Stephen Andrews, Facsimilé, 1re partie, 1991. Mine de plomb, cire d’abeille, huile, Rhoplex sur carton, bande perforée de piano mécanique, tablette de bois, 166 x 474 x 23.5 cm (incl. étagère); panneaux: 40.3 x 20.5 x 2.7 cm. Acheté en 1993 (no 37020.1-50). Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Stephen Andrews Photo: MBAC

Un héritage durable : les lauréats des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques de 2019

Les prestigieux Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques soulignent autant la carrière et l’ensemble des réalisations des artistes canadiens que leur contribution aux arts visuels, notamment l’architecture, la photographie, les arts médiatiques et les pratiques contemporaines à cet égard. Les prix de 2019 rendent hommage à neuf lauréats d’exception : Stephen Andrews, Marlene Creates, COZIC (Yvon Cozic et Monic Brassard), Susan Edgerley, Ali Kazimi, Lee-Ann Martin, Andrew James Paterson et Jeff Thomas.  « Au cours de leur carrière hors du commun, ces artistes nous ont tour à tour, amusés, provoqués, étonnés … Avant toute chose, ils nous ont poussés à une réflexion qui va bien au-delà des mots et des images », affirme le directeur du Conseil des arts du Canada, Simon Brault, qui administre ces prix en collaboration avec plusieurs partenaires. Cette année encore, le Musée des beaux-arts du Canada expose un éventail d’œuvres des gagnants de ces prix.

« Plusieurs de ces artistes travaillent depuis 50 ans », constate Adam Welch, conservateur associé de l’art canadien et membre de l’équipe au Musée également composée de Nicole Burisch, conservatrice adjointe, Art contemporain et de Jasmine Inglis, adjointe à la conservation, Art indigène, qui a organisé l’exposition dans des délais relativement serrés immédiatement après l'annonce. « Le travail de conservation a été intense, mais nous avons aussi eu plaisir à réaliser ce projet. Toute la variété des styles, des matériaux, des techniques et des approches créatrices des gagnants est mise en évidence dans la présentation. » Associant des œuvres de la collection nationale à des prêts d’autres artistes et établissements, l’exposition comprend des œuvres aussi fondamentales que Complexe mammaire (1970) de COZIC, Fair-play (2014) d'Ali Kazimi ou Sybilla Nitsman, Labrador 1988, de la série « La distance entre deux points se mesure en souvenir » de Marlene Creates.

Ali Kazimi, image tirée du Fair-play, 2014. Installation vidéo stéréoscopique tridimensionnelle, 7 min. Collection de l'artiste. © Ali Kazimi Photo : avec l’autorisation de l’artiste

Stephen Andrews puise souvent son inspiration dans les conséquences globales du sida, de l’escalade des guerres et du capitalisme. Diagnostiqué séropositif il y a 30 ans, l’artiste en arts visuels de Toronto précise que son travail, qui va du dessin et de la peinture à la céramique et à la chorégraphie en passant par l’animation, est profondément imprégné de ce diagnostic et du contexte social en général. Indépendamment du procédé choisi, il affirme que l’aspect fait main de ses créations est toujours essentiel « pour représenter à la fois le message et son mode de transmission ».

Depuis 50 ans que dure leur collaboration, les artistes du duo québécois COZIC Yvon Cozic et Monic Brassard en sont venus à se voir comme une entité artistique. La pratique de cet « artiste bicéphale » se nourrit de matériaux recyclés, de sculptures qui appellent la participation du public et de créations enchâssées dans la nature. Tous deux expliquent qu’ils ont choisi de travailler ensemble à la fin des années 1960 parce qu’ils voulaient « questionner l’ego artistique »

COZIC, Complexe mammaire 1970. Sacs de vinyle, tubes de vinyle, tubes de métal. Acheté en 1971. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © COZIC / SOCAN (2019) Photo: MBAC

Née à Portugal Cove, à Terre-Neuve, la poète et artiste environnementaliste Marlene Creates explique avoir franchi un cap quand elle a décidé de sortir du studio pour travailler dehors. Pour elle,  « soudainement … la planète est devenue mon studio. »  Elle vit et travaille aujourd’hui sur un terrain de six acres dans la forêt boréale et créé des œuvres qui traitent des liens inextricables unissant les gens, l’expérience humaine, la mémoire, le langage et la terre.

Marlene Creates, John Dickers, Labrador  1988. Acheté en 1993. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Marlene Creates. (Avec l'autorisation de Copyright Visual Arts-CARCC, 2019) Photo: NGC

Le cinéaste et artiste en arts médiatiques Ali Kazimi, qui vit à Toronto, aborde les enjeux complexes de la race, de la justice sociale, de la migration, de l’histoire et de la mémoire. Dans son œuvre récente, Random Acts of Legacy (2016), il décrit par exemple le vécu racial et social d’une famille sino-américaine en s’appuyant sur des films maison 16 mm. Entre 1984 et 1996, il a tourné  un documentaire consacré au photographe iroquois Jeff Thomas, également récipiendaire d’un Prix du Gouverneur général. Le but de ce film intitulé Shooting Indians: A Journey with Jeffrey Thomas était, dit-il, de « clarifier l’histoire secrète » du pays  qu’il s’est choisi.

