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Cette installation donne à voir des œuvres maîtresses de Rubens, Van Dyck, Jordaens et de leurs collaborateurs tirées des collections du Musée.

3 mai 2013 • 5 Jan 2014

Comprendre nos chefs-d’œuvre : Rubens, Van Dyck, Jordaens

Pierre Paul Rubens (1577–1640) fut l’artiste le plus marquant de sa génération, autant pour son génie créateur que pour son esprit d’entreprise. Vivant dans le grand centre de production artistique qu’est alors Anvers, il est issu d’une culture où peintres et artisans travaillent en collaboration et maîtrisent parfaitement les techniques du métier et l’emploi des matériaux. Usant de sa formidable intelligence pour repenser le fonctionnement de l’atelier du peintre flamand, il dominera le monde des arts en Flandre et l’Europe entière fera appel à ses services. Peintre avant tout, Rubens perpétue la tradition pluridisciplinaire du travail artistique en s’intéressant à la conception d’estampes, de tapisseries, de travaux d’architecture et de sculptures. Il réalise la synthèse des écoles des Pays-Bas et de l’Italie, et contribue ainsi à créer un nouveau style international, un vocabulaire visuel recherché qui suscite l’intérêt de ses contemporains. Grâce à son vaste réseau social, il bénéficie d’une grande liberté et échappe tant aux contrôles importuns imposés par les guildes de métier qu’aux conventions régissant le statut social des travailleurs manuels. Il participe aux affaires internationales et au gouvernement de son pays, un privilège qu’aucun artiste avant lui n’avait obtenu. Il devient un modèle – sur les plans social, professionnel et artistique – pour les peintres de toute l’Europe, et son atelier est l’un de ceux qui, dans toute l’histoire de l’art, ont reçu le plus de commandes. Les pratiques qu’il élabore – celle de l’esquisse peinte, par exemple – seront en usage durant des siècles. Et même ses détracteurs ne pourront s’empêcher d’admirer son éblouissante technique. La continuité des méthodes et des stratégies de Rubens sera assurée par deux artistes de la génération suivante, Antoine van Dyck (1599–1641) et Jacob Jordaens (1593–1678). Ces derniers connaîtront un énorme succès en adaptant son modèle à leur propre personnalité artistique.

Les peintures et œuvres sur papier exposées ici témoignent à la fois du sens pratique, fondé sur la tradition artisanale, et des innovations essentielles de Rubens. C’est pourquoi l’étude approfondie du procédé de fabrication des œuvres et de leur fonction est si passionnante. Les travaux effectués au cours de la préparation de ce projet ont dissipé des malentendus de longue date et ouvert de nouvelles pistes de recherche. L’exposition nous invite aussi à revoir des œuvres de la collection du Musée qui nous paraissent familières, mais qui recèlent toujours des secrets. Porter un nouveau regard sur l’atelier de Rubens en tant que lieu d’échanges artistiques nous permet ainsi d'admirer les objets au-delà de leur aspect physique naturel et nous replonge au coeur de la démarche artistique de leurs créateurs. Nous pouvons nous imaginer à la place de l’artiste ou, du moins, à celle du visiteur de son atelier.

Avant-propos

Rubens, Van Dyck, Jordaens est la première d’une série d’expositions qui visent à redonner vie à des œuvres majeures de la collection du Musée des beaux-arts du Canada. Cette collection se bâtit depuis un siècle, période au cours de laquelle la discipline de l’histoire de l’art et la nature même des musées ont radicalement changé. Tout comme le rapport du public avec l’art et ce qu’il en attend. Les grandes expositions spéciales remportent maintenant beaucoup de succès et sont essentielles à la vie des musées modernes. Mais dans tout cela, ce que nous appelons la collection permanente sera oubliée si nous ne savons pas présenter au public, de manière engageante et dynamique, les objets qui la composent – et qui méritent d’être mieux connus. C’est exactement ce que nous tenterons de faire avec ces expositions : porter un regard neuf sur nos trésors nationaux. Car ces objets, essentiels à notre compréhension de la culture artistique, devraient être au fondement même de toute institution. Nous les présenterons d’une nouvelle façon, en nous servant des nouvelles technologies et en nous basant sur les recherches récentes et sur les nouvelles interprétations du rôle du Musée.
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Rubens, Van Dyck et Jordaens sont un point de départ naturel pour cette initiative. Ces artistes ont réexaminé les méthodes traditionnelles et développé des pratiques novatrices sans jamais perdre de vue ce qui valait la peine d’être préservé dans l’art flamand. C’est à cela qu’ils doivent leur réussite. Ils se sont adaptés aux changements qui se produisaient dans leur propre milieu, ainsi qu’à l’ouverture de nouveaux horizons, vraiment internationaux.

Le principe central de cette série est de proposer une expérience complète, globale, de l’objet authentique. Bien que ce soit là le rôle et le privilège du Musée, cet objectif ne peut être atteint que par la collaboration avec le public. Nous voulons l’intéresser, le mettre au défi et faire de cette discipline parfois ésotérique qu’est l’histoire de l’art une matière vivante et significative, comme doit l’être la relation avec l’art.

Trois des peintures exposées ici ont été récemment restaurées, de sorte qu’on peut maintenant les voir, pour la première fois depuis des siècles, telles qu’elles furent créées. Rubens, Van Dyck, Jordaens s’est bâtie sur une collaboration sans faille entre conservateurs et restaurateurs d’art. Voilà une excellente manière de commencer, centrée sur l’utilisation pratique et intelligente de la technologie, et sur une réflexion lucide, libre de préjugés, qui seront la marque de cette série.

Nous remercions les prêteurs dont la générosité nous a permis de réunir des œuvres intimement liées mais qui étaient séparées depuis des siècles. Parmi elles, il y a trois portraits qui ont servi d'études préparatoires au seul Van Dyck que possède le Musée; une oeuvre que Van Dyck a peinte alors qu'il était sur le point d'atteindre une renommée internationale. Ensemble, elles forment quelque chose de touchant; comme si une famille venait enfin d'être réunie. Nous remercions également les membres de notre famille universitaire et muséologique qui nous ont assistés : Sven Adelaide (Landesmuseum, Oldenbourg), Graeme Barraclough (Courtauld Institute), Friedrich Buchmayr (Abbaye de Saint-Florian), Alison Cable (Medway Archives), Michel Ceuterick (Asper), Bendor Grosvenor (Londres), Michal et Renata Hornstein (Montréal), Philip Mould (Londres), Arthur Stögmann (Liechtenstein Museum), Robert Wald (Liechtenstein Museum), Alejandro Vergara (Prado), Bert Watteeuw (Rubenianum) et le frère Augustinus Zeeman (Schottenstift, Vienne).

Marc Mayer
Directeur
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa