Et puis : une célébration à l’occasion du 40e anniversaire d’Art Metropole

 

 

Kathryn Walter, Beurre pour Beuys. Toronto, Ontario : FELTstudio, 2005

Véritable institution artistique canadienne, Art Metropole était au départ un modeste centre autogéré fondé par le groupe d’artistes torontois General Idea (1969–1994). Le centre, qui doit son nom au bâtiment (une ancienne maison de fournitures artistiques) abritant les ateliers de General Idea, avait, en l’espace de quelques mois, publié son premier catalogue, proposant livres d’artistes, vidéos, catalogues et périodiques.

Et puis : une célébration à l’occasion du 40e anniversaire d’Art Metropole, une nouvelle exposition à la Bibliothèque du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), explore l’histoire d’Art Metropole et son legs à travers une vaste sélection de livres d’artistes, de documents et d’objets des collections de Bibliothèque et Archives du MBAC. Des publications d’artistes choisies dans la collection Art Metropole du MBAC sont juxtaposées à du matériel plus récent tiré de la collection de livres et multiples d’artistes de la bibliothèque. Les publications vont de pièces représentatives de la carrière d’un artiste aux œuvres des générations subséquentes, qui soit ont repensé les pratiques de leurs prédécesseurs, soit se sont approprié et ont transformé l’œuvre d’un autre artiste dans une perspective critique.

Le travail de l’artiste multidisciplinaire allemand Joseph Beuys (1921–1986) est un bon exemple. Beuys a eu une influence immense sur l’art contemporain, se servant du feutre et de la graisse comme d’une technique emblématique pour nombre de ses sculptures. Son chapeau de feutre, qu’il portait toujours, est devenu partie intégrante de son personnage. Sa conception de la sculpture était intimement liée aux propriétés de la technique inhabituelle qu’il avait choisie : la graisse imprègne les autres matériaux, le feutre absorbe tout alentour de lui.

Pour Beuys, la manifestation extérieure de l’objet incluait l’objet lui-même, le protégeant pour que son essence même rayonne de vie. Kathryn Walter, artiste canadienne qui travaille également avec le feutre, a rendu hommage à la technique de prédilection de Beuys (et à l’entreprise industrielle de feutre de son arrière-grand-père) en créant un beurrier en feutre.

 

 

 

 

Sherrie Levine, Gustave Flaubert : Un cœur simple. Gand, Belgique : Imschoot, 1991

Sherrie Levine (née en 1947) s’interroge sur le concept d’originalité dans tout objet d’art, remettant en cause la valeur accordée à l’originalité par les artistes et la société en général. Gustave Flaubert : Un cœur simple est une recomposition et réimpression par Levine de la nouvelle Un cœur simple de l’écrivain français du XIXe siècle. C’est l’histoire d’une humble servante, Félicité, qui transfère son affection d’un être à un autre, jusqu’à ce que finalement elle se retrouve avec un perroquet empaillé, son ancien animal de compagnie. Sur son lit de mort, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit.

Dans le droit fil de cette histoire, le livre de Levine est comme un fantôme de l’original. Magnifiquement imprimé sur du papier fait main, il présente une aura envoûtante semblable à celle d’origine. Levine ne cache pas cette réalité que son œuvre est une reproduction; en effet, elle intègre ce fait dans son titre, prenant possession du récit de Flaubert et le retravaillant jusqu’à ce que l’on ne puisse plus distinguer la copie de l’original.

La série Walking Woman [La femme qui marche] (1961–1967), de Michael Snow (né en 1928), est composée de centaines d’œuvres réalisées selon diverses techniques : dessin, gravure, peinture à base et sur tous matériaux (aquarelle, gouache, huile, émail, etc.), sculpture sur bois, métal et plastique, photographie, films 16 mm et 8 mm, performances, toutes traçant le contour de la même femme qui marche.

 

 

 

Michael Snow, Walking Woman Works [Œuvres de la série La femme qui marche], Toronto, Ontario, Isaacs Gallery, 1964 (autocollants) / Michael Snow, Lyn Wiggins, Walking Woman: Silver Past and Present, Toronto, Ontario, Musée des beaux-arts de l’Ontario, 1994 (épinglette en argent sterling) / Michael Snow, Biographie. of the Walking Woman, de la femme qui marche 1961–1967 (2004), Bruxelles, Belgique, La Lettre volée, 2004

Biographie. of the Walking Woman, de la femme qui marche 1961–1967 (2004) est un livre de Snow lui-même, constitué de reproductions de toutes les représentations, par lui et de nombreux autres, de la silhouette de la Femme qui marche, qu’il a collectionnées pendant (et après) les sept années qu’a duré le projet. Démarrée comme un pochoir, la série explore les différents moyens de reproduction de l’original et s’achève, si l’on peut dire, avec la « biographie » inhérente au titre de son livre.

Art Metropole a été l’un des premiers centres d’art autogérés au Canada, et fait maintenant partie d’un réseau international d’organismes voués à l’art conceptuel. Son engagement, dès les débuts, dans la collecte, le catalogage et la conservation de la production artistique et de la documentation touchant au mouvement de l’art conceptuel était sans équivalent dans la communauté des galeries alternatives qui se sont créées au Canada dans les années 1970.

Dès sa création, Art Metropole avait adopté les mandats de collectionneur et de conservateur. Le matériel arrivait par échange, don et acquisition, dans des formats multimédias non traditionnels, notamment des livres d’artistes, des multiples, des œuvres vidéo et audio, de l’art postal, des affiches, des cartes postales et des timbres. En 1996, Art Metropole a cessé son activité de collecte pour se concentrer sur ses programmes de publication et de diffusion. Et en 1999, les œuvres, documents et archives (parmi lesquels des catalogues d’exposition, des périodiques, des œuvres éphémères imprimées et des revues spécialisées sur l’avant-garde) qui avaient été collectionnés et conservés par Art Metropole ont été donnés à Bibliothèque et Archives du MBAC par Jay A. Smith de Toronto.

En 2006, le MBAC a organisé l’exposition itinérante Art Metropole. Le top 100, accompagnée d’un catalogue éponyme. L’exposition présentait 100 pièces choisies parmi près de 13 000 objets de la collection d’Art Metropole, permettant à un large public de découvrir cette dernière.

Avec cette nouvelle exposition, le MBAC met une fois encore l’accent sur une collection fascinante où l’on retrouve, outre des œuvres de certains des artistes canadiens les plus connus, un important matériel historique qui relate la trajectoire de l’art conceptuel au Canada à une période charnière. Et puis : une célébration à l’occasion du 40e anniversaire d’Art Metropole est présentée à la Bibliothèque du MBAC jusqu’au 19 décembre 2014.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur