Attelages de chiens et images photographiques du XIXe siècle

Josephee Kakee, Sans titre (Scène de camp), v. 1971. Ivoire de morse, os de baleine, pierre, fourrure de caribou, cuir, tendon, fil de coton et laiton, installation

Josephee Kakee, Sans titre (Scène de camp), v. 1971. Ivoire de morse, os de baleine, pierre, fourrure de caribou, cuir, tendon, fil de coton et laiton, installation aux dimensions variables. Don de la famille Maass, Montréal, 2010, à la mémoire de Gerhart (Gerry) Maass. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

La première et seule fois que j’ai voyagé en traîneau à chiens fut lors de mon séjour à Rankin Inlet, au Nunavut. J’avais alors environ 27 ans et je traversais le pays à l’occasion d’une série de rencontres sur l’acquisition de connaissances autochtones, ce qui signifie que nous voyagions en compagnie de gardiens du savoir. L’un d’entre eux, du sud de l’Alberta, est tombé de son traîneau et s’est fracturé une jambe, alors que moi, après être arrivée dans la demeure d’un gardien du savoir de la région, j’ai bien cru perdre les extrémités de mes membres pendant que je me réchauffais avec une tasse de thé chaud. Rien ne vaut un hiver dans le nord du Canada avec des chiens de traîneau.

Humphrey Lloyd Hime, Wigwam, métis ojibwa, lac Supérieur, v. septembre-octobre 1858, tiré après janvier 1859 et Artiste inconnu, Wigwam, Métis,  1860, gravure sur bois

Humphrey Lloyd Hime, Wigwam, métis ojibwa, lac Supérieur, v. septembre-octobre 1858, tiré après janvier 1859. Épreuve à l'albumine argentique, 17.6 x 14 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC; Artiste inconnu, Wigwam, Métis,  1860, gravure sur bois de bout tirée d’Henry Youle Hind, Narrative of the Canadian Red River Exploring Expedition of 1857 et Assiniboine and Saskatchewan Exploring Expedition of 1858, Londres (Longman, Green, Longman and Roberts), 1860. Photo : MBAC

Le Musée des beaux-arts du Canada présente actuellement deux installations, organisées par la conservatrice principale des photographies Andrea Kunard, sur les attelages de chiens et des illustrations photographiques du XIXe siècle. J’ai pu les voir lors d’une visite virtuelle récente pour les employés, élaborée par ma collègue de l’Éducation, Andrea Gumpert. Parmi les dessins, photographies et estampes, on trouve des œuvres de Jessie Oonark, Peter Pitseolak, William Armstrong et Josephee Kakee. Un élément d’information à propos des photographies d’Autochtones donné pendant la visite a eu un grand impact sur moi : leur peau a été éclaircie, ou leurs traits ont été modifiés par les artistes au moment de graver l’image photographique. Les arrière-plans ont aussi été changés, comme dans un exemple, où les peaux pendant sur une structure ont été remplacées par une forêt.

Ce changement de sujet ou de décor me rappelle une autre pièce dans les salles d’art autochtone et canadien intitulée Brève histoire des motifs artistiques de la côte du Nord-Ouest, de Luke Parnell. Dans cette œuvre, les trois panneaux centraux sont couverts de peinture blanche, un symbole du blanchissement (whitewashing) d’aspects de l’histoire de l’art haïda. Elle agit également comme une importante leçon sur l’enchevêtrement inextricable du blanchissement et des histoires de l’art autochtones.

William Armstrong, Traîneaux postaux tirés par des chiens, quittant Fort Garry pour se rendre à St-Paul  1901. Aquarelle sur mine de plomb sur papier vélin

William Armstrong, Traîneaux postaux tirés par des chiens, quittant Fort Garry pour se rendre à St-Paul  1901. Aquarelle sur mine de plomb sur papier vélin. Bibliothèque et Archives Canada (no e011161355)

Les attelages de chiens de traîneau, appelés qimutsik, sont essentiels à la vie de nombreuses communautés nordiques. Quand elle l’a été, l’histoire sur ces traîneaux a été enseignée en occultant les vérités sur la tragédie canadienne du massacre des attelages de chiens par des représentants du gouvernement entre le milieu des années 1950 et 1975. C’est lors de ma présence à Rankin Inlet que j’ai pour la première fois entendu parler de l’abattage des qimmit (huskies) dans les récits de l’aîné inuit Piita Irniq, maintenant bien connu grâce au film de l’ONF, Qimmit : un choc, deux vérités, et les conclusions de la Commission de vérité du Qikiqtani. Les installations m’ont immédiatement rappelé les récits de Piita Irniq à propos de la perte de l’indépendance et de la liberté qu’offraient les qimutsik aux communautés, grâce auxquels elles pouvaient voyager sur de longues distances pour la chasse et d’autres activités importantes.

En regardant les œuvres, j’ai aussi été attirée par les belles couvertures aux couleurs vives qui couvraient le dos des chiens de traîneau. La pratique de décorer les animaux est répandue dans de nombreuses cultures; pour les Métis et les Dénés, offrir aux chiots et aux chiens des couvertures, aussi appelées tuppies (ou tapis), faisait partie du bien-être de l’animal et de l’ensemble des membres de la communauté. Cette philosophie de Toutes mes relations permet de comprendre ce que signifie tout est relié. Prendre soin de ces êtres qui nous aident et nous accompagnent est important et valorisé, comme le montre l’acte de faire des cadeaux aux chiens et chiots.

Au cours des premiers mois de la nouvelle année, l’équipe d’Éducation du Musée jumellera une classe autochtone locale à ces expositions ainsi qu’à l’artiste anichinabée Rose Moses, qui partagera ses connaissances en matière de couture, de perlage et de récits sur les couvertures des chiots, l’histoire des traîneaux à chiens et les pratiques connexes. En cette période de création, de couture et de célébration de contes pour les Premières Nations, ce projet sera une occasion de croiser des cultures autochtones, d’interagir entre jeunes et aînés, et d’étudier une partie importante de l’histoire des premiers peuples et du Canada.

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Les installations Ils ont du poil aux pattes. Les attelages de chiens dans l’art autochtone et canadien et L’illustration photographique au XIXe siècle – toutes deux de la série « Focus » en cours, un partenariat entre Bibliothèque et Archives Canada et le Musée des beaux-arts du Canada – sont à l’affiche dans la salle A103a jusqu’en août 2022. L’exposition sera enrichie l’été prochain, avec l’ajout de couvertures autochtones pour chiens. On trouvera l’œuvre Brève histoire des motifs artistiques de la côte du Nord-Ouest de Luke Parnell dans la salle A101. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

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