General Idea

General Idea a été formé à Toronto en 1969 par Jorge Zontal (1944–1994), Felix Partz (1945–1994) et AA Bronson (né en 1946). Au cours des vingt-cinq années suivantes, le groupe a produit une œuvre d’avant-garde dans de multiples supports, qui préfigurait l’esthétique relationnelle et la critique institutionnelle. Surtout connu pour traiter de thèmes allant de la culture populaire à l’identité queer, General Idea a joué un rôle essentiel dans l’essor de l’art et du militantisme au Canada et à l’étranger.

Exploitant l’humour et la parodie, le collectif a emprunté les structures des médias de masse (télévision, publicité et magazines) pour explorer la production, la diffusion et la consommation des images, de l’art et de la culture. Entre 1970 et 1978, il a utilisé de faux concours de beauté pour faire la satire du monde de l’art contemporain, se plaçant simultanément à l’intérieur et à l’extérieur pour mettre en question le glamour, la célébrité et le consumérisme. Le concours de beauté Miss General Idea 1971 (1971) faisait appel à des présentations d’artistes de partout en Amérique du Nord, et a culminé en une cérémonie de remise de prix élaborée, simulant une émission de télévision en direct avec discours et récompenses.

De 1975 à 1984, General Idea a produit une série d’œuvres centrées autour du Pavillon Miss General Idea, un bâtiment fictif censé abriter le dernier concours de beauté Miss General Idea. En 1977, sept ans avant sa construction, le pavillon a été spectaculairement (et paradoxalement) détruit par un incendie. Conçu comme un musée décentralisé, ses fragments accueillis dans des institutions à travers le monde, le Pavillon fictif allait devenir un commentaire sur la structure du monde de l’art et le rôle changeant des musées. Brouillant les frontières entre passé, présent et avenir, le Pavillon et ses faux restes archéologiques ont déconstruit le mythe entourant l’art, l’architecture, les archives et les artéfacts.

Les stratégies de General Idea se sont modifiées en 1987, quand le groupe a entrepris la célèbre série Imagevirus. Habitant New York et faisant face à la réalité de la crise du sida, ses membres se sont notoirement approprié la pièce LOVE (1967) de l’artiste américain Robert Indiana, lui substituant le mot « AIDS » (sida). Leur logo AIDS, au départ une peinture, a rapidement trouvé une expression à l’extérieur de la galerie – notamment en tant qu’animation pour le panneau Spectacolor dans le Times Square de New York et dans des campagnes d’affiches de San Francisco à Berlin. Situé en plein cœur de l’art et du militantisme, le projet AIDS de General Idea a revêtu une nouvelle urgence à la suite des diagnostics de VIH de Partz et Zontal en 1989 et 1990. Tous deux sont décédés des complications liées au sida en 1994, poussant à la dissolution prématurée du collectif.

Le groupe a organisé plus de 100 expositions individuelles et participé à d’innombrables expositions à l’échelle internationale, et a produit une vaste gamme de projets d’art public. Il a reçu le prix Bell Canada d’art vidéographique en 2001, le prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques en 2002 et la médaille Skowhegan pour le multimédia en 2006.

Outre leur production artistique prolifique, les contributions du collectif à l’art contemporain comprennent la fondation de deux institutions importantes : FILE Megazine (1972–1989), un périodique qui comptait Joseph Beuys et Andy Warhol parmi ses premiers abonnés, et Art Metropole, une plateforme d’édition et d’exposition qui distribue des livres, enregistrements, vidéos et multiples d’artistes à Toronto depuis 1974. FILE et Art Metropole attestent de la place essentielle de General Idea dans l’histoire de l’édition indépendante et la culture gérée par les artistes.

En plus de travailler comme artiste solo depuis la mort de ses partenaires, AA Bronson a continué à préserver l’héritage du collectif, réactivant à l’occasion leur travail dans le temps présent.