AA Bronson

Pionnier de l’art conceptuel et queer, AA Bronson (né Michael Tims en 1946) a apporté une contribution extraordinaire dans les domaines de l’art contemporain international, du militantisme, de la théorie, de l’édition indépendante et de l’enseignement radical. Le travail de Bronson, couvrant de nombreuses décennies et techniques, reflète son identité comme artiste, conservateur, éducateur et guérisseur, et porte sur des thèmes comme l’amour, la sexualité, la violence, le deuil et le traumatisme.

Né à Vancouver, Bronson déménage à Winnipeg en 1964 pour étudier l’architecture à l’Université du Manitoba. En 1967, en compagnie d’un groupe d’amis, il abandonne les cours pour former une communauté alternative, une école libre, une commune et un journal d’avant-garde. À la fin des années 1960, Bronson vit au Rochdale College de Toronto, une expérience d’éducation alternative dirigée par les étudiants.

En 1969, avec Felix Partz (né Ron Gabe) et Jorge Zontal (né Slobodan Saia-Levy), Bronson fonde General Idea. Pendant les vingt-cinq années suivantes, les trois artistes habitent et travaillent ensemble, traitant de thèmes allant des médias de masse et de la culture populaire à l’identité queer et l’épidémie de sida.

Après la mort en 1994 de Partz et Zontal en raison de complications liées au sida, Bronson entreprend une carrière solo. Sa célèbre photographie Felix Partz, 5 juin 1994 (1994/1999) est une image troublante présentant Partz peu après son décès entouré par des marques de confort et de joie, un portrait de maladie et de perte, certes, mais aussi un testament à la vie et la commémoration. Après la dissolution de General Idea, Bronson s’intéresse de plus en plus à la guérison. Inspiré par le chamanisme, le bouddhisme tibétain, la magie cérémonielle, l’occulte et des pratiques associées, le travail de Bronson en tant qu’artiste et guérisseur porte sur la guérison alternative, avec une attention particulière à des traumatismes historiques et contemporains,

Les œuvres de Bronson sont souvent des collaborations. Parmi ses projets, notons A Public Apology to Siksika Nation (2017–), produit avec l’artiste pied-noir Adrian Stimson. Il porte sur l’histoire coloniale du Canada et la destruction de la culture autochtone, ainsi que sur le système des pensionnats, qui implique l’arrière-grand-père de Bronson, le premier missionnaire dans la réserve albertaine Siksika. Les associations de Bronson avec des artistes plus jeunes comprennent Invocation of the Queer Spirits (2008–2010), une série de performances explorant les récits queer et marginalisés en Amérique du Nord. Préservant l’héritage de General Idea, il revisite leur œuvre à l’occasion, comme dans After General Idea (2018), mettant en vedette le célèbre motif AIDS dans un livre contenant des affiches à découper – un commentaire puissant sur la crise persistante du VIH/sida.

Dans l’esprit d’expérimentation, de collaboration et d’inclusion qui caractérise son travail, Bronson est directeur de Printed Matter, Inc. à New York de 2004 à 2010, et fonde la Foire annuelle du livre d’art de New York de Printed Matter, puis celle de Los Angeles. Il est également fondateur et codirecteur de l’Institute for Art, Religion, and Social Justice à l’Union Theological Seminary de New York. Il a enseigné à la UCLA, la University of Toronto et la Yale School of Art, et il est titulaire de trois doctorats honoris causa. En 2008, il est fait officier de l’Ordre du Canada et, en 2011, chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le ministre français de la Culture et des Communications.

© Arne Svenson photographe