Mary Anne Barkhouse, Aerie I [Aire I] (détail), 2017. Tirée de l’exposition Le rêve aux loups, à l’Esker Foundation, Calgary. Du 16 septembre au 22 décembre 2017. Photo : John Dean.

Les animaux tiennent salon à l’Esker Foundation

« Les animaux ont envahi le salon », s’amuse Mary Anne Barkhouse, artiste Kwakiutl, en présentant sa toute nouvelle exposition à l’Esker Foundation à Calgary, en Alberta.

Barkhouse, née à Vancouver, a beaucoup voyagé à travers le Canada étant enfant, visitant sa famille tant sur la côte Ouest que sur la côte Est. Cette expérience lui a permis d’avoir une connaissance personnelle du territoire et de la diversité des animaux qui y vivent, savoir qui se retrouve dans son œuvre.

L’exposition, intitulée Le rêve aux loups, est une déclinaison enrichie de celle présentée originellement à la Koffler Gallery à Toronto plus tôt cette année. Elle regroupe des œuvres de collections muséales de partout au Canada, ainsi que quatre nouvelles sculptures créées spécialement pour l’exposition à l’Esker Foundation.

Une des pièces présentées dans l’exposition, Récolte (2009), prêtée par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), montre un castor assis sur une longue table étroite en bois. Le castor regarde les sculptures délicates de nénuphars, sur lesquelles sont écrits les noms des premiers habitants autochtones de la région du fleuve Muhheakantuck (aujourd’hui, l’Hudson). À l’autre extrémité de la table, un coyloup agrippe le bord de la nappe avec sa gueule. L’agencement de table semble sur le point de s’effondrer.

Mary Anne Barkhouse, Harvest, 2009. Tirée de l’exposition Le rêve aux loups, à l’Esker Foundation, Calgary. Du 16 septembre au 22 décembre 2017. Musée des beaux arts du Canada, Ottawa. Photo : John Dean.

 

« Je crois qu’il s’agit de l’une de ses meilleures œuvres », commente Jennifer Rudder, commissaire invitée. « Lorsque je l’ai vue pour la première fois au MBAC, je me suis sentie comme sonnée, à la fois par sa grande beauté et par le geste puissant du coyote arrachant la nappe de la grande table des colons. » Rudder explique que la majeure partie du travail de Barkhouse est une prise de position subversive à propos de l’accaparement des terres et de la politique. Mais si les animaux ont envahi le salon, soulève Rudder, alors cela pose les questions : « Qui possède la terre, qui est l’intrus ? »

Les visiteurs de l’exposition à l’Esker Foundation auront aussi le privilège de découvrir quatre nouvelles œuvres de Barkhouse. Dans la série Aerie [Aire] (2017), l’artiste place un berceau et un landau de l’époque victorienne dans deux salles. Le berceau et le landau contiennent de jeunes rapaces en porcelaine et tissu, notamment des chouettes, des aigles et autres espèces d’oiseaux inspirées des créatures mythologiques de la côte du Nord-Ouest, comme un oiseau-tonnerre. Barkhouse précise que cette œuvre lui a été inspirée par une vieille photographie de sa mère et d’amies prise par une camarade du pensionnat de St. Michael à Alert Bay, en C.-B.

« Elle m’a fait penser à la grande vulnérabilité des enfants à ce jeune âge, dit-elle, mais aussi à la force qui les habiterait quand ils allaient grandir. »

Mary Anne Barkhouse, Aerie II [Aire II] (détail), 2017. Tirée de l’exposition Le rêve aux loups, à l’Esker Foundation, Calgary. Du 16 septembre au 22 décembre 2017. Photo : John Dean.

 

Une des autres nouvelles œuvres est une banderole de 100 pieds [plus de 30 mètres] du sommaire exécutif du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation , avec les quatre-vingt-quatorze recommandations surlignées, une lecture essentielle pour tout Canadien qui souhaite ouvrir la voie au rapprochement.

Dans cette exposition, Barkhouse a particulièrement aimé pouvoir réunir des œuvres toutes récentes et d’autres plus anciennes, séparées par le temps et l’espace. « C’est un véritable cadeau pour moi, et c’est un peu comme si elles se rendaient visite les unes les autres. »

Pour Rudder, les visiteurs de Le rêve aux loups verront le travail d’une artiste et artisane accomplie qui fait appel à tout un éventail de matériaux, dont le bronze, la porcelaine, le bois, le verre, le tissu et le laiton. « Le message puissant véhiculé dans son travail élégant et souvent humoristique, conclut Rudder, est que nous avons encore beaucoup à faire en matière de capacité d’adaptation et de cohabitation pour être en mesure de survivre. Avec les traités contestés et les tensions qui perdurent aux frontières et limites territoriales, les œuvres de Mary Anne Barkhouse nous rappellent ce besoin de coexistence et de résistance à l’isolement, à la dispersion et à l’aliénation. »

Mary Anne Barkhouse, Harvest, 2009. Tirée de l’exposition Le rêve aux loups, à l’Esker Foundation, Calgary. Du 16 septembre au 22 décembre 2017. Musée des beaux arts du Canada, Ottawa. Photo : John Dean.

 

Le rêve aux loups est à l’affiche à l’Esker Foundation à Calgary, en Alberta, du 16 septembre au 22 décembre 2017.

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