David McMillan Centrale nucléaire, Tchernobyl, 1998, tiré en 2013 Épreuve au jet d'encre, 61 x 78.9 cm; image: 55.3 x 69.6 cm Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de l'artiste, Winnipeg, 2013 © David McMillan

David McMillan, Centrale nucléaire, Tchernobyl, 1998, tiré en 2013, épreuve au jet d'encre, 61 x 78.9 cm; image : 55.3 x 69.6 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de l'artiste, Winnipeg, 2013 © David McMillan

Sur place : la série Tchernobyl de David McMillan

En 1986, les émissions radioactives résultant du bris d’un réacteur à Tchernobyl, en Ukraine, ont contraint à l’exil plus de 135 000 personnes. Des millions d’acres de riches terres agricoles, gravement contaminées, ont été laissées en friche. Dès lors, la région s’est métamorphosée en une sorte de capsule témoin. Villes et villages abritent désormais les vestiges de l’ancien gouvernement soviétique et regorgent d’effets personnels abandonnés par les habitants en fuite. Une récente minisérie de HBO à propos du désastre est devenue l’émission de télé la mieux cotée par l’Internet Movie Database (IMDB). Et sa popularité alimente une augmentation sans précédent du tourisme dans la région, depuis l’ouverture de cette dernière au public en 2011.

L’artiste winnipegois David McMillan s’est rendu sur les lieux une première fois en octobre 1994 afin de photographier ce qui est appelé la Zone d’exclusion de Tchernobyl, c’est-à-dire le territoire touché par la radiation nucléaire. Pendant vingt-cinq ans, il a visité le site vingt-deux fois pour observer l’évolution de la situation; le sensationnel album photographique à couverture rigide Growth and Decay: Pripyat and the Chernobyl Exclusion Zone, publié cette année par Steidl, est le résultat de ces séjours.

Les photographies présentées ici, acquises par le Musée des beaux-arts du Canada en 2013, montrent, dans des détails terribles, ce qui, pour de nombreuses personnes, ne peut être que difficile à imaginer. Les images sont à la fois familières et effrayantes, attrayantes et épouvantables.

 

David McMillan, Vue d'une forêt d'un hôpital dentaire, Pripyat, 2012, tiré en 2013, épreuve au jet d'encre, 92.6 x 111.9 cm; Bateau échoué près de Tchernobyl, 1998, tiré en 2013, épreuve au jet d'encre, 61 x 78.9 cm, don de l'artiste, Winnipeg, 2013; Piscine du déhabilitation, l'Hôpital pour enfants, Pripyat, 1998, tiré en 2013, épreuve au jet d'encre, 111.8 x 143.5 cm; Une salle de musique dans une jardin d'enfants, Pripyat, 2009, tiré en 2013, épreuve au jet d'encre, 92.5 x 111.9 cm; Jeu et masques à gaz dans le couloir d'une école, 2003, tiré en 2013, épreuve au jet d'encre, 61 x 78.9 cm, don de l'artiste, Winnipeg, 2013. Toutes les images Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa © David McMillan

 

Dans les années 1980, McMillan s’intéressait d’abord et avant tout au paysage urbain. En structurant avec rigueur ses photos pour mettre en valeur la relation qui existe entre les formes, les lignes et les couleurs de différents éléments architecturaux, il captait un monde humain en apparence ordonné, maîtrisé et autonome.

En revanche, dans la série sur Tchernobyl, l’artiste crée une tension entre l’idéalisme de l’esthétique formelle et les vastes répercussions de cet accident nucléaire. Prendre des photographies densément composées était pour lui un audacieux pari à relever, puisque les structures à géométrie rigide qui retiennent son attention se désagrégeaient. En somme, McMillan fixe l’ordre humain constamment et irrémédiablement brisé, morceau par morceau.

Tout en focalisant sur la fragilité du monde humain, la présente série de McMillan révèle à quel point la nature demeure vigoureuse et tenace. D’ailleurs, selon l’artiste, même si Tchernobyl incarne un moment de l’histoire humaine aux terribles et interminables effets, la zone en question n’est ni morte ni statique.

Ses visites répétées du site pour prendre année après année des photographies des mêmes structures ou scènes révèlent une nature vibrante, une nature qui a certes été altérée, mais non éliminée. En ce sens, son œuvre soulève quelque espoir de continuité et l’espérance de voir les conséquences de l’imprudence humaine s’effacer un jour.

Ce texte est une adaptation d’un essai du catalogue Surgir de l’ombre. La biennale canadienne 2014, en vente à la Boutique du Musée des beaux-arts du Canada et à achatsMBAC.ca.

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