Le questionnaire de Proust : Suzy Lake

Le questionnaire de Proust est au départ un jeu populaire à la fin de l’époque victorienne, conçu pour révéler des aspects clés du caractère d’une personne. L’auteur Marcel Proust, encore adolescent, répond à une suite de questions semblables avec un tel enthousiasme que, lors de la découverte en 1924 de ses réponses originales, son nom devient associé de façon permanente à ce type d’entrevue informelle.

SUZY LAKE

  

Photo : Lisa Muzzin

Suzy Lake est une artiste canado-américaine vivant à Toronto. Connue pour son travail de photographe, d’artiste de performance et de vidéaste, Lake fait appel à un large éventail de techniques pour traiter de questions liées à l’identité, à la beauté, au genre et au vieillissement.

Née à Detroit, Lake s’installe à Montréal à la fin des années 1960, où elle enseigne à l’École du Musée des beaux-arts de Montréal. En 1971, elle cofonde Véhicule Art Inc., galerie d’art autogérée, et commence à explorer la notion d’identité dans ses créations. L’œuvre de Lake prend actuellement la forme d’autoportraits avec costumes et accessoires, adoptant souvent une personnalité autre. Parce qu’elle fait ressortir l’artifice et la transformation inhérents à la pose devant l’appareil-photo, l’œuvre de Lake est chargée d’un point de vue politique, tout en restant espiègle et poignante.

Le travail de Lake a été présenté dans des expositions individuelles et collectives à travers le monde, et se retrouve dans de prestigieuses collections publiques et particulières en Europe et en Amérique du Nord, dont celle du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC). Une rétrospective, Introducing Suzy Lake, est à l’affiche au Musée des beaux-arts de l’Ontario jusqu’au 22 mars 2015, et ne manquez pas bientôt l’entrevue accordée par l’artiste à Magazine MBAC!

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Mon premier souvenir de l’art :

Mon grand-père m’amenait souvent au Detroit Institute of Arts, et ce, depuis toute petite. Nous visitions la collection d’expressionnisme allemand. Puis nous terminions par les fresques de Diego Rivera, et il me parlait de ses heures de dîner qu’il passait à regarder la peinture de Rivera.

Le moment où j’ai su ce que serait ma vocation :

Hmm… C’est quelque chose que j’ai toujours fait; et je savais que c’est ce que je ferais toujours. Je ne l’ai jamais ressenti comme une décision ou une prise de conscience.

Ma plus grande influence :

Mon grand-père, Arthur G. Marx (1894–1955). Il était couvreur et ferblantier. Je suis convaincue d’avoir hérité de ses aptitudes en mécanique et de ses talents manuels. Il était peintre amateur, et nous dessinions et peignions ensemble.

L’occupation que j’aurais choisie (autre que les arts) :

Architecte.

Mon loisir préféré (autre que les arts) :

J’aime jardiner; la couture me manque.

Mon artiste préféré(e) :

Il y en a beaucoup. Adrian Piper, Martha Rosler et Yvonne Rainer, notamment. Et puis aussi Emil Nolde, Diego Rivera et Francisco Goya.

Mon auteur(e) et musicien(ne)/compositeur(rice) préféré(e) :

Mes auteurs préférés : Margaret Atwood, P.D. James, Salman Rushdie et Jane Urquart. Mes goûts en musique sont éclectiques eux aussi : Sam Cooke, Bob Dylan et Gustav Mahler.

La couleur, la fleur et l’oiseau que je préfère :

Je qualifie toujours un rouge vif de « rouge Emil Nolde ». Toutes les variétés de pivoines. Le balbuzard.

L’aliment et la boisson que je préfère :

J’adore les sashimis. Mon vin préféré est un bon pinot noir sec.

L’odeur et le son que je préfère :

L’odeur d’un feu de camp. Le rire de mes petits-enfants. 

L’objet que je préfère :

Lorsque je suis rentrée du Nicaragua au début des années 1980, j’ai fait sertir en pendentif leur pièce octogonale de cinq centavos. Je la porte plus qu’aucun autre bijou, à la manière d’un talisman.

L’environnement ou le paysage que je préfère :

Je suis très partagée entre l’énergie que me donnent les grandes villes, pour la plupart, et le plaisir simple d’être dans la nature. J’aime particulièrement les forêts et cours d’eau de Bear Island et de Temagami.

Le temps ou la saison que je préfère :

Chaque saison apporte quelque chose, mais je pense que je préfère l’automne.

L’expression, la formule, le proverbe ou le mot que je préfère :

« C’est à moi que tu parles ? » et « Tout est dans la manière ».

Ma bête noire :

La pingrerie. 

Ma meilleure qualité :

Je suis curieuse du monde qui m’entoure.

Mon pire défaut :

Je ne suis pas très douée pour me « poser ». Je préfère être occupée.

Ma définition du bonheur :

Vous n’avez jamais que ce à quoi vous croyez, et le bonheur ne fait pas exception.

L’endroit où je désirerais vivre :

J’aime là où je vis. Mais comme aujourd’hui le temps est froid et pluvieux, je transporterais volontiers ma maison dans un endroit plus chaud.

Un rêve récurrent :

Je dors profondément, mais j’ai souvent rêvé que je pouvais voler.

Un souhait :

Je m’estimerais très privilégiée que ma vie demeure aussi riche qu’elle l’est jusqu’à présent.

Ce que je veux faire avant de mourir :

J’espère pouvoir voyager plus avec ma famille.

L’art pour moi, c’est (en cinq mots ou moins) : 

L’aide pour comprendre le monde.

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Cliquez ici pour voir les œuvres d'art de Suzy Lake dans la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada. Pour plus d'information sur la rétrospective Introducing Suzy Lake, à l'affiche au Musée des beaux-arts de l'Ontario jusqu'au 22 mars 2015, cliquez ici.

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