Alex Janvier : surmonter les pensionnats

Alex Janvier, Pensionnaire indien – le chemin de croix – Anglais contre Français, 2014. Aquarelle sur papier

Alex Janvier, Pensionnaire indien – le chemin de croix – Anglais contre Français, 2014. Aquarelle sur papier, 76.3 x 57.8 cm. Acheté en 2018. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Alex Janvier Photo : MBAC

Alex Janvier est l’un des artistes les plus importants et les plus influents au Canada. Son histoire est celle d’un créateur hors pair, de quelqu’un qui a su conserver et renforcer son identité culturelle malgré les efforts entrepris par une société dominante pour éradiquer sa civilisation. Élevé traditionnellement dans la langue dénée jusqu’à l’âge de huit ans, il s’est ensuite retrouvé au Blue Quills Indian Residential School, près de St. Paul, en Alberta. Son style de peinture sans équivalent est imprégné de l’iconographie de sa propre culture dénésuline et saulteaux. Janvier reconnaît à la broderie perlée et à la vannerie en écorce de bouleau de sa mère et d’autres proches une grande influence sur son expression picturale. L’artiste, qui se définit lui-même comme « Autochtone moderniste », crée des œuvres situées à la frontière entre abstraction et représentation, intégrant l'esthétique dénée à ses tableaux. « Mes peintures représentent qui je suis, les endroits où je suis allé, ce que j'ai vu, et ce que j’ai peint, […] tout ce qui nous est arrivé », déclarait-il en 2007.

Pensionnaire indien – le chemin de croix – Anglais contre Français est une œuvre essentiellement abstraite où affleurent des orangés, rouges, verts, bruns, jaunes et bleus estompés. Des stries en rouge et brun foncés divisent les deux côtés de la composition. À la manière de plaques tectoniques se repliant sur elles-mêmes, elles marquent une rupture au centre de laquelle on voit ce qui semble être un minuscule cercueil rouge avec une croix blanche dessus. Hanté par les souvenirs de ses années passées au Blue Quills Indian Residential School, Janvier rappelle souvent l’histoire d’une jeune fille décédée dans cette institution et renvoyée chez ses parents dans une boîte en carton. Le cercueil ne représente pas uniquement cette tragédie, mais aussi celle de milliers d’enfants qui ne sont jamais rentrés chez eux.

Janvier a passé environ dix ans au pensionnat de Blue Quills. Séparé de sa famille, il a perdu en partie sa langue dénée : « En 1942, on m’a envoyé dans un pensionnat indien. J’ai perdu mon univers de communication, car je ne comprenais ni l’anglais, ni le français. La plupart de ce que nous apprenions m’était incompréhensible… » Il a été autorisé à exploiter et développer ses talents artistiques, et le simple fait qu’il ait poursuivi dans cette voie témoigne de sa résilience et de sa détermination à survivre. Il a manqué dix années d’amour et d'encouragements de ses parents, des neuf membres de sa fratrie et de sa communauté. Les souvenirs de ses expériences au pensionnat autochtone et de leurs conséquences sont des images récurrentes dans son œuvre. Si cette période de sa vie l’a profondément marqué, il continue à créer des toiles extraordinaires qui affirment une dimension incontestable de personnalité et de force de caractère, nous incitant à trouver en nous cette étincelle qui nous rendra meilleurs.

 

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