Explosion de créativité : Alors tu veux être artiste

© Musée des beaux-arts du Canada

De jeunes artistes canadiens de partout au pays ont répondu à l’appel récent du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) en prenant crayons, pinceaux, encriers et appareils photo pour créer des œuvres d’art des plus expressives. Appuyé par CBC/Radio-Canada, partenaire médiatique, Alors tu veux être artiste est le concours artistique annuel en ligne du MBAC pour les jeunes. Cette année, il a généré 258 propositions, allant de la peinture abstraite aux paysages et portraits figuratifs. Aujourd’hui, les 15 œuvres finalistes, choisies par un processus combiné de vote en ligne et de sélection muséale, sont exposées dans la Galerie Artissimo, espace en longueur entre le Grand Hall Banque Scotia et la Cafétéria des Beaux-Arts.

Magazine MBAC a récemment échangé avec trois des finalistes, ainsi qu’avec le lauréat du premier prix de l’an dernier.

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Michelle Chung

Michelle Chung étudie en première année du programme d’alternance travail-études Arts et affaires de la University of Waterloo, avec une majeure en arts plastiques. Elle a fait la route jusqu’à Ottawa pour livrer en main propre son dessin en techniques mixtes pour l’exposition. « J’ai déjà perdu des choses par la poste », explique-t-elle, assise dans le Grand Hall Banque Scotia, « alors je ne voulais prendre aucun risque ».

Michelle Chung, When the True Self Explodes [Quand la vraie nature se révèle], techniques mixtes : aquarelle, plume et encre, crayon de couleur sur papier Stonehenge

La proposition de Michelle, When the True Self Explodes [Quand la vraie nature se révèle], est un autoportrait à l’aquarelle, à l’encre et au crayon de couleur. Sur un arrière-plan de roses et marrons flottants et fluides, l’artiste, représentée avec des traits francs et précis, regarde le public droit dans les yeux. Les formes, pleines et assurées, sont contrebalancées par des ondulations expressives.

Michelle raconte que son style s’est imposé de lui-même, au fil du travail : « au départ, je voulais faire une peinture plutôt traditionnelle, puis j’ai réalisé que sortir des sentiers battus vous rend remarquable, je veux dire remarquable par rapport à d’autres. D’une manière générale, je n’aime pas la peinture, je lui préfère l’aquarelle, qui me donne une grande liberté. On ne la contrôle pas vraiment. »

Michelle s’est toujours intéressée aux arts, grâce à sa mère, qui l’a encouragée à suivre des cours de danse et de piano. C’est à l’école secondaire, toutefois, qu’elle a commencé à se concentrer sur l’art visuel. Elle est reconnaissante à ses enseignants de la Maxwell Heights Secondary School à Oshawa de lui avoir donné les outils pour développer son talent. « J’étais parfois vraiment déçue de mon travail, et je voulais tout mettre à la poubelle. Ce sont eux qui m’ont accompagnée pour que je persévère. »

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Joanna-Maria Marianakis Belec

La Montréalaise Joanna-Maria Marianakis Belec est élève de 5e secondaire à l’école Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont. Son dessin Elapse [Le temps qui passe], à la plume et à l’encre, est un portrait de sa jeune sœur qui intègre des objets et des lieux symbolisant le passé et le présent. Dans une entrevue par courriel, Joanna-Maria explique sa démarche : « dans les ombres de son portrait, j’ai dessiné de minuscules animaux, jouets et friandises qu’elle aime, et d’autres choses encore plus subtiles, comme des herbes hautes, des nuages, des outils de jardin et des murs de brique. J’adore griffonner, alors mes œuvres récentes sont pour l’essentiel à la plume et à l’encre. Elapse est mon premier essai de réalisation d’un portrait composé de griffonnages. »

Joanna-Maria Marianakis Belec, Elapse [Le temps qui passe], plume et encre sur papier

Joanna-Maria s’intéresse à l’art depuis son plus jeune âge. « L’une de mes activités préférées était d’aller à la bibliothèque avec ma mère et de feuilleter les livres d’art, tout particulièrement ceux comportant des tableaux de Dali. J’étais impressionnée par la façon dont il arrivait à coucher sur la toile ces scènes surnaturelles pour que les autres puissent les voir. »

