Gershon Iskowitz

« Mes peintures ne sont pas abstraites. Elles sont réalistes, hyperréalistes. Je vois ces choses… Je peins ce que je vois. »

Gershon Iskowitz est peintre et dessinateur. Il naît dans la ville de Kielce, en Pologne, en 1919. Enfant fantasque, Iskowitz s’intéresse beaucoup à l’art, voie dans laquelle sa famille l’encourage. Un de ses passe-temps favoris à cette époque est d’aller voir des films. Pour payer son entrée, Iskowitz s’entend avec le directeur du cinéma local sur un système de troc, échangeant des dessins des vedettes de l’heure contre un billet gratuit. Les registres scolaires de 1929–1931 dans les Archives d’État de Kielce indiquent qu’il étudie le dessin et obtient de bonnes notes.

Lorsque le ghetto de la ville, créé par les nazis, est liquidé en août 1942, Iskowitz est envoyé au camp de travail de Henryków, puis à Auschwitz et Buchenwald.

Prisonnier, Iskowitz use d’ingéniosité pour se procurer de quoi dessiner – dont le matériel avec lequel il créera Condamné – quand il est affecté à l’enlèvement des gravats suite aux bombardements alliés. Il fait souvent des croquis jusque tard dans la nuit, s’assurant de bien dissimuler ses dessins avant l’aube.

Iskowitz est interné pendant deux ans et demi dans les camps nazis, et est le seul membre de sa famille à survivre. Après sa libération le 11 avril 1945, il est admis dans un hôpital pour se rétablir. Le 31 octobre 1945, il entre au camp de personnes déplacées de Feldafing près de Munich, où il continue à dessiner et peindre. En 1948, Iskowitz émigre au Canada et s’établit à Toronto.

Son œuvre d’après-guerre est lourdement marquée par ses souvenirs des camps, par exemple avec La lune, Buchenwald, mais porte aussi sur la Kielce d’avant-guerre, comme dans Le marché. Vient ensuite une période où il peint des portraits et des natures mortes. À partir du début des années 1950, toutefois, le thème principal d'inspiration d'Iskowitz est le paysage canadien, et il entreprend des séjours annuels à l’atelier d’été McKellar Lodge du peintre Bert Weir près de Parry Sound, en Ontario. En 1967, un voyage à Churchill, au Manitoba, marque un tournant dans sa période de maturité, avec des œuvres abstraites telle Saisons, no 1.

Pour pouvoir poursuivre sa pratique artistique, Iskowitz donne des cours d’art le soir au Holy Blossom Temple de Toronto en 1953. En 1972, il représente, en compagnie du sculpteur Walter Redinger, le Canada à la Biennale de Venise. Deux ans plus tard, il devient membre de l’Académie royale des arts du Canada et, en 1977, reçoit la Médaille du jubilé d’argent de la reine Élisabeth II. Il crée par la suite la Fondation Gershon Iskowitz et le Prix Gershon Iskowitz. Ce prix va être administré par le Conseil des arts du Canada pendant les trois premières années et, depuis 2006, est remis en partenariat avec le Musée des beaux-arts de l’Ontario.