Le questionnaire de Proust : David McMillan

Le questionnaire de Proust est au départ un jeu populaire à la fin de l’époque victorienne, conçu pour révéler des aspects clés du caractère d’une personne. L’auteur Marcel Proust, encore adolescent, répond à une suite de questions semblables avec un tel enthousiasme que, lors de la découverte en 1924 de ses réponses originales, son nom devient associé de façon permanente à ce type d’entrevue informelle.

 

DAVID McMILLAN

Photo: David McMillan

L’artiste de Winnipeg David McMillan, formé initialement comme peintre, a commencé à travailler en photographie vers la fin des années 1970. Explorant intérieurs, paysages ruraux et urbains, ses premières œuvres étaient centrées sur les points d’interaction entre nature et architecture, et sur les tensions potentiellement créées par ceux-ci. C’est son voyage initiatique en Ukraine en octobre 1994 pour photographier « la Zone », le secteur touché par l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986, qui a donné naissance à une histoire visuelle du délabrement et de la beauté qui allait s'étendre sur 25 années. Il a visité à nouveau les lieux à 21 reprises, et le contraste entre la décomposition des installations d’origine humaine et l'imposante puissance de la nature ont créé des images d’une beauté obsédante. Évoquant le projet pour l’Atomic Photographers Guild, l’artiste déclarait : « Une conséquence inattendue de ces visites si fréquentes a été la possibilité de photographier les changements à l’œuvre dans cet environnement si particulier. La nature s’y est multipliée alors que l’environnement bâti tombait en ruines, et c’est devenu le sujet de mes photographies. » S’exprimant sur Global News Manitoba en 2016, il soulignait sa fascination pour « ce qui se produit quand la nature a les coudées franches » et que les traces de culture s’estompent.

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David McMillan, Hall d'entrée de l'hôpital pour enfants, Pripyat, 2012, tiré en 2013, épreuve au jet d'encre, 93 x 111.9 cm; Jardin d'enfants décrépit, Pripyat, 2004, tiré en 2013, épreuve au jet d'encre, 91.5 x 111.9 cm; Dossiers médicaux, Pripyat, 2002, tiré en 2013, épreuve au jet d'encre, 61 x 78.9 cm. Dons de l'artiste, Winnipeg, 2013. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © David McMillan Photo: MBAC

 

La collection du Musée des beaux-arts du Canada compte 50 photographies du projet ukrainien de McMillan, la majorité d’entre elles prises dans la ville de Pripiat, qui datent de sa première visite et de 13 séjours ultérieurs dans la région. Andrea Kunard, conservatrice associée de la photographie au Musée, explique : « L’artiste met à profit ses talents esthétiques bien rodés à des fins dramatiques et percutantes, s’assurant un impact maximal auprès du public en lui présentant visuellement le site comme étant à la fois familier, exotique, attirant et effroyable. La géométrie rigide du bâti se désagrège lentement par son exposition aux éléments; les photographies montrent l’ordre humain constamment et irrévocablement détruit morceau par morceau. » Ses œuvres faisaient partie de Surgir de l’ombre, la biennale canadienne du Musée en 2014, ainsi que de l’exposition La photographie au Canada, 1960–2000, présentée en 2017.

De 1973 jusqu’à sa retraite en 2009, McMillan a enseigné à l’Université du Manitoba. Son travail a été présenté dans plus de 30 expositions individuelles, dans 43 expositions collectives et quelque 30 publications. Outre la collection du Musée, ses photographies font également partie, entre autres, des collections du Musée des beaux-arts de l’Ontario, du Milwaukee Art Museum et du Musée des beaux-arts de Winnipeg, et son œuvre a été exposée au pays comme à l’étranger. Son plus récent ouvrage, Growth and Decay. Pripyat and the Chernobyl Exclusion Zone, a été publié en 2019.

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Mon premier souvenir de l’art :
Avant même d’avoir la notion de ce que l’art pouvait être, j’étais attiré par les images faites à la main. Une tante était peintre amatrice, et ma mère dessinait pour m’amuser.

Le moment où j’ai su ce que serait ma vocation :
Une fois à l’école d’art, plus rien d’autre ne m’a semblé aussi intéressant.

Ma plus grande influence : 
Le travail d’autres artistes. Les essais de John Szarkowski ont contribué à me forger un cadre conceptuel.

L’occupation que j’aurais choisie (autre que les arts) :
Écrivain.

Mon loisir préféré :
La lecture.

Mon artiste préféré(e) :
Tellement ont eu de l’importance pour moi; mais le photographe français Eugène Atget est en tête de liste.

Mon auteur(e) et musicien(ne)/compositeur(rice) préféré(e) : 
Mes auteurs et musiciens préférés ont changé au fil des années. Quand j’étais plus jeune, je lisais Charles Dickens, puis John Updike,  mais aujourd’hui, c’est plutôt Rachel Cusk et Karl Ove Knausgaard. J’écoute différents genres de musique, mais Mozart et surtout Beethoven ont peu d’équivalents pour la profondeur émotionnelle.

Le temps ou la saison que je préfère :
Dans mon coin du monde, l’automne.

Ma meilleure qualité : 
La rigueur.

Mon pire défaut :
La rigueur.

Ma définition du bonheur :
Travailler à un projet important à mes yeux et qui a une chance d’aboutir.

L’art pour moi, c’est (en cinq mots ou moins) :
La sensibilité révélée.

 

Pour les détails sur l'œuvre de David McMillan dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, consulter la collection en ligne et le Photoblogue du Musée. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

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