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Vernissage, printemps 2012

L’exposition vedette Van Gogh. De près qui sera présentée cet été au Musée, invitera tous les visiteurs — admirateurs avertis ou simples amateurs de l’œuvre de Vincent van Gogh — à mieux comprendre l’inspiration et la passion qui ont incité l’artiste néerlandais à modifier radicalement son style pictural vers la fin de sa vie. Cette première grande exposition de l’artiste à prendre l’affiche au Canada depuis plus de 25 ans réunira une quarantaine de tableaux de collections du monde entier qui mettront en évidence un thème tardif de son œuvre jusqu’ici peu exploré : ses vues en plan rapproché de la nature.

Vincent Van Gogh, Zinnias et autres fleurs dans un vase (1886), huile sur toile, 50,2 x 61 cm. MBAC

« Van Gogh aimait la nature sous toutes ses formes et il transposait cette fascination dans plusieurs œuvres spectaculaires. S’il peignit de vastes panoramas de la campagne, il produisit aussi des plans très serrés de la nature — des images qui sont à l’origine de cette exposition, explique la commissaire invitée Cornelia Homburg. À la fin des années 1880, presque personne n’aurait osé représenter une plante à la façon de Van Gogh, qui a réussi à créer des œuvres époustouflantes en s’inspirant de choses plutôt banales. »

Il y a cinq ans environ, Cornelia Homburg, une spécialiste mondialement connue de Van Gogh, a entrepris des recherches sur un thème jusque-là négligé dans l’œuvre de l’artiste : environ le quart des toiles peintes après 1887 présentent des gros plans d’éléments de la nature. Elle a fait part de sa constatation à son ancienne collègue Anabelle Kienle, conservatrice adjointe de l’art européen et américain au Musée, en évoquant l’Iris du MBAC, un tableau peint dans le jardin de l’asile de Saint-Rémy où Van Gogh se remettait d’une crise. Selon elle, Iris illustrait à merveille cette approche. De cette discussion naquit l’idée de l’exposition.

« Iris est un point de départ formidable pour cette exposition, affirme Anabelle Kienle. Nous verrons aussi comment Van Gogh a peint d’autres images du même jardin, focalisant aussi bien son attention sur des petites fleurs jaunes que sur de plus vastes sections d’un pré. Plusieurs compositions, notamment les gros plans spectaculaires de troncs d’arbres, sont incroyablement audacieuses. »

Ce nouveau regard sur l’œuvre de Van Gogh permettra de répondre à des questions telles que celles-ci : comment l’artiste a-t-il conçu cette idée du gros plan ? Pourquoi cela le fascinait ? Que visait-il en s’engageant sur cette voie radicale ? Comment a-t-il atteint son objectif ? Seront aussi étudiées les différentes méthodes qu’il a utilisées pour atteindre son but — de la représentation d’une fleur telle qu’Iris aux gros plans propres à certains panoramas, dont Vue d’Arles avec iris au premier plan (1888). Dans cette toile, Van Gogh a créé une vue d’ensemble d’un paysage tout en zoomant sur une partie de l’image, nous donnant à voir ce que lui-même voyait de son poste d’observation, c’est-à-dire Arles au loin, mais aussi les fleurs juste à ses pieds et tous les éléments qui s’interposent entre le premier plan et l’horizon.

Lorsqu’il arrive à Paris en 1886, Van Gogh découvre la palette beaucoup plus claire et le pinceau moderne des impressionnistes et des néo-impressionnistes. Ouvert à toutes ces influences, il peint dans l’appartement qu’il partage avec son frère Théo, un marchand d’art à Montmartre, une série de natures mortes aux fleurs et aux fruits, jonglant avec les couleurs pures et avec la théâtralité de la touche. En 1887, il se désintéresse de la nature morte au sens classique et commence à jouer avec les angles, le recadrage, la profondeur de champ et le foyer. Non seulement peint-il des fruits, des fleurs et d’autres objets de couleurs vives, mais il les représente sous différents angles, dans des compositions très resserrées, supprimant le traditionnel arrière-plan.

En 1888, il s’installe à Arles, dans le Sud de la France, et adapte cette approche extrême à ses vues paysagères. S’il peint des plans rapprochés des graminées qui poussent dans les prés, il tente aussi des expériences de profondeur de champ — rétrécissant les horizons ou supprimant les arrière-plans pour mieux se concentrer sur les éléments qu’il a sous les yeux. Dans certaines toiles, nous le voyons regarder le sol. Dans d’autres, il recadre de très près des troncs d’arbres ou choisit un angle de vue saisissant, produisant ainsi des œuvres qui vont au-delà de simples observations très détaillées et qui transmettent cette sensation physique et l’émotion qui accompagnent le fait d’être dehors, au cœur de la nature.

Nous savons d’après sa correspondance que l’artiste a été inspiré par d’autres plans rapprochés présents dans l’œuvre d’artistes tels qu’Albrecht Dürer. Il est aussi évident que l’art de l’estampe japonaise a joué un rôle important dans son approche de la peinture. Van Gogh fait une première fois allusion par écrit à ces estampes sur bois lors d’un bref séjour à Anvers, à l’hiver 1885—1886, et il commence à les collectionner et à les étudier sérieusement à Paris où il fréquente régulièrement la boutique de Siegfried Bing, un marchand d’estampes et d’artefacts japonais. Pendant son séjour à Arles en septembre 1888, louant l’approche de la nature des artistes japonais, Van Gogh écrit ces mots à son frère Théo :

Si on étudie l’art japonais alors on voit un homme incontestablement sage et philosophe et intelligent qui passe son temps — à quoi — à étudier la distance de la terre à la lune — non, à étudier la politique de Bismarck — non, il étudie un seul brin d’herbe. Mais ce brin d’herbe lui porte à dessiner toutes les plantes — ensuite les saisons, les grands aspects des paysages, enfin les animaux, puis la figure humaine. Il passe ainsi sa vie, et la vie est trop courte, à faire le tout.

Van Gogh a fait sienne l’approche japonaise de la nature en utilisant comme point de départ un unique brin d’herbe pour ensuite embrasser la nature comme un tout. Dans des œuvres telles qu’Iris, nous l’imaginons presque se rapprocher de très près de son motif ou s’installer à genoux dans l’herbe pour mieux visualiser cette fleur délicate en gros plan, entourée de brins d’herbe et de fleurs sauvages minuscules.

La découverte, plus de 100 ans après sa mort, de nouvelles façons passionnantes de comprendre non seulement l’œuvre de Van Gogh, mais aussi son intérêt profond et sa fascination pour la nature, illustre toute l’envergure de sa puissance artistique.

L'exposition du Musée des beaux-arts du Canada Van Gogh. De près devant prendre l'affiche au Philadelphia Museum of Art (son musée partenaire) avant d'être inaugurée à Ottawa, il fallait bien qu'Iris, une toile d'une importance capitale pour la thèse de la conservation et un joyau de sa collection, parvienne jusqu'à Philadelphie.

Dans quelles conditions voyage une œuvre hors de prix d'un musée à un autre ? Comment la préparer ? Comment l'emballer, la transporter ? Comment en prendre soin tout au long de son voyage ? Ce court film propose un aperçu des coulisses de ce voyage. 

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