Philip Guston

« Je ne sais pas ce qu´est une peinture; qui sait ce qui déclenche l´envie même de peindre ? Il peut s´agir de choses, de pensées, de souvenirs, de sensations, qui n´ont aucun rapport direct avec la peinture elle-même. La peinture ne se fait pas sur une surface mais sur un plan que l´on imagine. Elle se déplace dans la tête. Elle n´est pas du tout là physiquement. C´est une illusion, un numéro de magie. Donc, ce que vous voyez n´est pas ce que vous voyez. » Mars 1978

Philip Guston a été l´un des principaux peintres de l´expressionnisme abstrait des années 1950, se distinguant par ses touches subtiles et ses couleurs lyriques. Cependant, petit à petit, la peinture abstraite ne lui a plus suffi et, dans la dernière partie de sa carrière, ses œuvres sont devenues plus figuratives, sombres et menaçantes. Guston était également un dessinateur accompli, qui a utilisé le dessin comme moyen d´exploration et de résolution créative de problèmes.

Philip Guston commence à peindre et à dessiner en 1927. Au départ, il est essentiellement un peintre autodidacte. En 1930, il étudie au Otis Art Institute de Los Angeles grâce à une bourse de trois mois. Pendant cette période, il s´investit de plus en plus dans les questions politiques. En 1934, il rejoint la section des fresques de la Works Progress Administration et se rend au Mexique où il peut voir les peintures murales de David Siquieros. Ce voyage le conforte dans sa volonté d´utiliser l´art comme un outil de sensibilisation sociale et de créer de vastes peintures murales qui véhiculent un message politique ou social puissant. En 1935, il emménage à New York et reçoit des commandes pour l´Exposition universelle de 1939, le Queensbridge Housing Project à New York en 1940 et le siège de la sécurité sociale à Washington DC en 1942. Le style de ses peintures murales s´inspire beaucoup du peintre italien Paolo Uccello, particulièrement en ce qui concerne la représentation des figures dans l´espace, et de Picasso. En 1940, Guston quitte la section des fresques et officie pendant plusieurs années comme artiste résident à l´université d´État de l´Iowa et à la Washington University.

De la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1951, Guston abandonne tous les éléments figuratifs, se concentrant plutôt sur des éléments abstraits de plus en plus grands et jouant avec la texture. Il devient l´un des peintres abstraits majeurs de sa génération. En 1965, il cesse complètement de peindre pour se concentrer entièrement au dessin. Il revient à la peinture quatre ans plus tard.

Dans les années 1970, la peinture abstraite ne suffit plus à satisfaire son envie de nouvelle forme d´expression et, une fois encore, Guston revient au figuratif, poussé en partie par sa conscience du climat politique du moment. Avec ces nouveaux sujets figuratifs, ayant parfois un aspect cauchemardesque de bandes dessinées, et souvent pleins de significations sociales, naît un langage pictural impur. Le nouveau style de l´artiste, cru, simplifié et vigoureux, lui permet d´exprimer sa colère et son désespoir. Le sentiment de menace est omniprésent dans les thèmes qu´il aborde ? représentations de têtes de cyclope, de membres du Ku Klux Klan et d´objets anodins comme des chaussures, des bouteilles et des réveils, tous peints avec une crudité délibérée dans des couleurs considérablement discordantes, comme on le voit avec Room (1976). «Nous sommes les témoins de l´enfer », écrit Guston.

Philip Guston a reçu plusieurs récompenses éminentes, dont le premier prix de l´exposition annuelle de l´Institut Carnegie en 1945, la prestigieuse bourse Guggenheim, le prix Altman de la National Academy of Design, le Prix de Rome de la American Academy de Rome, et le prix Flora Mayer Witkowsky du Art Institute of Chicago. Il a fait partie du corps enseignant des universités de Yale, de Columbia et de l´Iowa. De 1973 à sa mort, en 1980, Guston a enseigné à l´université de Boston.

Nom
Philip Guston
Canada: Québec, Montréal
1913-06-27
Nationalité
Canada, États-Unis
Décédé
États-Unis: New York, Woodstock
1980-06-07