Voyage et violence, la Biennale canadienne 2017 à l’Art Gallery of Alberta

C’est une année excitante pour la Biennale canadienne qui se décline pour la première fois de son histoire en deux volets, l’un au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) à Ottawa, l’autre à l’Art Gallery of Alberta (AGA) à Edmonton. L’exposition de l’AGA, Turbulences et territoires. La Biennale canadienne 2017 du MBAC, présente plusieurs acquisitions récentes d’art contemporain du MBAC qui explorent les thèmes de la violence, du traumatisme, du voyage, du territoire, du colonialisme et du concept de nation.

« La Biennale canadienne 2017 du MBAC et son exposition parallèle regroupent une sélection d’œuvres puissantes qui font débat dans le monde de l’art contemporain », indique en entrevue avec Magazine MBAC Jonathan Shaughnessy, conservateur associé d’art contemporain au MBAC. De Beau Dick à Julie Mehretu, Chris Ofili et Kelly Richardson, « Turbulences et territoires s’intéresse aux différentes approches créatives d’artistes d’aujourd’hui soucieux d’analyser les turbulences de l’histoire et les sujets géopolitiques. »

L’exposition est orientée sur les œuvres de John Akomfrah et de Mark Bradford qui, précise Jonathan Shaughnessy, ont été l’élément moteur de l’exposition. Vertigo Sea (2015), une vidéo de quarante-trois minutes en triple projection de John Akomfrah, est une fresque graphique au contenu difficile qui aborde des thèmes tels que l’esclavage, la destruction de l’environnement, la pêche à la baleine ou la bombe atomique. « Cette narration épique traite de la propension de l’humanité à exploiter d’autres êtres humains, à exploiter l’environnement et à harnacher des ressources naturelles à des fins de destruction », note Jonathan Shaughnessy. « Œuvre troublante et complexe où des séquences sublimes, magnifiques, côtoient une abondance de contenu parfois graphique, Vertigo Sea est le pivot de l’exposition et s’inscrit dans le droit fil de son titre. »

John Akomfrah, Vertigo Sea, 2015, vidéo à haute définition à 3 canaux. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : © Smoking Dogs Films, avec la permission de la Courtesy Lisson Gallery

 

Avec Africa (2013), Mark Bradford aborde la question de l’esclavage en créant à l’aide de couches de papier une œuvre influencée par le premier atlas de la Compagnie néerlandaise des Indes  orientales. Jonathan Shaughnessy constate : « Bradford observe des siècles de migrations et de traumatismes avec cette œuvre inspirée des pages de l’atlas qui illustre les routes de l’économie et du début de la traite des esclaves. »

Les visiteurs découvriront des œuvres de Shuvinai Ashoona et John Noestheden, de Rebecca Belmore et d’Edward Poitras qui, bien que déjà exposées dans de précédentes biennales, demeurent pertinentes dans la trame narrative de Turbulences et territoires. Par exemple, 2 000 livres de corde (2004) d’Edward Poitras renvoie à la corde ayant servi à prendre l’homme politique, chef métis et fondateur du Manitoba Louis Riel, exécuté pour haute trahison pour son rôle dans les rébellions du Nord-Ouest en 1885. Parmi d’autres œuvres, citons The Cyphers (2016) d’Hajra Waheed, une installation d’objets métalliques, de dessins et de collages aux techniques mixtes faisant référence aux enjeux de la violence, de la vie privée, de la surveillance et de l’autonomie personnelle. Ou encore Mariner 9 (2012) de Kelly Richardson, une installation vidéo à trois canaux représentant la colonisation de Mars rendue possible par l’exploration spatiale. « On a déjà découvert et négligé des vestiges sur cette planète », souligne Jonathan Shaughnessy. « Cette représentation d’une future dystopie s’accorde aux thèmes de l’occupation et du territoire de l’exposition. »

Rebecca Belmore, Fringe, 2008, diachromie Cibachrome en caisson à lampes fluorescentes, 81,5 x 244,8 x 16,7 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

 

La vidéo de Wael Shawky, Cabaret Crusades (2010–2015), propose une discussion sur les atrocités commises à l’échelle mondiale et les revendications à l’égard des lieux sacrés. Présentée comme une trilogie (dont deux volets sont projetés à la Biennale canadienne du MBAC), l’œuvre est un récit de la bataille séculaire pour Jérusalem adapté de l’étude de 1983 d’Amin Malouf, Les croisades vues par les Arabes. Utilisant des marionnettes faites à la main, Wael Shawky aborde sous un angle historique les thèmes de l’invasion, de l’identité, de l’assassinat, de l’injustice, de la cupidité et du carnage. « Ce projet minutieux a été acclamé par la critique dans le monde des arts, car il soulève des questions qui sont toujours d’actualité dans les relations internationales, » précise Jonathan Shaughnessy.

Mettant en relief la puissance de l’art contemporain canadien et autochtone,  Turbulences et territoires propose bien plus qu’un simple éclairage sur le talent d’artistes contemporains. Qu’il s’agisse de sculptures ou de peintures, d’installations, de films, de photos ou de dessins, l’exposition « met en lumière certaines des acquisitions les plus captivantes et fascinantes d’art contemporain du Musée des beaux-arts du Canada », ajoute Jonathan Shaughnessy. « Des œuvres qui trouvent un écho tant chez les artistes que chez le public canadiens. »

John Akomfrah, Vertigo Sea, 2015, vidéo à haute définition à 3 canaux. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : © Smoking Dogs Films, avec la permission de la Courtesy Lisson Gallery

 

Organisée par Jonathan Shaughnessy, Catherine Crowston et Josée Drouin-Brisebois, Turbulences et territoires. La Biennale canadienne 2017 du MBAC, est présentée jusqu’au 7 janvier 2018 à l’Art Gallery of Alberta, dans le cadre de la série d’expositions MBAC@AGA. Également organisée par Jonathan Shaughnessy, la Biennale canadienne 2017 réunit une sélection d’œuvres acquises par le Musée des beaux-arts du Canada depuis 2014. À l’affiche au Musée des beaux-arts du Canada jusqu’au 18 mars 2018, cette exposition met à l’honneur le travail de plus de cinquante artistes. Pour partager cet article, veuillez cliquer sur la flèche en haut à droite de la page.

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