L’illustration préraphaélite. Une sélection de Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada

 

William Holman Hunt, The Lady of Shalott [La Dame de Shalott]. Alfred Tennyson, Poems. Londres : Macmillan and Company, 1893. Gravure de J. Thompson

La présentation en cours à la Bibliothèque du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) est une rare occasion d’admirer diverses illustrations préraphaélites parues dans des livres et magazines de la seconde moitié du XIXe siècle. Elle complète l’exposition L’éveil de la beauté. Dessins des préraphaélites et de leurs contemporains de la collection Lanigan, à l’affiche au MBAC jusqu’au 3 janvier 2015.

Fondée à Londres en 1848 par William Holman Hunt, John Everett Millais et Dante Gabriel Rossetti, la confrérie préraphaélite rassemble des artistes qui, désabusés par la peinture académique, aspirent à créer un art basé sur le principe de « fidélité à la nature » de John Ruskin. Trouvant son inspiration dans les débuts de la Renaissance italienne (avant Raphaël), elle est aussi guidée par le travail d’Albrecht Dürer, de Jan van Eyck et des Nazaréens allemands, dont Julius Schnorr von Carolsfeld. D’autres artistes se joignent à la confrérie dans les années 1850, notamment Ford Madox Brown, Edward Burne-Jones, Arthur Hughes et Frederick Sandys.


Dante Gabriel Rossetti, The Maids of Elfin-mere [Les demoiselles d'Elfin-mere]. William Allingham, The Music Master: A Love Story and Two Series of Day and Night Songs. Londres : George Routledge, 1855. Gravure des frères Dalziel

L’exposition s’ouvre sur une œuvre largement reconnue comme la première véritable illustration préraphaélite : The Maids of Elfin-mere [Les demoiselles d’Elfin-mere] de Rossetti, une gravure publiée en 1855 pour le recueil de poèmes de William Allingham, The Music Master, A Love Story, and Two Series of Day and Night Songs. L’image a une influence immédiate sur l’art britannique, ouvrant la voie à la publication du principal ouvrage à réunir les premières illustrations préraphaélites : un recueil de poèmes d’Alfred Tennyson, édité par Edward Moxon en 1857. Connu [en anglais] sous le nom de Moxon Tennyson, l’ouvrage contient 54 illustrations dont 30 de Rossetti, de Holman Hunt et de Millais. L’exposition met en évidence deux de ces planches qui toutes deux reflètent l’intérêt de la confrérie pour l’étude des aspects psychologiques des textes, soit Palace of Art (St. Cecilia) [Le palais de l’art (sainte Cecilia)] de Rossetti et The Lady of Shalott [La Dame de Shalott] de Holman Hunt.

La gravure sur bois compte parmi les procédés de production d’illustrations. Alors populaire en Grande-Bretagne, elle permet d’imprimer en même temps des textes et des images, ce qui en fait une technique d’impression moins chère que les autres. En outre, la baisse des coûts signifie pour la première fois une plus grande diffusion des publications illustrées auprès du grand public.


Ford Madox Brown, The Prisoner of Chillon [Le prisonnier de Chillon]. Robert Aris Willmott (sous la dir. de), The Poets of the Nineteenth Century. Londres : George Routledge and Company, 1857. Gravure des frères Dalziel

Les frères Dalziel font partie des graveurs de l’époque qui ont le plus de succès et ils sont souvent approchés par les grands éditeurs pour solliciter des créations d’artistes en leur nom. C’est le cas des deux ouvrages exposés ici : The Parables of Our Lord and Saviour Jesus Christ et The Poets of the Nineteenth Century. Le premier comprend 20 illustrations du plus célèbre et du plus fécond des illustrateurs préraphaélites, Millais, et le second 100 gravures sur bois d’artistes tels que Millais, Madox Brown et Hughes. The Poets comprend une illustration de Madox Brown du poème de lord Byron, Le prisonnier de Chillon, pour laquelle Brown a passé deux jours à étudier des cadavres au centre hospitalier universitaire de Londres avant de représenter le corps sans vie, à l’avant-plan.

L’exposition met également en lumière plusieurs œuvres parues dans des revues extrêmement populaires telles que The Cornhill Magazine, Good Words et Once a Week. Trois d’entre elles dont Rosamund, Queen of the Lombards [Rosemonde, reine des Lombards], publiée dans Once a Week en 1861, témoignent du talent et de la polyvalence de Sandys, sans doute l’un des illustrateurs préraphaélites les plus doués.


Frederick Sandys, Rosamund, Queen of the Lombards [Rosemonde, reine des Lombards], Once a Week, 30 novembre 1861. Gravure de Joseph Swain. Don de la collection Dennis T. Lanigan, 2010

Deux des tout premiers dessins de Burne-Jones parus dans Good Words sont aussi mis en vedette. En effet, la revue avait commandé deux illustrations à l’artiste, par l’intermédiaire des frères Dalziel, se fiant à la recommandation de Holman Hunt qui avait dit de lui que « son talent  en faisait peut-être le plus remarquable de tous les jeunes gens de la profession ».

Les nombreux dessins du prolifique artiste Hughes qui embellissent les livres pour enfants figurent parmi ses plus belles œuvres. Citons entre autres les trois réunies pour l’exposition qui ont été créés pour At the Back of the North Wind, un conte de fées de George MacDonald publié en feuilleton dans Good Words for the Young.

Les vingt années qui suivent la parution du Tennyson par Moxon sont la période la plus productive de l’illustration préraphaélite. À la fin des années 1870, la gravure sur bois cède progressivement la place à de nouveaux procédés, entraînant une chute radicale de la quantité et de la qualité des illustrations. La tendance sera stoppée par le renouveau des livres d’art dans les années 1890 sous l’impulsion de William Morris, fondateur de la maison d’édition Kelmscott Press en 1891.


Edward Burne-Jones, The Works of Geoffrey Chaucer. Hammersmith, The Kelmscott Press, 1896. Gravure de W.H. Hooper. Don de Douglas E. Schoenherr, Ottawa, 2004, en l'honneur de Jean Sutherland Boggs

Le chef-d’œuvre de Kelmscott Press est l’édition des œuvres de Geoffrey Chaucer en 1896. Le volume marque aussi la collaboration la plus ambitieuse de Morris et Burne-Jones puisque Morris en a conçu l’œil, les lettrines et les bordures décoratives tandis que Burne-Jones a fourni les 87 illustrations gravées. Ce volume exceptionnel a été offert à la Bibliothèque du MBAC en 2004. Bien que Burne-Jones ait qualifié l’ouvrage de « quelque chose de similaire à une cathédrale, propice à la balade ou à la flânerie, une sorte de Chartres de poche », les amateurs d’illustrations pourraient bien penser que ce commentaire résume toute l’exposition.

L’illustration préraphaélite. Une sélection de Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada est à l’affiche à la Bibliothèque du MBAC jusqu’au 24 mars 2016. Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada tient à remercier Dennis T. Lanigan et Douglas E. Schoenherr pour leur généreux don de plusieurs livres et magazines de l’exposition.

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