Ce sont cinq figurines d’Indiens en plastique offertes par Ali  Kazimi qui ont donné le coup d’envoi  à Indians on Tour, un projet à long terme lancé en 2000 par le photographe, auteur et commissaire Jeff Thomas. Dans ses œuvres, Jeff Thomas scrute son histoire et sa propre identité tout en analysant les façons autochtones d’apprendre et de communiquer. L’artiste basé à Ottawa précise : « J’ai toujours eu l’impression que la photographie pouvait guérir l’expérience des autochtones, parce que nous venons d’une histoire coloniale d’effacement… ». Dans cette série dont plusieurs images font partie de l’exposition, les figurines placées dans des décors urbains ou des paysages champêtres permettent de mieux contester leurs représentations stéréotypées. Ces « journaux de voyage » sont des réflexions et des juxtapositions de l’histoire, de la mémoire et de l’identité.

Jeff Thomas, Chef à l’étoffe rouge, Indien Nord-Américain, Ottawa, Ontario, 2005. Épreuve d’archives à l’encre pigmentaire, 55,8 × 76, 2 cm. Collection de l’artiste. © Jeff Thomas Photo : avec l’autorisation de l’artiste

La pratique interdisciplinaire d’Andrew James Paterson englobe aussi bien la vidéo et le film que la peinture, la musique, la littérature et la performance. Également éditeur et auteur publié, l’artiste note qu’il sera toujours écrivain mais qu’il « aime l’idée selon laquelle le langage ne vise pas, en réalité, à avoir un sens, qu’il est décoratif en soi. » Sa démarche aussi complexe que raffinée emprunte à la philosophie, à l’esthétique allosexuelle et aux tensions entre les technologies et le corps humain. Son passé de musicien et de comédien inspire également une production extrêmement éclectique et variée.

Andrew James Paterson, Vue d’installation d'Environnements contrôlés 1994, Manger régulier  2004 et L’énigme de S.A.P. 2017. Vidéos couleur. Collection de l’artiste, avec l’autorisation de V/Tape, Toronto. © Andrew James Paterson Photo: MBAC

Le Prix Saidye-Bronfman, la plus haute distinction du domaine des métiers d’art canadiens, a été attribué à l’artiste verrière québécoise Susan Edgerley. « Le verre, pour moi, est un matériau poétique », dit-elle. « Quand je travaille le verre, j’ai l’impression d’écrire une histoire. » L’artiste doit sa réputation internationale à ses installations monumentales et à ses sculptures en matériaux mixtes. « Suzanne est une artiste qui explore les voies subtiles et sensibles de la vie », écrit Christian Poulin, directeur général d’Espace VERRE  et auteur de la mise en candidature. « Elle crée des œuvres où la sensibilité féminine, tout comme la poésie, la nature, la fragilité, le temps et la fantaisie, côtoie l’excellence technique, l’originalité et une connaissance rigoureuse de l’art et des métiers d’art. »

Susan Edgerley, Chatoiement, 2008. Verre façonné au chalumeau et épingles de métal, 192 cm (diamètre) x 13 cm (profondeur). Collection du Musée national des beaux-arts du Québec, Achat grâce à une contribution du Conseil des métiers d'art du Québec (2009.252). © Susan Edgerley Crédit photo : MNBAQ, Idra Labrie

Le Prix pour une contribution exceptionnelle a été décerné à Lee-Ann Martin. Championne de l’art autochtone, Lee-Ann Martin a notamment été conservatrice en chef de la MacKenzie Art Gallery, coordinatrice du Groupe de travail sur les musées et les Premières Nations et conservatrice de l’art autochtone contemporain au Musée canadien de l’histoire où elle a monté l’exposition fondamentale INDIGENA : perspectives autochtones contemporaines sur 500 ans. Elle a été commissaire invitée pour Résilience, une exposition avant-gardiste sur panneaux publicitaires présentant des œuvres contemporaines réalisées par 50 femmes autochtones en 2018. Cette formidable exposition pancanadienne était une réponse à l’appel à l’action du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation.

 Les œuvres de ces lauréats témoignent de l’ampleur de la richesse et de le diversité du talent canadien », souligne Tara Lapointe, directrice, Diffusion et développement des affaires, Conseil des arts du Canada. « Le fait de pouvoir rendre hommage à neuf récipiendaires  ... englobant toutes les formes d’expression des arts visuels et médiatiques, illustre vraiment toute la palette du secteur robuste et dynamique des arts visuels canadiens. »

 

L'exposition​ Les Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques 2019, organisée par le Musée des beaux-arts du Canada en collaboration avec le Conseil des arts du Canada, est à l'affiche au Musée des beaux-arts du Canada de 29 mars au 4 août 2019. Visitez la section Programme d'événements. Partagez cet article et n’oubliez pas de vous abonner à nos infolettres pour connaître les dernières informations et  en savoir davantage sur l’art au Canada.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur

Exposition