Imitation et illusion. Ron Mueck à la WAG

  

Ron Mueck, Une fille (2006), acrylique sur fibre de verre et résine de polyester, 110,5 x 134,5 x 501 cm. Acheté en 2007 grâce à une contribution de F. Harvey Benoit et de Dre Lynne Freiburger-Benoit. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo © MBAC

La renommée internationale de l’artiste australien Ron Mueck repose sur ses œuvres évocatrices de l’expérience humaine, des sculptures hyperréalistes qui incarnent la vie dès la naissance et jusqu’à la fin, parfois même au-delà. À la différence d’autres protagonistes dans l’histoire de l’art occidental, toutefois, il ne choisit pas de représenter les thèmes de l’existence, de la mort, de l’amour et de la perte à travers un récit épique. Il utilise plutôt des sujets identifiables, intimes, ce qui lui permet de rejoindre un public le plus vaste possible.

Né à Melbourne en 1958, Mueck commence sa carrière comme fabricant de marionnettes et s’installe par la suite à Londres, où il collabore avec Jim Henson à 1, rue Sésame et Le Muppet Show. Il travaille ensuite en cinéma et supervise les effets spéciaux pour Dreamchild (1985) et Labyrinthe (1986), ce dernier mettant en vedette David Bowie et Jennifer Connelly.

La carrière d’artiste de Mueck remonte à 1996, quand il crée, dans son style aujourd’hui bien connu, une sculpture de Pinocchio pour sa belle-mère, la peintre Paula Rego. Exposé parmi des peintures de Rego à l’Hayward Gallery de Londres, ce Pinocchio attire l’attention du mécène et galeriste en art contemporain britannique Charles Saatchi, qui commande à Mueck une série d’œuvres. L’année suivante, l’inclusion d’une pièce dans l’exposition Sensation: Young British Artists from the Saatchi Collection [Sensation. Jeunes artistes britanniques de la collection Saatchi] à la Royal Academy of Arts à Londres le propulse au-devant de la scène.

Le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) lui consacre une exposition individuelle en 2007. Celle-ci, qui rassemble des œuvres de diverses collections internationales, est, pour de nombreux visiteurs, le premier contact avec les sculptures souvent désarçonnantes de l’artiste.

« Ses personnages semblent vivants », comme on peut le lire dans la publicité de l’exposition. « Veines, rides, grains de beauté, pilosité, rougeurs, aucun détail n’est épargné pour arriver à une perfection telle que la ressemblance avec le réel est troublante. Le spectateur est également déstabilisé par la taille des œuvres, toujours plus petites ou plus grandes que dans la réalité. »

Les visiteurs du Musée des beaux-arts de Winnipeg (WAG) peuvent maintenant admirer deux pièces emblématiques de Mueck, Une fille (2006) et Sans titre (Vieille femme au lit) (2000), pour la première fois, grâce à un partenariat à long terme entre le MBAC et la WAG. Le programme de partenariat [email protected] permet à des institutions comme la WAG, le Musée d'art contemporain canadien à Toronto et le Musée des beaux-arts de l'Alberta à Edmonton de présenter des expositions où figurent des pièces de la collection du MBAC.

 

Ron Mueck, Sans titre (Vieille femme au lit), 2000, caoutchouc de silicone, résine de polyester, coton, mousse de polyuréthane, polyester, peinture à l'huile, 24 x 94,5 x 56 cm; socle: 100,3 x 94,5 x 56 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo © MBAC

« Mueck vit en Grande-Bretagne », dit Andrew Kear, conservateur d’art canadien historique à la WAG et organisateur de l’exposition. « La plupart de ses réalisations sont en Europe ou en Australie, son pays d’origine. On peut compter sur les doigts d’une main le nombre de sculptures de Mueck dans des collections institutionnelles aux États-Unis, mais il se trouve que le MBAC en possède trois importantes. Le partenariat MB[email protected] nous offre une excellente occasion de présenter à un grand public à Winnipeg un artiste qui signe des œuvres très rares et captivantes. »

L’exposition comprend également une douzaine d’objets, dont des maquettes en résine, des esquisses et d’autres matériaux reliés à la fabrication d’Une fille, qui fait cinq mètres de long. La vitrine contenant ces articles amènera les spectateurs à suivre le processus de Mueck, les mettant en prise directe avec la façon de travailler de l’artiste. « Quiconque voit les sculptures de Mueck pour la première fois est immédiatement impressionné par le type de rigueur technique qu’elles exigent, dit Kear. La question que la plupart des gens se posent, particulièrement devant un objet de l’échelle d’Une fille, ce n’est pas tant ce qui a poussé l’artiste à le réaliser, mais comment il s’y est pris. »

Une fille représente un bébé nu, tout juste après sa naissance, quand elle respire pour la première fois, le cordon ombilical illustrant le passage de l’utérus au monde. Elle écrase les visiteurs par sa dimension, créant un conflit notionnel entre la taille immense de l’œuvre et sa représentation d’un bébé impuissant qui vient de réaliser sa première tâche, épuisante, naître.

Sans titre (Vieille femme au lit), par ailleurs, est beaucoup plus petite (moins que grandeur nature) et illustre une femme ordinaire à la fin de sa vie, qui pousse peut-être son dernier souffle en disparaissant presque sous ses couvertures. « Il ne s’agit pas d’une miniature, note Kear, mais avec sa taille étrange, mi-grandeur, elle pourrait représenter une personne vivante, mais petite. On ne la perçoit pas comme une simple sculpture. »

Kear qualifie cette utilisation de l’échelle de désarmante. « Elle illustre la pratique de Mueck, qui consiste à réaliser des sculptures d’échelles inusitées, et ce, pas simplement pour exagérer leur réalisme, mais plutôt parce que l’artiste veut créer une forme d’inconfort. Un bébé est évidemment très petit, et ici il est agrandi. Et une vieille femme commence à rapetisser, et ici elle retourne à la terre d’une certaine façon. Ensemble, elles constituent une puissante réflexion sur le cycle de la vie. »

L’exposition Mueck est installée dans la salle adjacente à Olympus: The Greco-Roman Collections of Berlin [Olympe. Les collections gréco-romaines de Berlin], qui compte plus de 160 œuvres prêtées par les musées nationaux de Berlin. « Vous visitez cette exposition, et vous avez un point de vue sur l’humain, sur l’idéal classique, affirme Kear. Vous en sortez et vous voyez la perspective totalement différente sur le corps et la mortalité de Ron Mueck. Présenter Mueck ici était une évidence. Le fait que ses œuvres côtoient les pièces de cette exposition gréco-romaine provoquera certainement, selon moi, des discussions intéressantes entre nos visiteurs. »

[email protected] Ron Mueck est à l’affiche au Musée des beaux-arts de Winnipeg jusqu’au 4 octobre 2015. L’exposition est une collaboration du Musée des beaux-arts du Canada et du Musée des beaux-arts de Winnipeg. Pour de plus amples renseignements, cliquez ici.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur