Platt D. Babbitt, Chutes Niagara vues de Prospect Point (détail), v. 1855, 13,5 x 18,6 cm. Don de Phyllis Lambert (Montréal, 1988), Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

Souvenir des chutes Niagara

Pèlerinage par excellence des vacanciers et des nouveaux mariés, les chutes Niagara sont reconnues pour la beauté sublime et grandiose de leur paysage. Les rues commerciales qui bordent le site du côté canadien abondent en boutiques souvenirs, kiosques à friandises, maisons hantées et musées de cire destinés à attirer les touristes.

Dans cette ambiance éclectique se trouve un petit studio de photo antique où l’on peut se faire tirer le portrait devant un décor, costumes et accessoires fournis. L’expérience rappelle l’époque où les touristes commencèrent à affluer en grand nombre pour admirer les chutes Niagara, l’une des premières destinations touristiques majeures en Amérique du Nord à la moitié du XIXe siècle.

 

Le photographe-entrepreneur

C’est à partir de 1853 que Platt D. Babbitt commence à photographier les touristes aux chutes Niagara comme activité lucrative. Le daguerréotype Les chutes Niagara vues de Prospect Point (v. 1855) montre des visiteurs devant les chutes, quatre hommes et trois femmes, dont certaines sont munies d’ombrelles. 

Babbitt installe son appareil photo du côté américain, sur un site très fréquenté du nom de Prospect Point, et le garde toujours pointé vers les chutes du Fer à cheval. À partir de ce lieu, il photographie les visiteurs qui passent devant lui, souvent à leur insu, puis produit des daguerréotypes sur place et les offre à la vente avant que le groupe ne soit parti.

Il obtient le monopole sur la prise de photos du côté américain et maintient ce titre en protégeant son territoire. On raconte que lorsqu’un compétiteur arrivait avec un appareil, Babbitt s’interposait entre ce dernier et le paysage pour bloquer la vue à l’aide de parapluies.

Plus tard, il choisit d’installer un kiosque permanent sur le site pour abriter son matériel et annoncer ses services. Il réalisera des milliers d’images, surtout des daguerréotypes et des vues stéréoscopiques (procédé au collodion humide), sur une période de plus de vingt ans (1853–1879).

Alexander Henderson, Les chutes Niagara, N. Y.-Ont., v. 1860, sels d'argent sur papier monté sur carton-papier albuminé, 17,6 x 22,8 cm. Don de Miss E. Dorothy Benson, MP-0000.1452.180, Musée McCord, Montréal. Photo : Musée McCord

Vue sur les chutes Niagara à partir de Prospect Point où se trouve le kiosque de Platt D. Babbitt. 

Alexander Henderson, Les chutes Niagara, N. Y.-Ont., v. 1860, sels d'argent sur papier monté sur carton-papier albuminé, 17,6 x 22,8 cm. Don de Miss E. Dorothy Benson, MP-0000.1452.180, Musée McCord, Montréal. Photo : Musée McCord

 

Réflexion sur le paysage

Cette histoire révèle un aspect important des chutes Niagara comme lieu où se vit un contraste entre une nature dite « sauvage » et le développement touristique. Elle précède les conversations actuelles sur l’aménagement des parcs et lieux historiques nationaux au Canada, où il est désormais question de considérer l’histoire coloniale et environnementale. 

À l’époque où Platt D. Babbitt y établit son activité commerciale, la photographie joue un rôle grandissant dans l’exploitation des ressources naturelles et la promotion de l’industrie touristique au Canada. Découvrant le potentiel de l’image pour susciter le goût du voyage, les compagnies ferroviaires engagent des photographes pour produire des vues du paysage.

Ces images ont servi, de même que celles ramenées à la maison par les touristes, à définir les caractéristiques du pays et à développer un sens de l’identité nationale.

 

Chutes Niagara 2.0

La commercialisation des appareils argentiques portatifs au début du XXe siècle, puis des appareils numériques et des téléphones intelligents au XXIe siècle, a démocratisé la pratique de la photographie et permis aux touristes de produire eux-mêmes leurs souvenirs de voyage.

Aujourd’hui, les photographes amateurs peuvent même consulter des sites Internet ou blogues (lien disponible en anglais seulement) qui prodiguent des conseils pour mieux saisir les chutes Niagara sous toutes leurs facettes. Les mots-clics #chutesduniagara ou #NiagaraFalls sont largement utilisés sur les réseaux sociaux pour partager des photos du site, créant ainsi des collections d’images en ligne.

#chutesduniagara
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