Ici, c'est la jungle! La guérilla dans le monde de l'art


 Guerrilla Girls, tous droits réservés. Avec l'autorisation de www.guerrillagirls.com

Dénonçant avec audace et mordant un monde de l’art dominé par les hommes, le collectif des Guerrilla Girls est surtout connu pour ses affiches aux concepts provocateurs qui soulignent les inégalités de genre et de race dans la culture populaire.

Le collectif des Guerrilla Girls est formé en 1985, en réaction à une rétrospective présentée au Museum of Modern Art à New York. Bien que l’exposition ait pour objectif de souligner le travail du gratin international de peintres et sculpteurs contemporains, sur les 169 artistes représentés, seulement 13 sont des femmes. Particulièrement ulcérées par le commentaire du commissaire, selon lequel « tout artiste n’étant pas invité à participer à l’exposition devrait repenser à sa carrière », sept femmes artistes se sentant exclues de facto manifestent à l’extérieur du musée, donnant naissance aux Guerrilla Girls.

L'exposition Guerrilla Girls. Ici, c’est la jungle! à Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada – qui abrite la collection d’œuvres des Guerrilla Girls la plus complète au pays – présente plusieurs affiches du collectif. Les affiches, principalement en noir et blanc et basées sur le texte, se moquent de l’establishment artistique tout en lançant un appel à la lutte.


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Dans The Advantages of Being a Woman Artist [Les avantages d’être une femme artiste] (1988), par exemple, on peut lire « Working without the pressure of success » [Travailler sans la pression du succès] et « Not having to choke on big cigars or paint in Italian suits » [Ne pas devoir s’étouffer avec de gros cigares ni peindre en costumes italiens]. De même, dans When Racism & Sexism are No Longer Fashionable, How Much Will Your Art Collection Be Worth? [Quand racisme et sexisme ne seront plus au goût du jour, combien vaudra votre collection?] (1989), les Guerrilla Girls suggèrent que le prix de 17,7 millions de dollars payé pour un Jasper Johns aurait permis à un collectionneur d’acquérir au moins une œuvre de chacune des 67 femmes artistes dont le nom apparaît sur l’affiche – où on trouve des sommités comme Diane Arbus, Julia Margaret Cameron, Mary Cassatt, Frida Kahlo, Georgia O’Keeffe, et même Élisabeth Louise Vigée Le Brun.

Vigée Le Brun – à qui le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) consacre une importante exposition à partir de juin 2016 – figure également en bonne place dans la publication la plus connue des Guerrilla Girls, The Guerrilla Girls’ Bedside Companion to the History of Western Art (1998). Vigée Le Brun y fait un bref compte rendu de sa vie dans une « lettre posthume à propos d’elle-même » adressée aux Guerilla Girls, aussi présentée dans l’exposition, qui se termine ainsi : « Pour conclure, je dirais que j’ai bien réussi. J’ai gagné ma vie et celle de ma famille, et mes œuvres sont dans toutes les collections royales d’Europe [et] n’eût été de mon mari et des vicissitudes de l’Histoire, j’aurais été à la tête d’une grande fortune. » En tant que l’une des femmes artistes les plus prospères de son époque, il est évident que la vie et la carrière de Vigée Le Brun allaient être soulignées par les Guerrilla Girls.


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Dès leurs débuts en 1985, les Guerrilla Girls (dont de nombreuses artistes accomplies), toujours actives aujourd’hui, organisent des manifestations et lancent des campagnes d’affichage pour partager leurs messages, cachant leur identité derrière des masques de gorille. Avec le temps, elles ajoutent à leur plateforme des préoccupations sur le racisme et les concessions symboliques, pour finalement aller au-delà du milieu de l’art et s’attaquer au cinéma, à la culture de masse et même à la politique. Abordant son travail avec intelligence et ironie, le groupe est réputé avoir déclenché un dialogue international autour des questions d’inégalité des sexes et de racisme dans le monde de l’art, responsabilisant d’autant les conservateurs, critiques et collectionneurs.  

Outre les affiches en noir et blanc que l’on connaît, l’exposition comprend aussi la première affiche couleur du groupe, que de nombreuses personnes estiment être son image la plus emblématique, qui demande « Do women have to be naked to get into the Met. Museum? » [Est-ce que les femmes doivent être nues pour entrer au Metropolitan Museum?]. Le texte est accompagné d’un rendu photographique de la célèbre toile d’Ingres, La Grande Odalisque, au visage recouvert d’une tête de gorille.

En 2005, le groupe conçoit des affiches grand format et une installation pour la Biennale de Venise, ce qui en fait la première biennale supervisée par des femmes en 110 ans d’histoire. Fait intéressant, de nombreux musées importants les plus sévèrement critiqués par les Guerrilla Girls, dont la Tate Modern et le MoMA, comptent maintenant des œuvres du groupe dans leurs collections.

Guerrilla Girls: Ici, c’est la jungle! est à l’affiche à Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada jusqu’au 11 septembre 2016. Élisabeth Louise Vigée Le Brun, 1755–1842 est inaugurée dans les salles des expositions temporaires du MBAC le 10 juin 2016.



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