De l’or dans le quotidien : They Shoot Horses de Phil Collins

Phil Collins, They Shoot Horses (2004), installation vidéo numérique à 2 canaux, 420 min. MBAC. Avec l'autorisation de Shady Lane Productions et la Tanya Bonakdar Gallery, New York

La vidéo de Phil Collins, They Shoot Horses, enchaîne sept heures de montagnes russes d’émotions allant d’états euphoriques à des états de profond découragement. « Mais c’est aussi une vidéo marrante », précise David Liss, directeur artistique et conservateur du Musée d’art contemporain canadien (MACC) de Toronto où l’œuvre est présentée jusqu’au 24 mars.

Cette fascinante installation sur deux écrans décrit un marathon de danse disco organisé en 2004, à Ramallah, en Palestine. Influencé par la folie des marathons de danse transposée dans le roman de 1935 d’Horace McCoy, They Shoot Horses,Don’t They [On achève bien les chevaux], et adaptée au cinéma par Sidney Pollack en 1969, Collins a auditionné deux groupes de jeunes adultes qu’il a ensuite filmés en train de danser pendant toute une journée de travail de huit heures, sans pause.

« C’est intéressant de voir la folie de cet engouement pour les marathons de danse pendant la dépression, à une époque où les gens étaient accablés et déprimés, remarque David Liss. Mais ça a permis de trouver un équilibre entre angoisse et dépression. L’autre élément intéressant, c’est que la vidéo a été tournée à Ramallah – pas dans une boite de nuit de Londres ou de New York, mais dans une région du monde particulièrement déprimée et abattue. »

La bande sonore reproduit l’ambiance d’une discothèque grâce à un mélange de chansons pop interprétées par des artistes tels que Diana Ross, Beyoncé, Joy Division et Olivia Newton John. Les visiteurs peuvent même danser en même temps que les interprètes qui traversent des moments d’enthousiasme, d’euphorie, d’épuisement et d’intense détermination. Sans surprise, David Liss note que des visiteurs se sont spontanément levés et ont dansé lors de la projection inaugurale, le 1er février, au MACC.

« Je pense que les gens se reconnaissent dans la vidéo, qu’elle exprime leur quotidien, dit-il. Tout sonne vrai dans ce film. Ce qui me frappe, moi, ce sont ses cycles – les hauts et les bas qui représentent les cycles de la vie. Phil Collins exploite largement le vécu ordinaire dans son travail : il reflète notre quotidien pour trouver quelque chose dans cet ordinaire, quelque chose qui n’est encore découvert ou qui demeure mystérieux dans la routine de tous les jours. »

Phil Collins a été mis en nomination en 2006 pour le prix Turner des arts visuels de la Tate Gallery de Londres, en Angleterre. La Tate le décrit comme un artiste dont les installations photo et vidéo mobilisent plusieurs groupes sociaux : « Il joue un rôle catalyseur et encourage chacun à révéler sa personnalité, donnant ainsi une dimension publique à la dimension personnelle, avec sensibilité et générosité. »

Selon David Liss, la démarche artistique de Phil Collins séduit aussi à un niveau plus fondamental : « Il y a de la magie dans les aspects ordinaires du quotidien. »

They Shoot Horses est présenté au MOCCA grâce à un partenariat de trois ans avec le Musée des beaux-arts du Canada qui permet aux deux institutions d’organiser conjointement des expositions exclusives d’œuvres provenant de la vaste collection d’art contemporain du MBAC.

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