Gerald Ferguson

"Si ça ressemble à un tableau, alors il faut que ce soit une peinture, n’est-ce pas? Je veux dire, si ça ressemble à un canard, que ça marche comme un canard, que ça fait couac comme un canard, alors ça doit être un canard, n’est-ce pas?"

- Gerald Ferguson, 1987

"Si l’apparence formelle des œuvres en deux et trois dimensions de Ferguson a substantiellement changé au fil des ans, ses préoccupations théoriques, qui visent à remettre en question la construction de l’autorité et le sens en peinture, sont demeurés constants."

Susan Gibson Garvey, 1995

À la fin des années 1960, Ferguson veut faire de l’art avec " le plus bas dénominateur commun qui est facilement disponible et apte à prendre forme concrète. " Il décide d’utiliser l’alphabet et des mots et des lettres dactylographiés sur du papier pour créer des œuvres d’art. À la longue, il réduit ce travail à sa plus simple expression : le point. Hors du contexte du langage, le point n’est plus qu’une petite marque. Ainsi, comme dans le Sans titre (1969) du Musée des beaux-arts du Canada, Ferguson couvre des toiles de points grâce à une matrice qu’il a construite avec une baguette d’angle de plâtrier. Avec sa matrice qui fonctionne comme une dactylo, il répète les points en grille. Malgré l’application méthodique de Ferguson, la grille est imparfaite. Lors de l’application de la peinture, l’intensité des points, qui varie accidentellement, montre que c’est une création humaine et non une production mécanique.

Ferguson utilise de nombreuses stratégies pour explorer le concept de création et la valeur monétaire dans l’art. Hôtel de ville de Halifax - Un tableau (1980) ressemble tout simplement à une peinture représentative, le genre de scène pittoresque de carte postale. En effet, Ferguson a utilisé une carte postale pour tracer le contour de l’œuvre sur la toile, puis il a demandé à un de ses anciens étudiants d’appliquer les couleurs. Il a présenté ce tableau comme son travail. Ce processus n’est pas sans précédent historique. Ainsi, durant la Renaissance italienne, les artistes employaient des assistants pour les aider à terminer une œuvre. Toutefois, aujourd’hui la fonction de créateur a changé. L’authenticité n’est plus seulement déterminée par les capacités de l’artiste en tant qu’artisan. De nos jours, le plan ou l’idée derrière l’œuvre indique la qualité et la valeur marchande. Dans son installation 1 000 000 de cents, présentée au Musée des beaux-arts du Canada en 2000, Ferguson remet en question la manière dont le marché détermine la valeur monétaire de l’art. Avec son empilement de cents canadiens reluisants sur le plancher de la galerie, il fait de l’argent une œuvre d’art conceptuelle qui ne vaut que la valeur nominale des pièces de monnaie. L’artiste met en lumière le mythe de la qualité et son rapport à la valeur marchande en vendant l’œuvre à son prix coûtant de 10 000 $.

Les titres des œuvres de Ferguson décrivent soit le contenu ou le processus de fabrication de l’œuvre. Ainsi, 1 000 000 de cents, Six fleurs et onze homards (1990) et abcdefghijklmnopqrstuvwxyz (1968) identifient le sujet. D’autres œuvres, comme The Standard Corpus of Present Day English Language Usage arranged by word length and alphabetized within word length (1969-1991) et Close to the Edge but not Going Over the Edge (1972) décrivent l’idée derrière l’œuvre. Il tente de démystifier la peinture en décrivant soit les éléments de l’œuvre, dont certains ne sont pas reconnaissables, ou le processus par lequel elle a été réalisée. Ferguson déclare que son art n’est rien d’autre que ce qu’il semble être.

En 1968, Gerald Ferguson se joint à Garry Neill Kennedy, son camarade de l’Université d’Ohio, comme professeur au Nova Scotia College of Art and Design (NSCAD). La même année, il inaugure la galerie du collège, prête son aide à l’élaboration du programme d’histoire de l’art et dirige l’atelier de lithographie et l’imprimerie de l’école. Il est actuellement professeur de peinture au NSCAD.