L’éveil de la beauté. La magnifique collection Lanigan

Edward Burne-Jones, Étude pour Le banquet du mariage de sir Degrevant (pour Red House de William Morris) [1860], aquarelle, gouache, plume et encre violet sur mine de plomb sur papier, 26,2 × 29,5 cm. Collection Lanigan, Saskatoon. Promesse de don au Musée des beaux-arts du Canada. Photo © MBAC

Le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) abrite une extraordinaire collection de dessins britanniques du XIXe siècle, grâce en partie à un généreux don du collectionneur canadien Dennis T. Lanigan. Une sélection d’œuvres de cette collection est présentée cet automne au MBAC dans le cadre de l’exposition L’éveil de la beauté. Dessins des préraphaélites et de leurs contemporains tirés de la collection Lanigan.

Organisée par Sonia Del Re, conservatrice associée de la collection des dessins et estampes européens du MBAC, l’exposition donne à découvrir des dessins des préraphaélites Edward Burne-Jones, John Everett Millais, William Holman Hunt et Dante Gabriel Rossetti, ainsi que des feuilles d’Edward Poynter, Frederic Leighton et d’autres artistes liés au courant dit esthétisme et au mouvement Arts and Crafts. Très divers dans leurs sujets et leurs intentions, ils vont de simples études de figure à des scènes médiévales tirées de la littérature et à des compositions inspirées par la Renaissance, réalisées sous forme d’esquisses spontanées ou d’œuvres d’art très abouties. Les avancées techniques de l’époque sont également de la partie : plumes et aquarelles de fabrication commerciale, et papiers raffinés. En fait, c’est toute l’évolution du dessin britannique à travers le XIXe siècle que L’éveil de la beauté retrace.

La magnifique Étude pour l’esclave de La roue de la fortune (v. 1875–1883), de Burne-Jones, qui rappelle les célèbres sculptures d’esclaves de Michel-Ange, figure parmi plusieurs superbes études de nus. Les femmes sont largement représentées dans le choix d’œuvres, avec de touchants portraits d’épouses et de maîtresses des artistes, ainsi que de sensuelles images, telle cette Étude de la tête et des bras d’Iphigénie pour Cymon et Iphigénie (v. 1883), de Frederic Leighton ou Étude de la tête de Lamia pour Lamia (v. 1905), de John William Waterhouse. La superbe Fille du Roi Pêcheur tenant le Saint Graal (1861), de Frederick Sandys est l’une des pièces maîtresses de l’exposition.


 

Frederick Sandys, La fille du Roi Pêcheur tenant le Saint Graal (1861), plume et encre noire sur papier vélin, 32,2 x 23,5 cm. Collection Lanigan, Saskatoon. Promesse de don au Musée des beaux-arts du Canada. Photo © MBAC

Dennis Lanigan, chirurgien buccal et maxillo-facial de profession, collectionne l’art britannique du XIXe siècle depuis 1972, alors qu’il reçoit 500 $ de ses parents pour souligner l’obtention de son diplôme de dentisterie. Ce cadeau, raconte-t-il dans le catalogue d’exposition, lui a permis d’acquérir une sculpture en parian fabriquée par la firme Minton au milieu du XIXe siècle. Il avait aperçu la pièce, intitulée The Lion in Love [Le lion amoureux], dans la vitrine d’un antiquaire torontois.

À l’époque, il ne connaît à peu près rien à l’art victorien, ou même à l’art en général, mais faisant appel à ses talents de chercheur, il multiplie les lectures, les visites de galeries et musées et étudie le marché international de l’art, nouant ensuite des liens avec des marchands et d’autres experts. « Je crois que si l’on veut devenir un véritable collectionneur, il faut d’abord apprendre par soi-même », explique-t-il au téléphone depuis sa résidence de Saskatoon, « mais on doit aussi établir un dialogue avec d’autres personnes qui peuvent nous enseigner des choses. Il y a une limite à ce que l’on peut assimiler par la lecture. Il faut également observer. Et les conseils des marchands et experts ont eux aussi une grande importance ».

