Image fournie par Musée des beaux-arts de l’Alberta. Photographie par Charles Cousins

L’histoire derrière la photographie : Légende à l’AGA

Quand le Globe and Mail a décidé de déménager son siège de la rue Front pour un nouveau bâtiment sur la rue King à Toronto, une équipe a dû s’atteler à la tâche colossale d’aliénation de plus de 750 000 photographies et d’un million de négatifs de sa collection. Couvrant des décennies et décrivant des moments clés de l’histoire canadienne, ces photographies étaient prisées pour leur valeur et admirées pour leur recadrage complexe et leurs légendes.

Entre 15 000 et 20 000 épreuves originales ont été données à l’Institut canadien de la photographie (ICP) du Musée des beaux-arts du Canada; pour souligner ce geste, une exposition de 175 images a été présentée au festival de photo CONTACT Banque Scotia à Toronto et au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) à Ottawa. Organisée par Roger Hargreaves, Jill Offenbeck et Stefanie Petrilli, Légende. Les archives photographiques du Globe and Mail est actuellement à l’affiche (sous son titre anglais, Cutline: The Photography Archives of The Globe and Mail) au Musée des beaux-arts de l’Alberta (AGA). 

Magazine MBAC s’est entretenu avec Ann Thomas, conservatrice principale de la photographie à l’ICP, ainsi qu’avec Catherine Crowston, directrice générale de l’AGA, à propos de l’exposition et de son arrêt à l’AGA

Photographe inconnu, La salle des presses du Globe and Mail, 1952. Don du journal Globe and Mail à l’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada

 

Magazine MBAC : Parlez-nous de l’origine de l’exposition Légende et du processus qu’a suivi son organisation à Toronto et à Ottawa.

 Ann Thomas : Cette exposition a eu pour point de départ le don de photographies réalisé par le Globe and Mail et elle a été organisée conjointement par le MBAC, le Globe and Mail et Archive of Modern Conflict. Quand Roger Hargreaves, un historien de l’art expert en photographie de presse, s’est rendu compte au fur et à mesure de la sélection que ces images pourraient faire une exposition intéressante, nous avons immédiatement adopté l’idée.

Ellen Treciokas, du MBAC, a œuvré comme conceptrice à l’étape initiale et a saisi l’occasion de pouvoir travailler dans la salle des presses. L’espace a inspiré plusieurs innovations attrayantes au chapitre du design, et l’exposition a remporté un vif succès avant de se transporter à Ottawa un peu plus tôt cette année.

 

MMBAC : Parlez-nous de sa présentation à l’AGA.

 Catherine Crowston : L’AGA a un partenariat à long terme avec le MBAC et, si cette mouture de l’exposition est semblable aux précédentes, nous étions vraiment heureux de pouvoir présenter cette dernière dans le cadre de la série MBAC@AGA.

Nous souhaitions tout particulièrement avoir Légende à l’affiche cet été à l’AGA dans le contexte des célébrations du 150e anniversaire à travers le Canada. Nous avons actuellement une exposition intitulée Past Imperfect: A Canadian History Project [Passé imparfait. Un projet d’histoire canadienne] qui traite de moments de l’histoire canadienne à travers le regard d’artistes. L’exposition Légende la complète en proposant une perspective différente, en présentant l’histoire canadienne du point de vue des photojournalistes eux-mêmes.

 

MMBAC : Qu’est-ce qui rend ces photographies tellement uniques?

 Catherine Crowston : Elles sont magnifiquement exposées dans des vitrines murales et classées par thème, traitant de différents épisodes de l’histoire canadienne. Elles rendent compte de la langue et de l’esprit des époques où elles ont été prises, et révèlent la diversité des réalités au Canada dans la période de l’après-guerre.

En même temps, l’exposition est structurée autour de la notion de légende et de la démarche de construction de l’information. La question de la véracité des nouvelles a fait l’objet d’intenses débats récemment, notamment pour ce qui est de nos voisins du sud, et la capacité qu’a cette exposition à nous montrer comment on crée, représente et comprend les médias d’information à travers ces photos et leurs légendes est essentielle.

 

MMBAC : Certaines photographies se distinguent-elles par leur intérêt ou leur côté marquant?

 Ann Thomas : Pour moi, l’une des photographies les plus marquantes est celle qui est utilisée pour faire la promotion de l’exposition, présentant une femme, porte-voix à la main, lors d’une manifestation au Nathan Phillips Square à Toronto. Elle s’appelle Maggie Scott, elle a communiqué avec nous et est venue nous rencontrer au MBAC pour raconter l’histoire derrière la photographie.

La parution initiale de l’image dans la presse a entraîné beaucoup de confusion. Maggie a une certaine ressemblance avec Gloria Steinem, et les gens en ont déduit qu’il devait s’agir d’une féministe en lutte pour les droits des femmes. En fait, Maggie était simplement tombée par hasard sur ce rassemblement et avait pris le micro pour dénoncer le discours dirigé contre les hommes. C’était intéressant d’apprendre le fin mot de l’histoire, et de réaliser ainsi que certaines images de presse ne donnent pas nécessairement l’heure juste.

 

MMBAC : Qu’espérez-vous que les visiteurs retiendront de la présentation de cette exposition à l’AGA?

 Catherine Crowston : Je souhaite qu’elle contribue à faire prendre conscience aux visiteurs de l’importance du photojournalisme et qu’elle les aide à comprendre en quoi les images peuvent participer à notre connaissance et notre compréhension de l’histoire, des événements et de l’identité nationale. Comme l’exposition insiste également sur le thème de la nouvelle comme information construite, j’espère qu’elle éclairera aussi le public sur l’importance d’être conscient et averti.

 

Dennis Robinson, Manifestation au Nathan Phillips Square, Toronto, 1970. Don du journal le Globe and Mail à l’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada

 

Cutline: The Photography Archives of The Globe and Mail est à l’affiche au Musée des beaux-arts de l’Alberta jusqu’au 12 novembre 2017.

Exposition

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