La saison de la neige : Maurice Cullen et le paysage hivernal

Maurice Cullen, Halage du bois, Beaupré, 1896. Huile sur toile.

Maurice Cullen, Halage du bois, Beaupré, 1896. Huile sur toile, 64,1 × 79,9 cm. Don du Comité féminin, 1956, à la mémoire de Ruth McCuaig, présidente du comité de 1953 à 1955 (56-56). Musée des beaux-arts de Hamilton Photo: Mike Lalich

Les impressionnistes canadiens étaient obsédés par l’hiver. Voici une réalité qui ne manquera pas de frapper les visiteurs de l’exposition à venir Le Canada et l’impressionnisme. Nouveaux horizons, qui ouvrira ses portes en janvier 2022 au Musée des beaux-arts du Canada. Si nombre d’entre nous n’imaginent rien de pire que d’être à l’extérieur dans un froid mordant, ces artistes chaussaient volontiers leurs raquettes pour passer des heures dehors à s’imprégner des couleurs bigarrées de la lumière sur la neige.

Maurice Cullen en faisait partie, et s’est attaché à adapter les thèmes et motifs impressionnistes à des sujets canadiens. Il s’était rendu à Paris en 1888 pour parfaire sa formation artistique, s’inscrivant d’abord à l’École des beaux-arts avant de suivre des cours dans les académies Julian et Colarossi. C’est en France que l’artiste a pratiqué pour la première fois la peinture en plein air à la façon des impressionnistes locaux. À son retour à Montréal en 1895, Cullen a été particulièrement inspiré par les paysages enneigés de la région de Beaupré au Québec, et n’a pas tardé à faire sa marque comme peintre accompli de l’hiver canadien. Sa réputation s’est renforcée en 1912 lorsque le critique d’art Newton MacTavish l’a qualifié de « peintre de la neige » dans The Canadian Magazine.

Maurice Cullen, La récolte de la glace, v. 1913. Huile sur toile.

Maurice Cullen, La récolte de la glace, v. 1913. Huile sur toile, 76.3 x 102.4 cm. Acheté en 1913. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Dans La récolte de la glace, Cullen traite son sujet en choisissant un coup de pinceau résolument impressionniste. Toutefois, il diffère du style de Claude Monet et des impressionnistes français en cela qu’il conserve dans sa composition des formes définies pour créer une impression de profondeur et d’espace. Le peintre canadien divise le plan pictural en trois bandes horizontales : le premier plan avec la glace plus sombre, le deuxième avec le Saint-Laurent lumineux et gelé, puis le ciel coloré au-dessus de la ligne d’horizon.

L’œil du spectateur est attiré par le sentier au centre emprunté par les attelages de bœufs transportant la glace. La surface de peinture texturée, qui confère à cette œuvre sa nature impressionniste, est créée à l’aide de couches de pigments de couleur appliquées en traits courts et tachetés. Cette technique permet à l’artiste de rendre les effets en perpétuel changement de la lumière qui se reflète sur la neige et la glace en se servant de toute l’étendue du spectre chromatique. Comme l’a dit Cullen lui-même, « la neige prend les couleurs du ciel ou du soleil. Elle est bleue, violette, grise, parfois même noire, mais jamais parfaitement blanche ». Cullen a exposé ce tableau à deux reprises en 1913, sans doute peu de temps après l’avoir achevé. Il a d’abord été présenté au Canadian Art Club en mai, puis à l’occasion de l’Exposition nationale canadienne en août-septembre, où le Musée des beaux-arts du Canada (alors Galerie nationale du Canada) en a fait l’acquisition.

J.E.H. MacDonald, Enneigé, 1915. Huile sur toile.

J.E.H. MacDonald, Enneigé, 1915. Huile sur toile, 51.1 x 76.5 cm. Acheté en 1915. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Cullen et d’autres artistes canadiens n’étaient pas les seuls durant cette période à trouver dans l’hiver une source d’inspiration comme sujet de leurs toiles. En janvier 1913, s’ouvrait à l’Albright Art Gallery, à Buffalo (New York), l’Exhibition of Contemporary Scandinavian Painting, le deuxième arrêt sur cinq de cette exposition itinérante. Les scènes de neige y abondaient, par des artistes comme Gustaf Fjaestad et Anna Boberg. Lawren S. Harris et J.E.H. MacDonald, qui allaient fonder le Groupe des Sept, ont vu l’exposition et y ont puisé des idées pour leur propre interprétation du paysage canadien. L’année suivante, en mars 1914, la Galerie A.M. Reitlinger, à Paris, inaugurait Les peintres de neige, qui regroupait des œuvres de dix-neuf artistes de France, de Belgique, des Pays-Bas, de Pologne et d’Amérique du Nord, avec notamment Le train en hiver, du canadien Clarence Gagnon.

Clarence Gagnon, Le train en hiver, v. 1913–14. Huile sur toile.

Clarence Gagnon, Le train en hiver, v. 1913–14. Huile sur toile, 56 × 71 cm. Collection de Donald R. Sobey. Photo : MBAC

Même si l’hiver est une saison difficile pour la peinture en plein air, on lui doit certaines des œuvres les plus abouties des impressionnistes canadiens. La brume matinale s’élevant des rivières et des lacs, ou encore la fumée s’échappant des bâtiments et usines des villes se prêtaient bien aux toiles impressionnistes et ont été une source inépuisable de sujets pour Cullen et ses contemporains.

 

Des scènes hivernales de Maurice Cullen, Clarence Gagnon et d’autres artistes sont exposées dans la salle A105 du Musée des beaux-arts du Canada. Du janvier au juin 2022, l’exposition Le Canada et l’impressionnisme. Nouveaux horizons présente des tableaux sur le thème de la neige par des peintres canadiens. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

 

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