Grand angle

Lutz Dille, New York (détail), 1959, tiré en 1995, épreuve à la gélatine argentique, 23,7 x 30,3 cm; image : 22,5 x 19,3 cm. Acheté grâce au fonds du Photography Collectors Group, 1999. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

D’un coup d’un seul, le monde de l’art vient d’entrer dans une autre dimension avec l’annonce, par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), de la création de l’Institut canadien de la photographie (ICP). Marc Mayer, directeur général du MBAC, espère en faire la plus vaste collection d’images d’ici 10 ans. Si la photographie vous passionne, cette annonce vous interpellera.

La photographie est peut-être la plus compartimentée de toutes les formes d’art. Ses praticiens ont tendance à séparer la photographie de mode du photojournalisme, de la photographie d’art ou de documentaire. Le nouvel ICP aura une approche plus globale, une vue grand angle, en quelque sorte.



L'Honorable Mélanie Joly, Ministre du Patrimoine canadien, félicite le Musée des beaux-arts du Canada à l'occasion de la création de l'Institut canadien de la photographie

Grâce à des dons majeurs de la Banque Scotia et du collectionneur David Thomson, l’ICP accueillera l’une des collections de photographies les plus complètes au monde, touchant au photojournalisme (avec notamment des images provenant des archives du Globe and Mail et du fonds Archive of Modern Conflict, à la richesse impressionnante), à la documentation historique, à la photographie scientifique, à la photographie d’art, entre autres. L’ICP vise en fait à couvrir l’histoire de la technique photographique dans son ensemble (et oui, vous pouvez même y étudier la technique au sens propre du terme. La collection ira des premiers daguerréotypes à l’impression à jet d’encre moderne).

La collection existante du MBAC comprend déjà plus de 50 000 photographies de noms importants comme Diane Arbus, Lynne Cohen, P. H. Emerson, Frederick H. Evans, Walker Evans, Robert Frank, Hill et Adamson, Leon Levinstein, Arnaud Maggs, Lisette Model, Charles Nègre, Mark Ruwedel, Josef Sudek et William Henry Fox Talbot. En outre, le MBAC s’intéresse déjà tout particulièrement aux photographes africains, asiatiques et non occidentaux. Avec les nouvelles ressources de l’ICP, l’ampleur de la collection du MBAC sera absolument remarquable.

Walker Evans, Étalage d'un photographe (v. 1936), épreuve à la gélatine argentique, 25,2 x 20,3 cm; image: 24,1 x 19,3 cm. © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de Phyllis Lambert, Montréal, 1982

Mais l’ICP ne sera pas qu’un lieu voué à l’étude de la photographie. On pourra en fait y explorer tous les sujets sous l’angle de la photographie : histoire, culture, anthropologie, science, pour n’en citer que quelques-uns. Et cette ressource ne sera pas réservée aux chercheurs professionnels : la collection sera entièrement numérisée et accessible au public.

Dans la vie d’aujourd’hui, les images occupent une place centrale que les générations antérieures auraient eu peine à imaginer. Avant la photographie, les images étaient visibles dans les vitraux ou les portraits royaux; une famille pouvait dépenser une petite fortune pour commander un tableau des êtres chers. Mais personne n’était en contact avec des centaines, voire des milliers, d’images chaque jour comme nous le sommes. Avec nos appareils électroniques, plus besoin même de sortir de chez soi pour voir ou créer des images. Nous pensons en termes d’images, nous rappelons des événements majeurs au travers de photos de presse emblématiques. Nous publions en ligne des photos de nos repas. Nous sommes la génération photographie.

Gary Schneider, Portrait de John en seize parties, III (1996), tiré en 1997, épreuve à la gélatine argentique, virée, 92,7 x 74,7 cm; image: 91,4 x 73,5 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de Kathryn Finter et Jim des Rivières, Ottawa, 2000

Cette dernière est présente dans presque chaque élément de nos vies actuelles. Le nouvel Institut canadien de la photographie est pour chacun et chacune d’entre nous.

L’ICP accueillera des expositions de photographies toute l’année. Parmi les projets à venir à Ottawa, notons Photographies canadiennes contemporaines 1960–2000 (2017),  L’origine de la photographie (2018), Oscar Gustave Rejlander (2018) et Histoire de la photographie canadienne (2019). L’ICP présentera également des projets spéciaux, avec pour commencer Légende. Les archives photographiques du Globe and Mail, organisée par le Musée des beaux-arts du Canada, Archive of Modern Conflict et le Globe and Mail, à l’Old Press Hall à Toronto le 30 avril 2016.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur