Rebecca Belmore

« Une partie de mon intérêt dans la création artistique réside dans le fait de provoquer chez le spectateur une réflexion sur certaines questions. Et je m’y emploie en produisant des images qui semblent, au premier regard – du moins, je l’espère ! –, esthétiques. Mais lorsqu’on y regarde de plus près, il se peut que l’on aperçoive quelque chose en décalage avec cette beauté. C’est là que j’espère amener les gens, pour qu’ils réfléchissent à l’image qu’ils regardent. » Juin 2008

L’œuvre de Rebecca Belmore, qui s’exprime dans les domaines de la performance, de l’installation, de la photographe et de la vidéo, traite de la politique de la représentation. Ses images de provocation, d’intervention subtile et de résistance sont enracinées dans l’histoire tragique des cultures autochtones en Amérique du Nord. Convaincue que l’art a le potentiel de provoquer des changements sociaux, elle s’attaque aux questions difficiles de l’injustice, du racisme, de la violence et de la détresse qui frappent les personnes sans droits et marginalisées dans notre société. Un éventail de thèmes ou éléments récurrents relie ses œuvres entre elles : la remise en cause des discours officiels, le corps au travail, en lutte ou disparu, le geste répétitif et l’utilisation de matériaux naturels. 

De 1984 à 1986, Rebecca Belmore étudie dans le cadre du programme d’art expérimental à l’École d’art et de design de l’Ontario à Toronto. Dans ses œuvres de début de carrière, Belmore attire l’attention sur la persistance d’une présentation romancée de la culture autochtone. En se servant de références symboliques fortes, comme les vêtements, elle remet en cause les stéréotypes traditionnels des cultures, tant aborigènes qu’occidentales. Ses performances traduisent une sensibilité à l’histoire et au lieu, au souvenir et à l’absence. Dans ces œuvres, le corps physique de l’artiste est constamment présent, ce qui permet à Belmore d’explorer le soi et la communauté, les frontières entre public et privé, les relations de pouvoir dans la société contemporaine et les effets de la colonisation sur les peuples autochtones, en particulier les femmes. Elle élargit la distance entre artiste et visiteur, les confinant au rôle de spécimen et de voyeur. 

Dans son œuvre sculpturale complexe, Belmore se sert de matériel récupéré, très souvent glané directement sur le terrain. Nombre de ses sculptures évoquent l’esthétique du minimalisme, mais vont quelque part à l’encontre de ce dernier, dans ce sens que leur création, laborieuse, requiert une véritable accumulation de matériaux naturels d’une grande banalité, anti-industriels et éphémères. Ses objets ont en commun avec ses performances des processus similaires faits d’endurance, de répétition et de travail (Mince ligne rouge). Des corps disparus illustrent les questions plus vastes de la mortalité, de la vie et de la mort. L’eau, le feu, le sang sont aussi des éléments récurrents qu’elle utilise en référence aux récits coloniaux.

La photographie tient une place de plus en plus importante dans le travail de Belmore. Elle sert à documenter ou à préparer ses installations et performances. Les images du corps enveloppé (Se reposer et rêver, et Pâle) sont remarquablement minimales et la relation entre ce dernier et le tissu demeure ambiguë.

Belmore reçoit en 2004 le prix VIVA de la Jack and Doris Shadbolt Foundation, représente le Canada à la Biennale de Venise en 2005, et est lauréate du prix en arts visuels de la Fondation Hnatyshyn en 2009. 

En 2013, Rebecca Belmore a reçu le prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques

Nom
Rebecca Belmore
Canada: Ontario, Upsala
1960
Nationalité
Canada