The Pencil of Nature de Talbot : Les origines du livre illustré de photographies

William Henry Fox Talbot, La Porte Ouverte, dans The Pencil of Nature. Épreuve sur papier salé. Londres, 1845, Partie 2, planche 6. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

À la fin de 1839, l'année où il fait connaître sa méthode pour réaliser des photographies, William Henry Fox Talbot écrit à son ami et conseiller, le scientifique John Herschel, à propos de la supériorité de son procédé photographique « pour multiplier les exemplaires, et par conséquent, pour publier un ouvrage avec des plaques photographiques ». Il compare son invention avec le processus français au succès immédiat, le daguerréotype, qui était aussi annoncé en 1839 et qui était limité à ne produire qu’une seule plaque, non reproductible. Pour Talbot, l’idée d’une publication illustrée de photographies est une extension logique des capacités de la technique révolutionnaire de fabrication d’images qu’il a découverte.

Scientifique, mathématicien et photographe pionnier, Talbot voit de nombreuses applications pratiques du procédé récemment inventé dans les domaines de l’illustration scientifique, de l’archéologie, de l’étymologie, du catalogage et de la reproduction d’images. Il entrevoit même la possibilité d’utiliser les photographies comme preuves devant les tribunaux. Talbot reconnaît également le potentiel artistique de la nouvelle technique, même si, modeste, il prédit que d’autres que lui l’amèneront à maturité.

William Henry Fox Talbot, Buste de Patrocle, v. 1846. Épreuve sur papier salé .Acheté en 1975. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC. Cette image apparaît dans la partie X, mais cette impression particulière a été réalisée séparément de celles imprimées à Reading et est dans un bien meilleur état que celles montées dansThe Pencil of Nature.

Produire une publication réellement illustrée par des photographies se révèle un défi et Talbot doit attendre 1841 et son invention du calotype, une évolution de sa méthode de prise d’images. Même alors, il est confronté à de frustrantes difficultés de fabrication et de commercialisation qui auraient découragé un auteur moins déterminé. En dernière analyse, il ne peut revendiquer la réalisation du premier livre illustré de photographies, puisque son amie, la botaniste Anna Atkins, commence à produire son British Algae: Cyanotype Impressions en 1843, en petit tirage et diffusé en privé.

William Henry Fox Talbot, Couverture de The Pencil of Nature, London, 1844, Partie 1. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Vers la fin de 1844, toutefois, Talbot est prêt à produire la première partie de sa publication en série, The Pencil of Nature, qui jouit du titre de premier livre illustré de photographies commercialisé. Au cours des deux années suivantes, cinq autres parties sont publiées et l’ensemble complet comprend un total de 24 planches. Le premier numéro, actuellement présenté dans l’exposition Bibliothèque des Origines de la photographie à Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada, contient un assez long texte écrit par Talbot décrivant cette nouvelle méthode de fabrication d’images et faisant le récit de son invention.

William Henry Fox Talbot, Remarques d'introduction, dans The Pencil of Nature, London, 1844, Partie 1. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

À la suite de l’essai introductif, on trouve des épreuves montées, chacune accompagnée d’un texte typographié décrivant le sujet de la photographie, aussi rédigé par Talbot. Le premier numéro comprend cinq illustrations; la partie II, publiée en juin 1845, contient sept planches. Les sujets soigneusement choisis, disposés comme des modèles de production photographique, servent à illustrer le potentiel de la nouvelle technique à répondre aux intérêts de lecteurs moyens et spécialisés. On y trouve des exemples d’architecture, des images d’un catalogue de collections d’antiquités, un cliché d’un buste sculpté, un spécimen botanique, des reproductions d’un texte ancien imprimé et d’une lithographie, ainsi qu’un genre de prototype de photographie de voyage : un paysage urbain d’Orléans en France. La première partie est produite à près de 300 exemplaires; les numéros suivants le sont en nombres de plus en plus restreints : la partie VI en compte quelque 80.

William Henry Fox Talbot, Partie du Queen's College, Oxford, dans The Pencil of Nature, Londres, 1844, Partie 1, planche 1. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Afin d’installer l’infrastructure nécessaire à la création des centaines d’épreuves sur chacun des sujets, Talbot encourage Nicolaas Henneman, son ancien valet et collaborateur en la matière, à mettre sur pied un établissement d’impression de photographies. Celui-ci, situé à Reading, à mi-chemin entre Lacock (lieu de résidence de Talbot) et Londres, entre en production au début de 1844. Henneman veut que son entreprise fournisse des services photographiques au grand public, mais son client principal demeure Talbot, et son plus grand contrat, les épreuves montées dans The Pencil of Nature.

Aux premiers jours de la technique d’impression photographique, la fabrication d’épreuves qui seraient chimiquement stables est malheureusement mal comprise. C’est particulièrement vrai pour cette première tentative de faire passer la production d’épreuves à une échelle commerciale. La plupart des épreuves d’Henneman à Reading se sont décolorées dans les années et les décennies suivant leur production, dont un grand nombre des images publiées dans The Pencil of Nature. Les plus récentes évaluations des raisons de cette détérioration pointent vers l’utilisation intentionnelle d’un fixateur périmé pour produire des épreuves aux beaux tons brun pourpre, technique largement appliquée jusqu’à ce qu’elle soit identifiée comme source de dommage au milieu des années 1850. On a également suggéré que la très mauvaise qualité du système municipal d’approvisionnement en eau de Reading à l’époque – la source d’eau utilisée pour la composition des solutions de traitement et l’essentiel rinçage final – peut avoir laissé des impuretés sur les épreuves qui amènent l’oxydation et la décoloration des particules d’argent de l’image au fil du temps.

William Henry Fox Talbot, Le pont d'Orléans, dans The Pencil of Nature, Londres, 1845, Partie 2, planche 12. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Néanmoins, les exemplaires du Pencil of Nature sont des trésors pour les collectionneurs et les institutions vouées à la représentation d’une version exhaustive de l’histoire de la photographie. Il était frustrant que la superbe collection du Musée des beaux-arts du Canada, qui comprend un fonds imposant d’œuvres de Talbot, la plupart en excellent état, ne compte aucun exemplaire du Pencil of Nature. Mais avec la collection Origines de la photographie, don anonyme de photographies anciennes et de matériel connexe fait à l’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada à la fin 2016, vient une vaste bibliothèque de publications photographiques qui incluent des exemplaires des deux premières parties de Pencil of Nature. Ceux-ci, accompagnés d’une sélection d’autres publications importantes faisant partie du don, sont présentés dans l’exposition Bibliothèque des Origines de la photographie à Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada.

 

Bibliothèque des Origines de la photographie est à l’affiche à Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada jusqu’au 3 février 2019. Partagez ce texte et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.​

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