Picasso à Winnipeg : une palette d’œuvres sans égale

Tout au long de l’été, les inconditionnels de Pablo Picasso ne bouderont pas leur plaisir au Musée des beaux-arts de Winnipeg (WAG). Deux expositions leur sont en effet proposées : Picasso : L’homme et la bête. Les estampes de la suite Vollard et Picasso au Canada.

Présentée l’an dernier au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), Les estampes de la suite Vollard comprend l’intégralité des 100 eaux-fortes et pointes sèches de la célèbre suite. Lors de l’exposition de 2016, c’était la première fois que le public pouvait voir la série dans son entièreté au MBAC depuis près de soixante ans, et la présentation au WAG est vraisemblablement la dernière pour les années qui viennent. Comme le souligne Stephen Borys, directeur du WAG, dans une entrevue à Magazine MBAC, « les œuvres sont d’une très grande fragilité et sensibles à la lumière, et après l’exposition de Winnipeg, il faudra donc qu’elles retournent dans les réserves pendant probablement une dizaine d’années. D’où l’occasion unique qui s’offre aux visiteurs du WAG ».

Pablo Picasso (1881–1973), Minotaure caressant une dormeuse, 18 juin 1933, pointe sèche sur papier vergé Montval, 33,5 x 44,5 cm (planche : 29,6 x 36,6 cm). Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (no 7241). © Succession Picasso / SODRAC (2017)

 

La présence de la suite Vollard au WAG est le fruit d’une conversation avec Marc Mayer, directeur du MBAC. Borys avait appris que le MBAC envisageait de présenter la suite qui, insiste-t-il, « n’avait été prêtée complète que peut-être une ou deux fois depuis son acquisition. Donc, bien évidemment, j’ai voulu savoir si, dans le cadre du partenariat MBAC@WAG, il y avait une possibilité quelconque que la suite voyage jusqu’à Winnipeg ».

Une fois confirmée la venue de Picasso : L’homme et la bête. Les estampes de la suite Vollard au WAG, Borys a entrepris d’organiser une exposition plus petite, qui ferait un tour d’horizon de la façon dont les musées canadiens ont collectionné Picasso à travers les années.

Commissaire pour l’occasion, Borys a réuni quelque trente-cinq œuvres (peintures, dessins, aquarelles, estampes et céramiques) provenant de neuf institutions canadiennes et de trois collections particulières locales, donnant un bon aperçu de la carrière de Picasso sur une soixantaine d’années. Avec des œuvres prêtées de partout au pays, Picasso au Canada s’avère une plongée fascinante dans la vie de l’artiste, et prolonge intelligemment l’exposition de la suite Vollard.

« On dit souvent de Picasso qu’il a été l’artiste le plus influent du XXe siècle, dit Borys, et je crois que c’est vrai. Il a créé pendant plus de soixante-dix ans, et sa présence artistique occupe l’essentiel du XXe siècle. Chaque décennie de sa production, il se redéfinissait, se réinventait, et proposait une vision de son art à la fois nouvelle et très puissante ».

Pablo Picasso (1881–1973), Minotaure vaincu, 29 mai 1933, eau-forte sur papier vergé Montval, 33,8 x 44,6 cm (planche : 19,4 x 27 cm). Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (no 7237). © Succession Picasso / SODRAC (2017)

 

Quand on lui demande s’il affectionne particulièrement certaines œuvres, Borys désigne le dessin Femme au collier (1920), de la collection du MBAC, et la toile Femme assise (1927), de celle du Musée des beaux-arts de l’Ontario (AGO). « Femme au collier est une pièce d’une grande simplicité, sans aucune prétention, commente-t-il, où on sent l’artiste à un moment charnière du cubisme quand, après avoir déstructuré le corps, il le recompose différemment, créant cette agréable composition. »

Concernant Femme assise, Borys explique qu’« il s’agit vraisemblablement de la peinture de Picasso la plus connue de ce pays. C’est une grande œuvre, de près d’un mètre et demi de hauteur. Le titre, Femme assise, cache en fait un triple portrait de sa femme, Olga, de son fils, Paulo, et de l’artiste lui-même. »

Borys évoque également les céramiques dans l’exposition. « Il y a dix pièces différentes, des vases, des bols et des assiettes, des pièces superbes dans une grande variété de couleurs et de finis. Picasso travaillait la céramique presque comme un tableau, et il aimait beaucoup le processus de peinture, de glaçure et de cuisson des œuvres. »

Andrew Kear, conservateur en chef et conservateur d’art canadien au WAG, note que l’exposition récente au WAG de la série Daphnis & Chloé a ouvert la voie à celle de la suite Vollard de Picasso.

Pablo Picasso (1881–1973), Sculpteurs, modèles et sculpture, 20 mars 1933, eau-forte sur papier vergé Montval, 34,1 x 43,9 cm (planche : 19,5 x 26,7 cm). Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (no 7180). © Succession Picasso / SODRAC (2017)

 

« Nous avons pensé que ce serait une bonne idée que d’inviter les gens ici à Winnipeg à redécouvrir Picasso à travers de la suite Vollard », confie Kear à Magazine MBAC. « Nous bénéficions énormément de cette relation avec le MBAC, car elle nous permet de montrer des œuvres de ses collections. Dans la suite, Picasso explore des sous-dualités : l’homme et la bête, l’amour et la mort, la tendresse et la violence. »

À propos de l’expérience Picasso proposée cet été au WAG, Borys ajoute : « C’est une de ces occasions qui ne se présentent qu’une fois dans une vie de voir deux expositions très différentes sur un même artiste. Nous avons également toute une programmation en parallèle : conférences, visites, ateliers, camps artistiques et repas thématiques : cet été, Winnipeg sera vraiment Picasso ».

Picasso au Canada et Picasso : L’homme et la bête. Les estampes de la suite Vollard sont à l’affiche au Musée des beaux-arts de Winnipeg jusqu’au 13 août 2017. Cliquez ici pour de plus amples renseignements.

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