Même quand elle n’avait ni plume ni papier à portée de main, elle se débrouillait toujours pour trouver du matériel d’artiste, parfois au grand dam de ses parents. « J’ai produit des tas de choses qui m’ont attiré quelques légers ennuis. Toute petite, j’ai pris une clé hexagonale pour “décorer” ma nouvelle armoire en poinçonnant des trous dans le bois. J’ai aussi dessiné sur le rebord des comptoirs de cuisine, peint ma sœur en bleu, vidé le sel et le poivre sur la table au restaurant pour faire des images, la liste est longue. »

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Haley Sweet

Élève en 12e année à l’Earl of March Secondary School à Kanata, près d’Ottawa, Haley Sweet a seulement récemment adopté l’appareil photo comme outil de création artistique. « La photographie s’impose lentement comme ma technique préférée », déclare-t-elle dans une entrevue par courriel. « Je me sens des fois limitée par le dessin et la peinture, alors que la photographie semble offrir des possibilités infinies. » Glitter on the Pages (II) [Paillettes sur papier (II)], sa photographie du visage d’une jeune femme entièrement peint de paillettes, est une parodie de la mode et de l’industrie de la beauté.

Haley Sweet, Glitter on the Pages (II) [Paillettes su papier (II)], photographie

La pièce de Haley est l’une des trois à avoir été choisie par Adam Welch, conservateur au MBAC, sur la seule base de la valeur artistique, et non suite au vote en ligne; la surprise a donc été totale pour elle. « J’ai appris que j’étais finaliste du concours dans la file d’attente du service à l’auto d’un Tim Hortons, après mes cours. J’ai lu le courriel, j’ai crié et pleuré de joie. Mon copain, qui conduisait, a remonté sa vitre et m’a passé des mouchoirs pour que j’arrive à me calmer avant que ce soit notre tour de récupérer notre commande. »

Pour Haley, se dévoiler en public à travers une œuvre d’art peut demander beaucoup de courage. « À la minute où tu présentes ton œuvre, plein de gens la voient, c’est un peu intimidant au début. Il est impossible de savoir si ta création va trouver son public. En avoir la confirmation dans un concours auquel participent tellement d’artistes de talent procure une sensation incroyable ».

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Kevin Nguyen

Kevin Nguyen est le gagnant du premier prix de l’an dernier, avec son impression en noir et blanc Woman – Age 47 [Femme – 47 ans] qui montre un personnage travaillant sur un marché flottant du delta du Mékong au Vietnam. Remporter le concours s’est avéré une expérience quasi « irréelle », écrit-il par courriel. « C’était la reconnaissance à l’échelle nationale et devant un vaste public de tout le travail accompli, un moment très particulier pour un jeune artiste relativement inconnu. » Une partie du prix consistait en un voyage en avion jusqu’à Ottawa pour voir son œuvre exposée, une rencontre avec le directeur du MBAC Marc Mayer, ainsi qu’une entrevue à la CBC. « Toute cette expérience m’a fait réfléchir sur les autres aventures excitantes auxquelles ma pratique artistique pourrait me mener. Le concours n’a fait que confirmer le bien-fondé de ma décision de faire carrière en arts visuels. »

Kevin Nguyen, Woman – Age 47 [Femme – 47 ans], impression à pigments qualité archives d'un dessin numérique

Kevin considère les arts visuels comme une vocation plutôt tardive, venue à la suite d’un choix devant lequel il a été placé à l’école intermédiaire entre musique et arts visuels. « J’ai été obligé de troquer le violoncelle pour le carnet de croquis; dessiner et peindre tout et n’importe quoi est devenu un moyen de composer avec une perte créative. » Aujourd’hui en deuxième année au programme d’études en industries de la création à la Ryerson University à Toronto, il espère poursuivre sa pratique artistique en techniques mixtes dans un esprit d’entreprise.

Amateurs d’art, soyez prêts à accueillir cette nouvelle génération d’artistes canadiens. Elle déborde de talent!

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Les résultats du concours Alors tu veux être artiste ont été dévoilés le 10 décembre 2015. Félicitations aux trois gagnantes de cette année !

Premier prix – Haley Sweet, Glitter on the Pages (II) [Paillettes sur papier(II)]

Deuxième prix – Natalia Beattie, Erosion of Humanity [Érosion de l’humanité]

Troisième prix – Emmanuelle Boutin, All Those Unsaid Things [Toutes ces choses non dites]

Les 15 œuvres des finalistes d’Alors tu veux être artiste sont exposées dans la Galerie Artissimo jusqu’au 17 janvier 2016. Pour en savoir plus à propos du concours et voir l’intégralité des œuvres des finalistes, visitez le site d’ATVÊA.

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