Les membres de la famille: les animaux de compagnie dans les portraits de l’époque victorienne

C. Millington Drayson, Mme Milhausen, femme d'évêque de la Barbade, v. 1875, épreuve à l'albumine argentique, 9 x 5.6 cm. Acheté en 1972. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

 

Des chiens de toutes tailles, des chats, des lapins, des oiseaux et même un cheval sont les sujets inattendus de la fascinante présentation de photos de l’ère victorienne puisées dans les collections du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) et de la Bibliothèque et Archives Canada. Placée sous le thème des animaux de compagnie, la nouvelle installation met en relief une impressionnante gamme de procédés photographiques allant  d’un daguerréotype, de ferrotypes et d’épreuves à l’argentique à des tirages modernes au jet d’encre de négatifs sur plaques de verre. 

Farmer, Basil Levett avec le poney Nina, v. 1865, épreuve à l'albumine argentique, 6.1 x 9.1 cm. Acheté en 1972. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

 

Andrea Kunard, conservatrice associée de la photographie au MBAC, nota que l’idée de cette présentation s’est imposée pendant ses recherches sur le portrait carte-de-visite dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada. (Les portraits-cartes sont des petites photos montées sur carton selon un procédé breveté à Paris dans les années 1850.) Tout d’abord surprise par la quantité d’images sur lesquelles figurent des animaux, elle constate que « ces photos sont vraiment passionnantes sur le plan de l’imagerie bien sûr, mais aussi pour ce qu’elles révèlent de l’identité et des valeurs sociétales de l’époque victorienne. »

William James Topley, Frechette, le chat de maître, 1887, épreuve photographique au jet d’encre à partir d’un négatif sur plaque de verre, v. 8.25 x 10.8 cm. Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 3448830

 

Si certaines photos, telle cette délicieuse image d’un chat lové dans un chapeau,  mettent en scène des animaux, d’autres sont des portraits formels de studio qui représentent des personnes ou des familles posant avec leurs  compagnons à quatre pattes. Aux tout débuts de l’activité photographique, les photos – généralement prises en de rares occasions dans des studios commerciaux – étaient de précieux souvenirs. Le recours à une technique moderne et, pour certains, onéreuse de fabrication d’images d’animaux de compagnie en dit long sur l’évolution du statut des animaux à la fin du XIXe siècle. Comme le souligne Andrea Kunard, la place de ces derniers n’est plus à l’extérieur : ils commencent à faire partie de la vie domestique et sont considérés comme les membres d’une famille élargie.  

Les photos de l’ère victorienne illustrent cette nouvelle manière de penser. Longtemps associés à la moralité, à la loyauté et à la fidélité, les chiens y occupent une place de choix. Toutefois leur popularité, d’autant plus intéressante au regard de l’importance de la moralité, de l’humilité et de la loyauté dans la conscience sociale de l’époque, soulève une question : ces portraits avaient-ils uniquement une précieuse valeur sentimentale ou bien les maîtres des animaux espéraient-ils ainsi être associés aux valeurs qu’ils incarnaient?

Inconnu, Homme avec deux chiens, n.d., photographie carte-de-visite, 6 x 10 cm. Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4957993

 

Le contexte historique général appelle d’autres questions. Comme le souligne Andrea Kunard, l’ère victorienne marque l’émergence de campagnes en faveur de lois sur le travail des enfants et sur les droits des animaux. « La notion de responsabilité sociale et de protection de ceux qui ne pouvaient se faire entendre, dit-elle, commençait à tracasser les gens ». Ces mouvements de défense des droits des hommes et des animaux rejoignent d’autres sphères de création et la photographie devient un moyen de perpétuer le souvenir de soi ou de rappeler sa propre personnalité, sa conscience de soi et ses valeurs.

Inconnu, Alice Field et un lapin blanc, n.d., photographie carte-de-visite, 10.9 x 1.5 cm.  Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4955132

 

Fait intéressant, deux portraits de studio présentés dans l’exposition mettent en vedette deux personnes  différentes avec le même chien. Le studio avait-il un vrai chien qu’il mettait à la disposition de ses clients en guise d’ « accessoire »?  Des membres d’une même famille se sont-ils chacun fait prendre en photo avec le chien de la famille ? Libre à chaque visiteur d’admirer toutes ces images, d’envisager ces diverses possibilités et de réfléchir à notre héritage collectif en matière de soin aux animaux et d’attachement à leurs images. 

 

 

La présentation Fidèles compagnons. La photographie d’animaux de compagnie au dix-neuvième siècle sera exposée dans les salles d’art canadien et autochtone du Musée des beaux-arts du Canada à partir du 10 avril 2018.  Pour partager cet article, veuillez cliquer sur la flèche en haut à droite de la page.

Exposition

À propos de l'auteur