Le questionnaire de Proust : Liz Magor

Le questionnaire de Proust est au départ un jeu populaire à la fin de l’époque victorienne, conçu pour révéler des aspects clés du caractère d’une personne. L’auteur Marcel Proust, encore adolescent, répond à une suite de questions semblables avec un tel enthousiasme que, lors de la découverte en 1924 de ses réponses originales, son nom devient associé de façon permanente à ce type d’entrevue informelle.

LIZ MAGOR

  

Photo : Robert Orth

Liz Magor est l’une des plus importantes sculptrices contemporaines au Canada. Réputée pour sa virtuosité technique, elle crée des œuvres ironiques qui brouillent souvent la frontière entre réel et faux. Travaillant à partir d’objets recyclés ou mis au rebut, Magor laisse sur une longue période les matériaux eux-mêmes inspirer une œuvre ou une série abouties. Elle a ainsi atteint la notoriété pour des sculptures et installations allant de plâtres délicats de petits animaux sans vie à un moulage pleine grandeur en aluminium d’une remise en bois.

Née à Winnipeg, Magor grandit à Vancouver, où elle étudie à la University of British Columbia et à la Vancouver School of Art, ainsi qu’à la Parsons School of Design à New York. Dès 1988, son travail a déjà été présenté dans les plus importantes rencontres artistiques internationales, notamment la Biennale de Sydney, la Biennale de Venise et documenta 8.

Magor est lauréate d’un prix Audain, d’un Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques et du prix Gershon-Iskowitz 2014. Ses œuvres sont présentées dans des expositions individuelles et collectives partout dans le monde, entre autres à l’Orange County Museum of Art, au Triangle France à Marseille, au Musée d’art contemporain de Montréal et au Musée des beaux-arts du Canada, qui possède plusieurs de ses œuvres dans sa collection. Elle vit et travaille actuellement à Vancouver.

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Mon premier souvenir de l’art :

Lorsque j’étais enfant, nous vivions à Prince-Rupert. Il y avait au bout de notre rue une clairière dans la forêt, où se trouvaient deux longues remises. Dans chacune, il y avait un immense mât sculpté et peint. La clairière, les remises et les mâts dissimulés ont constitué ma première expérience du merveilleux.

Le moment où j’ai su ce que serait ma vocation :

Alors que j’avais autour de 12 ans, je suivais un cours d’art le samedi au centre municipal. Nous fabriquions des marionnettes. Les têtes étaient en papier mâché et elles s’ajustaient dans un fourreau de tissu avec des manches qui cachait la main. Entre un samedi et le suivant, j’ai fait autant de petites vestes de poupées que j’ai pu, en les taillant dans n’importe quel vêtement ou chiffon que je pouvais dénicher à la maison. J’ai forcé mon petit frère à participer à la chose, et ensemble nous avons rempli une boîte de ces vêtements de poupée. Je les ai apportés le samedi suivant pour les montrer à l’animatrice. Elle a eu une drôle de réaction, pas celle à laquelle je m’attendais. Un peu déstabilisée, je dirais. En tout cas, j’ai aimé l’effort de production et la transformation du matériau brut en des formes de ma propre invention.

Ma plus grande influence :

La côte Ouest canadienne.

L’occupation que j’aurais choisie (autre que les arts) :

L’écriture : poèmes, romans, journalisme.

Mon artiste préféré(e) :

Brancusi.

Mon auteur(e) et musicien(ne)/compositeur(rice) préféré(e) :

W.G. Sebald, Charlotte Brontë, José Saramago, Jane Austen, James Joyce, Martin Amis, Alice Munro.

La couleur, la fleur et l’oiseau que je préfère :

Cela dépend du contexte. Les couleurs sont intéressantes en relation avec d’autres couleurs; une bonne combinaison un peu étrange me ravit. Les fleurs peuvent être petites ou grandes : pivoines pour les cultivées, lychnides coronaires et digitales pourpres pour les sauvages. J’aime observer les oiseaux à l’œuvre, particulièrement sur les plages : huîtriers pie, martins-pêcheurs, corneilles. 

L’aliment et la boisson que je préfère :

Le sucre, avec modération.

L’odeur et le son que je préfère :

Je n’ai pas un bon odorat, mais j’aime le son de la voix de Maria Callas quand elle chante.

L’objet que je préfère :

Tout. Même les choses en plastique.

L’environnement ou le paysage que je préfère :

Là où l’océan et la terre se recontrent.

Le temps ou la saison que je préfère :

Le début du printemps. Sur la côte Ouest, mars et le début d’avril.

L’expression, la formule, le proverbe ou le mot que je préfère :

Qu’il en soit ainsi (du moins, j’aimerais).

Ma définition du bonheur :

Je suis très heureuse quand je change des choses. Mais je le suis encore plus quand je regarde autour de moi et que je trouve que tout est parfait tel quel. Malheureusement, ça se produit plutôt rarement.

L’endroit où je désirerais vivre :

Ici.

Ce que je veux faire avant de mourir :

Me sentir aussi proche des gens que je me sens des choses.

L’art pour moi, c’est :

L’ordinaire, mais décalé.

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Cliquez ici pour voir les œuvres d'art de Liz Magor dans la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada.

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