Une célébration de l’art contemporain canadien. Les finalistes du Prix Sobey pour les arts 2016


Chaque année, le Prix Sobey pour les arts permet de dresser un portrait de la pratique de l’art contemporain au Canada, attirant une plus grande attention sur les artistes, tant au pays qu’à l’échelle internationale. Cette année ne fait pas exception. Dans leurs installations, vidéos, pièces sonores, peintures, sculptures, œuvres musicales, danses et interventions sur le terrain, les finalistes du Prix 2016 s’attaquent à des sujets épineux, du pouvoir colonial à l’identité culturelle, du développement régional aux migrations massives, de la recherche scientifique aux troubles politiques.  

Choisis dans la liste préliminaire de 25 artistes canadiens publiée le 13 avril 2016, Jeremy Shaw (Côte Ouest et Yukon), Brenda Draney (Prairies et Nord), Charles Stankievech (Ontario), Hajra Waheed (Québec) et William Robinson (Atlantique) sont retenus comme finalistes.

« La production actuelle au Canada est extraordinaire », affirme Josée Drouin-Brisebois, présidente du jury du Prix Sobey pour les arts, en entrevue avec Magazine MBAC. « Cette année, la liste préliminaire était composée d’un nombre étonnant d’artistes multidisciplinaires et conceptuels, et de créateurs qui portent un regard neuf sur des techniques traditionnelles. Tous les artistes retenus pour la liste préliminaire étaient des candidats sérieux, et il a été difficile de n’en choisir que cinq comme finalistes. »

Jusqu’à maintenant, les listes préliminaire et des finalistes avaient été dressées par un jury de cinq spécialistes régionaux et le président du Prix Sobey pour les arts. Drouin-Brisebois, aussi conservatrice principale de l’art contemporain au Musée des beaux-arts du Canada, a travaillé avec Jonathan Middleton (Côte Ouest et Yukon), Naomi Potter (Prairies et Nord), Barbara Fischer (Ontario), Marie-Justine Snider (Québec) et Pan Wendt (Atlantique).

Première dans l’histoire du prix, un juré international – Nicolaus Schafhausen – s’est joint à l’équipe. Schafhausen, originaire de Düsseldorf, en Allemagne, est l’actuel directeur stratégique de Fogo Island Arts/Shorefast Foundation à Terre-Neuve et Labrador, ainsi qu’un conservateur, directeur et auteur de plusieurs ouvrages sur l’art contemporain de réputation internationale. Sa participation a non seulement ajouté un point de vue international sur le concours, mais elle a également contribué à accroître le rayonnement mondial du prix.

« La mondialisation croissante et ses effets sont d’une importance capitale pour tous les artistes aujourd’hui, précise Schafhausen à Magazine MBAC. Le jury a choisi cinq artistes qui, par leur approche unique, établissent un lien entre le questionnement sur leur propre production artistique et une réflexion sur les contextes sociaux. Le vrai défi pour les artistes aujourd’hui, étant donné la multiplicité et la complexité de la production artistique à l’ère numérique, est de trouver comment être différents, tout en demeurant pertinents. »

Représentant plus qu’une vision régionale de l’art canadien, les cinq finalistes présentés ci-après traversent non seulement les disciplines et techniques, mais aussi les frontières nationales et internationales.

 

Jeremy Shaw (Côte Ouest et Yukon)


Jeremy Shaw, détail de Transcendental Capacity (Billboard Hot 100 Songs of 1984) [Capacité transcendantale (100 grands succès 1984 du Billboard)] : Thompson Twins, Hold Me Now, 2013, polaroid Kirlian numérisé, 8,5 x 10, cm. Photo : Roman März

L’artiste multidisciplinaire Jeremy Shaw a fréquenté l’Emily Carr University of Art and Design avant de s’installer à Berlin, en Allemagne. Dans son travail, il explore la perception et les états de conscience altérés, souvent dans des vidéos audacieuses, mais fascinantes, faisant appel à la mode, la danse, la science-fiction et la sous-culture gaie. « Le travail visuel de Jeremy Shaw repose entre autres sur son intérêt pour le psychédélique », explique Jonathan Middleton, conservateur de la Côte Ouest et du Yukon, à Magazine MBAC. « Il illustre des états d’esprit modifiés ou autres rêveries. En ce sens, le psychédélique est semblable à la création artistique, en cela qu’il offre une nouvelle perspective à partir de laquelle nous espérons découvrir le monde et mieux le comprendre. Son œuvre repose autant sur la recherche que sur la production. »

Brenda Draney (Prairies et Nord)

 


Brenda Draney, Evacuation [Évacuation], 2013, huile sur toile, 91,4 x 121,9 cm. Photo : Sarah Fuller

