Le musée est ouvert pendant les travaux sur la promenade Sussex.

Art Inuit

Kenojuak Ashevak, Le hibou enchanté 1960, gravure sur pierre en rouge, bleu et noir sur papier vergé, Imprimé par Eegyvudluk Pootoogook, 61 x 66,1 cm; image: 37 x 58,5 cm maximum irregular © West Baffin Eskimo Co-operative Ltd.
David Ruben Piqtoukun, Le poisson qui parle 2000, stéatites du Brésil en gris, brun, rouge et noir, 34 x 64,5 x 16,5 cm © David Ruben Piqtoukun.
Karoo Ashevak, Personnage 1974, os de baleine et pierre noire ?, 41 x 44,2 x 10,5 cm © Public Trustee of Nunavut. Succession Karoo Ashevak

Art inuit dans la collection d'art indigène

L’un des chapitres les plus remarquables de l'histoire de l'art canadien a été l’émergence d’une nouvelle forme d’expression créative dans l’Arctique. Vers la fin des années 1940, des artistes inuits des Territoires-du-Nord-Ouest, du Nunavut, du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador lancent un mouvement florissant où sculpture, dessin, estampe et autres techniques illustrent les questions de l'identité et de l’esthétique et établissent une admirable interaction interculturelle. La collection du Musée présente des œuvres d’artistes marquants comme Kenojuak Ashevak, Jessie Oonark, Karoo Ashevak et David Ruben Piqtoukun et montre les progrès historiques et créatifs considérables qui ont marqué cette période contemporaine (ultérieure à 1949) de l’art inuit.

En 1956, le Musée des beaux-arts acquiert ses premières sculptures d’artistes du Nunavik (Québec), dont Charlie Sivuarapik, premier membre inuit de la Société des sculpteurs du Canada. Dans les années 1960, d’importantes estampes réalisées par Kenojuak Ashevak au début de sa carrière, comme Le hibou enchanté, sont achetées de la West Baffin Eskimo Co-operative, à Cape Dorset (Nunavut), le premier atelier de création d’estampes établi en terre arctique. Dans les années 1980, des dons importants des Amis du Musée des beaux-arts du Canada, de la Dre Dorothy M. Stillwell et de M. F. Feheley enrichissent la collection, qui compte alors plus de 350 pièces. En 1989 et en 1992, le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien fait cadeau au Musée de 570 œuvres. Grâce à ces dons et à ceux qui ont suivi, de même qu’aux achats que le Musée continue d’effectuer chaque année, la collection d’art inuit comprend aujourd’hui près de 1 400 œuvres.

Des œuvres tirées de la collection sont exposées à tour de rôle dans les salles d'art inuit, soulignant ainsi l’histoire de l’art et des considérations thématiques. Enfilade de cinq pièces octogonales intimes, les salles d'art inuit se trouvent au niveau du sol et sont accessibles depuis le Grand Hall par l’escalier ou l’ascenseur.

C’est à Nunavik (Québec) qu’ont été créées certaines des plus brillantes sculptures parmi les premières du mouvement susmentionné. Davidialuk Alasua Amittu et Johnny Inukpuk comptent parmi les sculpteurs représentés qui ont contribué à définir le caractère narratif des œuvres produites dans cette région. Au Nunavut, nouveau territoire canadien créé en 1999, ce sont les artistes de Cape Dorset (Nunavut) qui dominent en matière de sculpture, avec une centaine d’œuvres réalisées notamment par Osuitok Ipeelee, Kiawak Ashoona, Qaqaq Ashoona et Oviloo Tunnillie. La région de Kivalliq, le centre du Nunavut, est représentée par des créations particulièrement austères et abstraites d’artistes des municipalités d’Arviat et de Rankin Inlet, dont des œuvres imposantes de Lucy Tasseor Tutsweetok, John Pagnark, John Tiktak et John Kavik. La région de Kitikmeot, au Nunavut, est connue pour le style expressionniste de ses artistes et leur attachement profond aux croyances spirituelles et chamaniques. La collection du Musée comprend également un important groupe d'œuvres de Karoo Ashevak, de Judas Ullulaq et de Charlie Ugyuk. Dans les Territoires du Nord-Ouest, les artistes inuvialuits David Ruben Piqtoukun et Abraham Anghik Ruben sont d’importants représentants des courants sculpturaux plus récents, à l’instar de Michael Massie, du Nunatsiavut, région de Terre-Neuve-et-Labrador, qui travaille l’argent et la pierre.

La collection d’art inuit comprend également plus de 800 dessins et estampes, dont certaines proviennent des divers ateliers de gravure exploités depuis les premières expérimentations menées à Cape Dorset à la fin des années 1950. Pensons notamment aux ateliers de Cape Dorset, Puvirnituq, Holman (Uluhaktok), Baker Lake, Pangnirtung et Clyde River. Parmi les dessins de la collection, ceux de Parr, Pitseolak Ashoona, Kenojuak Ashevak, Kiakshuk et Pudlo Pudlat, de Cape Dorset, occupent une place importante. Jessie Oonark, Janet Kigusiuq et Simon Tookoome, de Baker Lake, ont aussi enrichi la collection d’un nombre appréciable de dessins. D’ailleurs, le Musée s’estime particulièrement choyé d’avoir reçu Quand les jours rallongent et que le soleil brille dans la nuit (1966-1969), de Jessie Oonark, une vaste représentation panoramique de la vie dans le Grand Nord offerte par Boris et Elizabeth Kotelewetz en 1991. Au chapitre des autres techniques, les œuvres sur tissu sont représentés par des tentures murales de Jessie Oonark, de Marion Tuu'luq, de Victoria Mamnguqsualuk et d’artistes et de tisseurs de l’atelier Uqqurmiut, à Pangnirtung, dont Elisapee Ishulutaq.

La conservation et la présentation d’œuvres d’art inuit sont également soutenues par le fonds documentaire croissant du Musée des beaux-arts consacré à ce domaine. La bibliothèque, par exemple, a fait l’acquisition de l’imposante collection de livres et de documents d’archives de Sandra Buhai Barz. Bien qu’elle porte principalement sur l’art inuit canadien produit après 1949, cette collection comprend d’importantes ressources sur l’art et la population de l'Arctique circumpolaire et couvre l’histoire de cette région depuis quatre mille ans jusqu’à aujourd’hui.