Le MACC revisite l’image photographique

Paul Strand, Photographie (avant juin 1917), photogravure, 23.1 x 16.9 cm. MBAC. Don de Dorothy Meigs Eidlitz, St. Andrews (Nouveau‑Brunswick), 1968

Cette année encore, le Festival de photo CONTACT Banque Scotia envahit les rues et les musées de Toronto. Dans le cadre de ce festival, le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) et le Musée d’art contemporain canadien (MACC) proposent au MACC deux expositions qui inciteront les visiteurs du MACC à se demander d’où vient et où va la photographie.

Avec Part Picture [Images imbriquées], le MBAC s’intéresse à des pratiques artistiques qui intègrent la sculpture et la peinture à la photographie pour promouvoir l’utilisation de la photo dans l’art contemporain. Avec Mémoire d’images. Essais de chimie, le MBAC puise dans sa propre collection pour retracer l’évolution de la photo depuis le début des années 1840.

« Part Picture se focalise sur le travail d’un groupe de jeunes photographes nord-américains qui ouvre une nouvelle voie photographique en construisant un monde de l’image dominé par des images dématérialisées, explique à Magazine MBAC Chris Wiley, commissaire de l’exposition. Au fond, ils tentent de re-matérialiser la photographie en y imbriquant différents aspects d’autres procédés, notamment la peinture et la sculpture. Leur démarche crée toutes sortes de nouvelles approches photographiques qui élargissent notre compréhension de ce que peut être une photo. »

Man Ray, Sans titre, (v. 1921–1928, tiré en 1963), épreuve à la gélatine argentique, 26.5 x 21.5 cm. MBAC

Selon Chris Wiley, ces expérimentations contemporaines destinées à intégrer la photographie à d’autres formes d’art ouvrent certes de nouvelles voies, mais elles ont aussi des effets sur l’histoire ancienne de la photo en générant de nouveaux contextes de visualisation et de compréhension du travail extrêmement influent, bien que largement boudé du grand public, de plusieurs artistes des générations précédentes. 

Lorsqu’il a conçu Part Picture, Chris Wiley a eu l’idée une exposition parallèle dans la salle voisine. Organisée dans le contexte du partenariat @MBAC, celle-ci devait se pencher sur l’histoire de la photographie, depuis la genèse de cette invention jusqu’aux débuts du Modernisme du XXe siècle. Ann Thomas et Jonathan Shaughnessy, respectivement conservatrice de la photographie et conservateur associé de l’art contemporain au MBAC, ont alors pris les rênes du projet Mémoire d’images.

Anna Atkins, Polypodium crenatum, Norvège (1854), cyanotype, 32.9 x 23.6 cm. MBAC

« Notre exposition rassemble des œuvres très anciennes, indique Jonathan Shaughnessy à Magazine MBAC. Elle met en valeur la célèbre collection de photos anciennes du Musée qui doit beaucoup aux recherches d’Ann Thomas. Partant du pionnier de la photo William Henry Fox Talbot, nous remontons vers Anne Atkins, Charles Nègre, etc. À quelques exceptions près, elle est centrée sur la période 1850-1950 et couvre en gros un siècle de photo. » Toutefois, ajoute-t-il : « Elle présente aussi quelques artistes actifs aujourd’hui, tel Hiroshi Sugimoto dont les œuvres renvoient à d’anciennes traditions. Tout se fond harmonieusement. »

Feuille d’une plante (1844) de Talbot, une image obtenue par simple pression d’une feuille végétale sur un papier photographique exposé à la lumière, illustre par exemple ce croisement de l’ancien et du nouveau. Selon Jonathan Shaughnessy, cette méthode est révélatrice des expérimentations des tout premiers photographes qui exploraient ce nouveau procédé à l’aide de méthodes scientifiques. Une approche toujours d’actualité, mais pour d’autres raisons.

 

Charles Nègre, Reproductions d'objets en nature (v. 1864), photogravure, 32.3 x 23.8 cm. MBAC

Jonathan Shaughnessy précise : « L’exposition examine surtout les images du passé et l’influence des toutes premières méthodes expérimentales sur les jeunes artistes. À notre époque numérique où il existe tellement de façons de produire, de recevoir et d’utiliser des images, ceux-ci semblent toujours fascinés par les anciennes traditions chimiques et analogiques de fabrication d’images. »

Mémoire d’images réunit 36 photos. Des clichés allant des années 1850 aux années 1880 créés par Atkins, Nègre et Étienne Léopold Trouvelot côtoient des œuvres de photographes actifs au début du XXe siècle tels que Paul Strand, Anton Bruehl et Albert Renger-Patzsch, et de spectaculaires photogrammes de Man Ray des années 1920 (tirés dans les années 1960) rivalisent avec des images des années 1980 du Vancouvérois Share Corsaut. Chris Wiley espère que les visiteurs seront fascinés par les associations d’images de Part Picture et de Mémoires d’image.

Laissons le mot de la fin à Chris Wiley : « J’espère que cette exposition transcende la simple présentation d’une série d’approches novatrices, ce qu’elle fait bien sûr. Je souhaite que le public s’y intéresse parce qu’elle met en relief un moment de cohésion photographique et le travail d’un groupe d’artistes qui se sont mutuellement influencés mais qui ont aussi souvent entretenu des liens personnels intimes. Autrement dit, nous voulons offrir un instantané partiel d’un mouvement photographique en plein essor en présentant les œuvres des artistes des générations antérieures qui ont servi de jalons. »

Part Picture et Mémoire d’images seront à l’affiche au MACC du 2 au 31 mai 2015. Le Festival de photo CONTACT Banque Scotia débute le 1er mai. Pour de plus amples renseignements sur les lieux d’exposition et sur les expositions, ou pour un aperçu d’un vaste choix de photos, veuillez cliquer ici.

À propos de l'auteur