Vue de l’installation, Prix nouvelle génération de photographes, 11 octobre 2019 – 22 mars 2020, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.  Photo: MBAC

Exposition à la lumière : Communauté de pratique dans le cadre du Prix nouvelle génération de photographes

Est-il possible qu’un prix artistique favorise un esprit de collectivité tout en récompensant l’excellence individuelle? C’est une question que les finalistes au Prix Turner se sont peut-être posée avant de demander à ce que le prix de 2019 soit remis à tous les quatre, en tant que collectif, « au nom du commun, de la multiplicité et de la solidarité — dans l'art comme dans la société ».

Lors de la création du Prix nouvelle génération de photographes, en 2017, la Banque Scotia et l’Institut canadien de la photographie ont instauré trois prix égaux plutôt qu’un seul. Dans un pays aussi vaste que le Canada, la possibilité pour les pairs de faire connaissance, d’échanger des idées et d’exposer leurs œuvres ensemble peut constituer une occasion aussi importante que de recevoir le prix lui-même, la valeur de celui-ci exceptée.

Les lauréats du Prix nouvelle génération de photographes de cette année, Luther Konadu, Ethan Murphy et Zinnia Naqvi, se sont rencontrés pour la première fois grâce au prix, bien qu’ils aient déjà partagé des idées en ligne, principalement dans le cadre de la publication interdisciplinaire de Konadu, Thisispublicparking.com (site disponible en anglais seulement).

Le terme « Public Parking » [Stationnement public] a été choisi en 2016 pour la possibilité qu’il offre de prendre la forme de tous les contextes dans lesquels il est utilisé. Au départ, c’est l’endroit où Konadu transcrivait le contenu des longues conversations qu’il avait avec d’autres artistes pendant des visites d’atelier. « Maintenant, dit-il, c’est devenu plus qu’une simple capsule de documentation; une recherche de criticité a pris autant de place. »

Zinnia Naqvi, Autoportrait au jardin, 2017, et Nani au jardin (2), 1948, tirage de 2017

Zinnia Naqvi, Autoportrait au jardin, 2017, et Nani au jardin (2), 1948, tirage de 2017, épreuve au jet d’encre. Collection de l’artiste. © Zinnia Naqvi

Quand Konadu a interviewé Naqvi pour la publication à la fin de 2016, celle-ci se rappelle que c’était sa première longue entrevue avec quelqu’un ayant pris le temps de se familiariser avec son travail et de poser des questions réfléchies.

« C’est un cadeau que d’être capable de réfléchir à ces idées avec une personne et de les voir enregistrées quelque part pour pouvoir y réfléchir à nouveau, dit-elle. Les artistes émergents ont rarement le temps d’exprimer les pensées à la base de leurs œuvres ou l’espace pour le faire dans une plateforme publique. » Elle a récemment réalisé qu’ils ont discuté du fait qu’elle était à ce moment-là une artiste documentaire. Actuellement, cependant, elle s’intéresse beaucoup plus au jeu avec les frontières entre documentaire et fiction.

Au cours de l’événement Rencontre avec les artistes organisé au Musée des beaux-arts du Canada après l’inauguration de l’exposition du Prix nouvelle génération de photographes, les trois lauréats ont choisi de se poser des questions les uns les autres, au cours d’une table ronde, plutôt que de faire des présentations individuelles. Bien que leurs approches soient différentes, chacun a mis l’accent sur la communauté et la réciprocité, tant dans la forme que dans le contenu de leur discussion.

Ethan Murphy, Éviscéré, 2018

Ethan Murphy, Éviscéré, 2018, épreuve à développement chromogène. Collection de l’artiste. © Ethan Murphy

« C’est l’une des fonctions les plus intéressantes de l’art : l’ouverture d’un dialogue entre les spectateurs et les artistes et, également, entre les artistes eux-mêmes, explique Murphy. Il est vraiment important que les gens puissent voir qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’être artiste, une façon d’explorer une idée ou de faire quelque chose. »

Avec le même esprit de collégialité et de sincérité, Murphy a interviewé Steven Beckly pour Public Parking en juin. Un grand nombre des intervieweurs de la publication sont des artistes, et les nouveaux interviewés sont souvent recommandés par des prédécesseurs. Ainsi, après avoir reçu l’attention et les conseils de Beckly, Murphy voulait rendre la pareille et se familiariser davantage avec le travail, la philosophie et les influences de son mentor.

Public Parking, à travers ses nombreux collaborateurs, a évolué comme une extension en ligne de la pratique d’atelier de Konadu, qui selon lui ressemble beaucoup au fait de « passer du temps ». « J’ai toujours à cœur la manière dont je peux donner aux individus le pouvoir et l’agentivité dans le regard et comment ils peuvent regarder le public, qui les observe. »

Luther Konadu, Interventions sur portraits, 2019–, 4 épreuves au jet d’encre. Collection de l’artiste. © Luther Konadu

Luther Konadu, Interventions sur portraits, 2019, 4 épreuves au jet d’encre. Collection de l’artiste. © Luther Konadu

De la même manière, la publication est devenue un lieu informel, intime, mais public, comme de monter dans la voiture d’un ami qui vous attend dans un stationnement. Dans un collectif souple, mais en croissance, les artistes de toutes les disciplines se rassemblent à travers Public Parking afin de s’affirmer, avec et pour tous, et pour les lecteurs intéressés dans leur ensemble.

Des publications dirigées par des artistes, comme Public Parking, sont l’un des nombreux moyens par lesquels les créateurs contemporains interagissent et s’échangent des idées, tout en se penchant à l’intérieur vers la communauté artistique, et à l’extérieur, vers le monde en général. En réunissant les artistes photographes, les prix comme celui de la Nouvelle génération de photographes jouent un rôle important dans ce processus.

 

Visitez l’exposition du Prix nouvelle génération de photographes, qui présente des œuvres récentes de Luther Konadu, Ethan Murphy et Zinnia Naqvi, dans le PhotoLab de l’Institut canadien de la photographie, jusqu’au 22 mars 2020.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur

Exposition

From emerging talent to historical archives and established artists, the Canadian Photography Institute is the place to see and study photography in all its forms.

 

FOUNDING PARTNER

SUPPORTED BY

Avec ses nouveaux talents, ses archives historiques et ses artistes renommés, l’Institut canadien de la photographie est l’endroit idéal pour admirer et étudier la photographie sous toutes ses formes.

 

PARTENAIRE FONDATEUR

AVEC L'APPUI DE LA