L’art canadien présent au plus ancien festival artistique au monde

Faire défiler pour les vidéos

Shary Boyle, Burden I [Fardeau I] (2009). Porcelaine, émail pour porcelaine, lustre, 30 x 36 x 36 cm. Avec la permission de l'artiste et de Jessica Bradley Inc.

La Canadienne Shary Boyle, qui participe à la 55e exposition internationale d’art de la Biennale de Venise, se retrouve pour l’occasion en compagnie des artistes contemporains les plus novateurs et avant-gardistes au monde.

Son travail dans le Pavillon canadien, flanqué par ceux de pays comme l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis, sera présenté à côté des œuvres d’artistes phares, dont Ai Weiwei, Anri Sala, Jeremy Deller et Sarah Sze.

« La Biennale de Venise est une plateforme extraordinaire pour découvrir ou redécouvrir des artistes de tous les coins de la planète, y compris ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’exposer sur la scène internationale », explique Josée Drouin-Brisebois, conservatrice de la collection d’art contemporain du Musée des beaux-arts du Canada. « Chaque pays présente son point de vue sur l’art actuel, en traitant en particulier d’un artiste ou d’un groupe, s’engageant ainsi dans une vaste conversation sur la culture. C’est également une chance inouïe de rencontrer des artistes, des conservateurs et des collectionneurs du monde entier, elle est devenue une Mecque du commerce et des échanges intellectuels. » 

Inaugurée en 1895, non seulement la Biennale de Venise comprend ce que d’aucuns considèrent comme le festival artistique le plus prestigieux au monde, mais elle est aussi vue comme l’événement culturel en art contemporain le plus ancien et le plus reconnu. Elle se tient un an sur deux dans une série de pavillons nationaux dans le Giardini di Castello, ainsi que dans divers autres lieux disséminés dans la ville. Du 1er juin au 24 novembre 2013, la Biennale de Venise rassemblera encore une fois des artistes de plus de 80 pays, et accueillera aussi directeurs de musée, conservateurs, collectionneurs, galeristes et journalistes de partout.

En 2011, 84 pays ont participé à la 54e Biennale, qui a attiré plus de 440 000 visiteurs. Les organisateurs s’attendent à ce que ces chiffres augmentent en 2013, malgré un horizon économique plutôt sombre en Europe.

Selon Gerald McMaster, commissaire canadien pour la Biennale de Venise en 1995 et un des directeurs artistiques de la Biennale de Sydney en 2012, « bien que les biennales de Venise et de Sydney soient toutes deux des expositions internationales majeures en art contemporain, elles sont différentes, en cela que Venise accueille des représentations nationales et Sydney choisit des directeurs artistiques. Toutes les deux, toutefois, sont importantes pour le monde de l’art, parce qu’elles figurent au nombre des institutions les plus anciennes de leur catégorie. »

Pavillon du Canada, Biennale de Venise

Voici un exemple : si la plupart des pays utilisent leur pavillon pour présenter leurs propres artistes, cette année la Biennale offre une ou deux surprises. La plus surprenante est la décision de la commissaire du pavillon allemand d’ouvrir les portes à quatre artistes, dont un seul est véritablement allemand. La commissaire Susanne Gaenscheimer a choisi l’artiste chinois Ai Weiwei, la photographe indienne Dayanita Singh, le photographe d’Afrique du Sud Santu Mofokeng et le cinéaste allemand Romuald Karmakar pour représenter « le langage universel de l’art».

Dans un communiqué du Musée d’art moderne de Francfort, dont elle est la directrice, Gaenscheimer explique : « La production artistique contemporaine en Allemagne est, comme partout, caractérisée par des formes de coopération multiples entre les artistes du monde entier, et par un échange intellectuel et culturel international ». En conséquence, « l’Allemagne ne sera pas représentée comme une unité nationale hermétique, mais comme un participant actif dans une constellation planétaire, complexe ». 

Autre détournement intéressant de cette priorité nationale habituelle à la Biennale, la rumeur récente d’une présentation collective de la France et l’Allemagne. Susan Gaenscheimer et Christine Macel, commissaire du Pavillon français, ont discuté des possibilités de coopération entre les quatre artistes invités par l’Allemagne et le vidéaste Anri Sala, pour la France.

Bien que le Canada ait opté pour une approche plus traditionnelle, avec un seul artiste, Shary Boyle est tout sauf conventionnelle. Considérée comme l’un des artistes canadiens les plus novateurs, Boyle fait appel au dessin, à la peinture, la sculpture et la performance. Alliant histoire, fantaisie et intérêts très personnels, elle crée des œuvres qui mettent souvent en scène des personnages marginalisés, tout en franchissant les frontières entre animé et inanimé, vie et mort, tangible et intangible.

Le Canada est l’un des 30 pays dont le pavillon national est situé dans le prestigieux Giardini di Castello. Si le pavillon n’a été inauguré qu’en 1958, le Canada participe à la Biennale depuis 1952, avec un lancement qui comprenait des tableaux d’Emily Carr, peintre canadienne emblématique. 

Depuis ce temps, le Canada a accueilli certains des artistes les plus reconnus dans le domaine de l’art canadien, dont un grand nombre ont connu des carrières internationales. David Milne, Alfred Pellan, Alex Colville, Janet Cardiff et George Bures Miller, ainsi que Rodney Graham et David Altmejd ne sont que quelques-uns des artistes canadiens qui sont devenus des incontournables de la scène artistique mondiale.

« La Biennale de Venise demeure un lieu important pour échanger les toutes dernières nouvelles de toutes les parties du monde, dit McMaster. Pour cette raison, elle conserve un cachet considérable. »

Lee-Ann Martin, conservatrice de l’art autochtone canadien contemporain au Musée canadien des civilisations, est du même avis. « Grande dame des expositions internationales d’art, la Biennale occupe une place importante dans le monde de l’art contemporain. L’envers de la médaille, c’est le poids énorme qu’elle représente pour les artistes. En préparation pour la Biennale, les artistes travaillent tellement à leur présentation à Venise, ainsi qu’à son financement, dans de nombreux cas, qu’ils n’ont de temps pour rien d’autre. Pour la plupart, on ne voit de nouvelles œuvres d’un artiste invité à la Biennale que longtemps après que celle-ci soit terminée.» 

Martin ajoute : « Parfois, vous avez de la chance, la presse artistique internationale – qui est bien sûr rassemblée à la Biennale – remarque votre travail et c’est parti. Pour cette seule raison, on accourt à la Biennale de Venise, parce que c’est toujours la vitrine la plus grande et la plus vénérable de ce qui se fait de mieux en art contemporain. »

L'artiste novatrice Shary Boyle, de Toronto, représentera le Canada à la Biennale de Venise en 2013, les «Olympiques de l'art ». Dans cette vidéo, elle raconte pourquoi et comment elle compte relever le défi et créer des œuvres spécialement pour le pavillon du Canada de la Biennale de Venise.  

À propos de l'auteur