Tom Thomson  (1877 - 1917), The Tent  [La tente]  1915, huile sur panneau de bois, 21,5 x 26,8 cm, Achat 1979, Collection McMichael d’art canadien, 1979.18

Le simple coup de cœur de Joyce Wieland pour Tom Thomson au McMichael

À en croire la nouvelle exposition de la Collection McMichael d’art canadien de Kleinberg (Ontario), Joyce Wieland a eu un grand coup de cœur pour Tom Thomson. 

 La passion avant la raison : Tom Thomson et Joyce Wieland rend hommage au talent de ces deux artistes canadiens et met en évidence l’amour et l’admiration de Wieland pour l’œuvre de Thomson. 

 

Joyce Wieland, Érection des coeurs !, 1962, Ruban isolant rouge, craie, crayon, encre, laine et lin sur toile de lin non tendue, 177.8 x 251.5 cm, Musée des beaux arts du Canada, Ottawa, Photo: MBAC

 

« Comme la plupart des artistes, Joyce Wieland avait tendance à être obsédée par son travail », note Sarah Stanners, directrice de la conservation et des collections au McMichael, en entrevue avec Magazine MBAC. « Cette exposition célèbre le coup de cœur de Wieland pour Thomson, rappelant du même coup au public que lui-même en fait souvent un artiste fétiche. »

Né à Claremont (Ontario) en 1877, Tom Thomson entame une carrière d’artiste influent au début du XXe siècle, gagnant en célébrité grâce à ses liens avec le Groupe des Sept. Ses représentations émouvantes de paysages canadiens ont entretenu l’amour du public à son endroit après son mystérieux décès dans le parc Algonquin, en 1917. 
 

Tom Thomson  (1877 - 1917), The Tent [La tente] 1915, huile sur panneau de bois, 21,5 x 26,8 cm, Achat 1979, Collection McMichael d’art canadien, 1979.18

 

Organisée par Sarah Stanners, La passion avant la raison explore à l’aide de tableaux, de dessins, de photos et d’objets personnels les notions populaires de la « mystique masculine » appliquées à Thomson tout en démontrant que celui-ci était plus qu’un simple « peintre viril vivant au fond des bois ».  

« Tom est à bien des égards une toile vierge,car nous avons peu d’éléments probants sur sa vie », indique la commissaire. « Nous pouvons projeter nos idées sur les raisons qui ont fait de lui un peintre canadien aussi intrépide. Voilà pourquoi nous nous sentons si proches de lui. »

Joyce Wieland a été une artiste tout aussi intrépide, une figure féministe qui assumait totalement sa force et sa sexualité. Née en 1930, elle s’est fait connaître comme cinéaste expérimentale et artiste en techniques mixtes. Elle a commencé sa carrière dans son studio de Toronto où elle a travaillé jusqu’à sa mort, en 1998, de la maladie d’Alzheimer. En 1971, le Musée des beaux-arts du Canada lui a consacré sa toute première exposition individuelle d’une artiste canadienne vivante, Véritable amour patriotique

 

Joyce Wieland  (1931 - 1998), The Arctic Belongs to Itself  [L’Arctique s’appartient en propre]  1973, lithographie sur papier, 33 × 43,2 cm, Promesse de don de Katia et John Bianchini à la Collection McMichael d’art canadien, P2017.1, © Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

 

« L’exposition a été un moment charnière, précise la commissaire. C’était une présentation tout à fait révolutionnaire dans laquelle Wieland révélait son amour du Canada à sa façon très personnelle. » La passion avant la raison déconstruit cette exposition historique qu’elle présente à côté du film de Wieland Far Shore (1976), qui sert aussi de lettre d’amour à Thomson. Le Musée des beaux-arts du Canada a prêté deux œuvres de la collection nationale : une toile de lin tachée, Érection des cœurs! (1961), et une courtepointe en coton,  La raison avant la passion (1968).

Sarah Stanners précise : « Cette courtepointe est le joyau de l’exposition. Wieland a retourné une citation de Pierre Elliott Trudeau qui disait qu’il fallait mettre la raison avant la passion. L’œuvre illustre à merveille la façon dont l’artiste politisait le travail des femmes, un travail à première vue délicat. »

Joyce Wieland, La raison avant la passion, 1968, Coton piqué, 256.5 x 302.3 x 8 cm, Musée des beaux arts du Canada, Ottawa, Photo: MBAC

 

L’exposition met aussi en vedette le travail d’artistes canadiens contemporains inspirés par Thomson. Ainsi, Zachari Logan jongle avec les notions de genre et de sexualité dans ses explorations de la flore et de la faune, modernisant et représentant un thème présent dans l’art de Wieland et de Thomson. Par exemple, une de ses œuvres fait écho à une image de 1914 dans laquelle l’ombre du photographe s’étend sur la silhouette de Thomson qui se tient debout à côté d’une rangée de poissons suspendus à une clôture.

 « Zachari a vu et adoré cette photo », ajoute la commissaire. « L’ombre similaire qui apparaît dans une de ses aquarelles est le signe que Thomson est lui-même une sorte d’ombre. À part ses tableaux, nous avons peu de preuves capables de nous éclairer sur sa personnalité. »

Considérée dans son intégralité, La passion avant la raison marie les genres et la sexualité avec  la politique, la nature et le nationalisme. L’amour de Wieland pour Thomson renvoie au propre amour de Thomson pour le paysage canadien et met en évidence le romantisme, l’obsession, la passion et l’admiration qui peuvent découler d’un sentiment aussi simple qu’un coup de cœur. 

La passion avant la raison : Tom Thomson et Joyce Wieland est à l’affiche jusqu’au 19 novembre 2017à la Collection McMichael d’art canadien. Des œuvres de Joyce Wieland sont également réunies dans les salles d’art contemporain du Musée des beaux-arts du Canada pour l’exposition Art canadien et autochtone : De 1968 à nos jours

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