 

Frederic Leighton, Étude de la tête et des bras d'Iphigenia pour Cymon and Iphigenia (v. 1883), pierre noire et craie blanche sur papier vélin brun, 22 × 29,5 cm. Collection Lanigan, Saskatoon. Promesse de don au Musée des beaux-arts du Canada. Photo © MBAC

Douglas Schoenherr, ancien conservateur associé des estampes et des dessins au MBAC, un spécialiste de l’art victorien, est l’un des premiers experts sur lesquels Lanigan a pu compter. Les deux hommes se rencontrent en 1986 quand Lanigan visite Ottawa et demande de consulter les principaux dessins préraphaélites de la collection du Musée. Il est impressionné. « Le MBAC possédait des dessins victoriens magnifiques, dit-il, certaines des meilleures feuilles signées par des artistes que j’admirais : Rossetti, Millais, Holman Hunt, Sandys. » Au fil des ans, Schoenherr et Lanigan nouent une profonde amitié basée sur leur passion et leur érudition communes. Plus tard, quand Lanigan envisage de faire don d’une partie de sa collection, le choix du MBAC s’impose comme une évidence. « Le Musée possédait déjà les assises d’une grande collection, explique-t-il. Il ne restait qu’à l’étoffer. » Et effectivement, depuis 1997, il a fait don de 74 estampes et dessins, et en a promis plusieurs autres dizaines pour l’avenir.

Si la collection Lanigan comprend aussi des sculptures, des tableaux, des vitraux et des objets décoratifs, c’est assez tôt dans son parcours de collectionneur que ce dernier s’est intéressé principalement aux dessins. « Je dirais que le dessin m’a toujours passionné, même quand j’étais enfant. Il permet d’étudier le processus de création ou l’esprit de l’artiste au travail, de comprendre comment une peinture prend forme, comment la position d’un bras, d’une jambe ou la pose entière du modèle changent, de suivre cette progression jusqu’à ce que l’artiste parvienne au concept final. »

 

John William Waterhouse, Étude de la tête de Lamia pour Lamia (v. 1905), fusain et craie blanche sur papier vélin, 32,3 x 26,5 cm. Collection Lanigan, Saskatoon. Promesse de don au Musée des beaux-arts du Canada. Photo © MBAC

Les murs de la demeure des Lanigan à Saskatoon sont richement décorés d’œuvres d’art de quelque 100 artistes britanniques dont les personnalités marquantes semblent presque habiter les pièces. « Je les vois tous ensemble et je me dis : eh bien, tous ces gens se connaissaient, ils mangeaient parfois ensemble, tenaient des conversations. J’aurais bien aimé être présent à l’un de ces soupers et écouter ce qui se disait. Ils étaient de grands personnages, de grands conteurs. Les connaître aurait été fascinant. »

L’historien de l’art Christopher Newall, qui signe un essai dans le catalogue de l’exposition, et qui, en 2014, a aussi été l’un des commissaires de l’exposition John Ruskin du MBAC, salue Lanigan pour sa rigueur intellectuelle et sa clairvoyance en tant que collectionneur de dessins de l’époque victorienne, ainsi que pour son don extraordinaire. « C’est une collection superbe, absolument incomparable » déclare Newall au téléphone depuis chez lui dans le Suffolk, en Angleterre. « Cela signifie que la collection du MBAC n’aura pas d’équivalent, que le Musée dispose de la collection de dessins au trait du XIXe siècle britannique la plus remarquable, complète et diversifiée en Amérique du Nord. »

L’éveil de la beauté. Dessins des préraphaélites et de leurs contemporains tirés de la collection Lanigan est présentée dans les salles des estampes, dessins et photographies du Musée des beaux-arts du Canada du 9 octobre 2015 au 3 janvier 2016. Le catalogue de cette exposition est disponible à la Librairie du Musée des beaux-arts du Canada.

Les visiteurs voudront également participer à ces événements à venir :

  • La collection Lanigan de livres et revues illustrés, une causerie du docteur Lanigan ­— le 29 octobre à midi dans la bibliothèque du MBAC
  • Conférence annuelle Kathleen M. Fenwick « The Daydream of Painting: Drawing in Victorian England, » une conférence de Christopher Newall — le 29 octobre à 18 h dans la salle de conférences du MBAC
  • Rencontre avec les experts, avec le docteur Lanigan et la conservatrice associée Sonia Del Re — le 30 octobre à midi
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