Membre de la Première nation Sawridge, près de Slave Lake, en Alberta, l’artiste crie Brenda Draney fait souvent référence à des expériences et des souvenirs de son village natal dans des œuvres envoûtantes qui évoquent l’isolement et la solitude. Diplômée de l’Emily Carr University of Art and Design, la peintre edmontonienne faisait aussi partie de la liste préliminaire du Prix Sobey pour les arts en 2013. « Brenda Draney prend l’intime à bras le corps et en exprime l’universel », avance Naomi Potter, jurée des Prairies et du Nord, en entrevue avec Magazine MBAC. « Son travail est puissant, totalement unique et sans compromis. C’est très bien que son œuvre atteigne une portée nationale; sa voix mérite d’être entendue. »

Charles Stankievech (Ontario)



Charles Stankievech, CounterIntelligence [Contre-espionnage], 2014, vue d’installation, Justina M. Barnicke Gallery, University of Toronto. Charles Stankievech, tous droits réservés. Photo : Toni Hafkenscheid

L’artiste pluridisciplinaire Charles Stankievech porte, par l’entremise de ses sculptures, pièces sonores, installations et films, un œil critique sur l’histoire et la géopolitique du temps et de l’espace, souvent dans des interventions à grande échelle sur le terrain. Diplômé de l’Université Concordia et actuel directeur du programme Visual Studies à la faculté d’architecture, de paysage et de design John H. Daniels à Toronto, Stankievech présente son travail partout dans le monde. Comme l’indique Barbara Fischer, jurée de l’Ontario, à Magazine MBAC, dans « ses installations éphémères intérieures et extérieures, Charles Stankievech aborde la transformation du paysage physique et des espaces immatériels, ainsi que l’histoire de la technologie, créant des réflexions ambitieuses et d’une grande richesse sur les bouleversements sociaux et technologiques contemporains. »

Hajra Waheed (Québec)

 


Haïra Waheed, Untitled (MAP) [Sans titre (CARTE)], 2016, estampe infographique sur papier vélin, 416,6 x 62,5 cm, vue d’installation, Mosaic Rooms, Londres. Avec l’autorisation de l’artiste

La Montréalaise Hajra Waheed utilise les installations interactives, le collage, la vidéo, l’audio et la sculpture pour traiter de thématiques telles l’identité culturelle, l’histoire politique et l’imagination populaire. Waheed présente son travail à l’échelle internationale, et s’exprime souvent dans son œuvre au nom des déplacés et des dépossédés. « Hajra Waheed est un excellent choix, note Marie-Justine Snider, jurée de Québec, en entrevue avec Magazine MBAC. Elle nous offre un univers visuel d’une grande finesse, une histoire qu’on souhaite poursuivre comme spectateur. »

William Robinson (Atlantique)

 


William Robinson, Liberation Snare [Le piège de la libération], 2014, installation technique mixte et performance (percussionnistes, baguettes de batterie, partition musicale, cahier, métronome, capteur midi, mélangeur audio, haut-parleurs, dispositif de transmission sans fil), dimensions variables. Collection de l’artiste. Photo : Lenny Mullins

Dans sa pratique, William Robinson s’interroge sur les récits sociaux et historiques et sur leurs relations au son et à la musique. Par des œuvres multidisciplinaires qui vont de la sculpture à la performance, en passant par les installations in situ, la vidéo, la composition musicale et l’impression, Robinson se penche sur l’impact du son et de la musique sur divers environnements bâtis. « Je suis heureux que l’impressionnant travail de William Robinson ait été retenu par l’ensemble des membres du jury, dit Pan Wendt, juré pour l’Atlantique, à Magazine MBAC. Ses installations multimédias et ses récits sonores sont souvent éphémères. C’est la raison pour laquelle Robinson n’a pas encore atteint la notoriété nationale qu’il mérite. Tout va changer, maintenant, un public plus vaste aura accès à son œuvre fascinante et complexe. »

« Je tiens à remercier les six membres du jury pour leur enrichissante conversation, leur professionnalisme et leur engagement, conclut Drouin-Brisebois. C’est un véritable honneur que de présider un jury aussi inspirant. Il me tarde de retravailler avec eux et les artistes à l’organisation de l’exposition cet automne au Musée des beaux-arts. »

Au cours des 12 dernières années, le Prix Sobey pour les arts a gagné en influence pour devenir l’une des principales récompenses artistiques au Canada. Bien qu’il ne puisse y avoir plus d’un lauréat du prix de 50 000 $, le processus donne une grande visibilité à tous les finalistes, réunissant les œuvres passionnantes conçues et réalisées par des artistes canadiens de moins de 40 ans de toutes les régions du pays.

Le nom du lauréat/de la lauréate du Prix Sobey pour les arts 2016 sera annoncé lors d’un gala le 1er novembre 2016. Les œuvres des cinq finalistes seront exposées au Musée des beaux-arts du Canada du 6 octobre 2016 au 5 janvier 2017, donnant aux visiteurs une occasion unique de voir, en un même lieu, le travail de certains des jeunes artistes les plus importants. Pour en savoir plus sur le Prix, y compris sur les artistes et membres du jury, veuillez consulter le http://beaux-arts.ca/sobey/fr. 

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