliers, dans le sens des aiguilles dune montre, à certaines heures. Quand ils sont fatigués, ils peuvent changer de direction et descendre pendant un certain temps. Mais dans les deux cas, et bien que sa signification nous échappe, leur mouvement est inutile. »

• Escher on Escher: Exploring the Infinite

À propos de Cascade
« L’eau d’une chute, qui fait tourner la roue d’un moulin, descend doucement en zigzag dans la rigole entre deux tours jusqu’à ce qu’elle atteigne son point de départ. Le meunier peut maintenir ce mouvement perpétuel en ajoutant de temps à autre un seau d’eau afin de compenser l’évaporation. »

• Escher on Escher: Exploring the Infinite
M.C. Escher, Cascade, 1961, lithographie sur papier vélin, 52.2 × 42.9 cm; image, 37.9 × 29.9 cm, Musée des beaux-arts du Canada, don de George Escher, Mahone Bay, Nouvelle-Écosse, 1984. © The M.C. Escher Company – Baarn, Pays-Bas, 2016. Tous droits réservés. www.mcescher.com
M.C. Escher, Montant et descendant, 1960, lithographie sur papier vélin, Musée des beaux-arts du Canada, don de George Escher, Mahone Bay, Nouvelle-Écosse, 1983. © The M.C. Escher Company – Baarn, Pays-Bas, 2016. Tous droits réservés. www.mcescher.com
Construction impossible à trois barres de Roger Penrose
Escalier impossible de L.S. Penrose

Le monde visible comme concept

Le domaine de la psychologie s’est également penché sur le travail d’Escher, puisque la perception humaine est au cœur des illusions d’optique et des environnements impossibles conçus par l’artiste.

Ce dernier s’est particulièrement intéressé à la façon dont l’œil et le cerveau arrivent à comprendre le rendu d’un objet en trois dimensions sur une surface plane.

Le Dr Claude Lamontagne, chercheur en perception sensorielle humaine à l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa et grand amateur d’Escher, interprète l’œuvre de l’artiste à travers ces deux animations.

« Dans mes gravures, je cherche à témoigner de cet univers merveilleux et ordonné dans lequel nous vivons, et non pas d’un chaos informe, comme cela semble parfois. »

• Escher on Escher: Exploring the Infinite
M.C.ESCHER

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