Parmi les ruines. Les photographies du XIXe siècle, moment fort de l’exposition Monet

 

 

Jules Andrieu, Désastres de la guerre, pont d'Argenteuil (v. 1870–1871), épreuve à l'albumine argentique, 37,7 x 29,4 cm. MBAC

Les ponts en acier du XIXe siècle sont souvent vus comme des merveilles du progrès, mais ce dernier s’avère dangereux. Avec sa photographie Désastres de la guerre, pont d’Argenteuil (v. 1870–1871), Jules Andrieu témoigne des dégâts causés par la guerre franco-prussienne. La prise de vue est réalisée selon un angle incliné, ce qui en augmente l’effet dramatique, comme si le spectateur plongeait dans le fleuve.

Dans l’exposition du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) Monet. Un pont vers la modernité, présentée jusqu’au 15 février, les photographies de ruines dans Paris et aux alentours prises par Jules Andrieu et choisies parmi la collection du MBAC donnent au travail du peintre impressionniste un contexte éloquent.

On en sait peu sur la carrière d’Andrieu avant qu’il n’arrive dans le milieu parisien de la photographie au début des années 1860. Né en 1816, il devient en 1865 photographe officiel pour le ministère de la Marine et des Colonies. Il semble avoir voyagé dans le cadre de ses fonctions, et réalise en 1869 une série sur les ruines en Palestine et en Égypte.

Il se spécialise dans le stéréogramme (un format populaire); toutefois, son œuvre la plus importante et la plus connue est la série « Désastres de la guerre » (v. 1870–1871), qui documente la dévastation de Paris et de ses environs au cours de la guerre franco-prussienne de 1870–1871.

Non seulement la ville est-elle bombardée par les canons et les mortiers, mais elle subit également un siège de quatre mois qui se traduit par une famine à ce point généralisée que l’on mange même les animaux du Jardin zoologique. Montrant des bâtiments éventrés, des rues jonchées de décombres et bien sûr des ponts détruits, les photographies d’Andrieu sur les conséquences de la guerre forment un contraste poignant avec les tableaux de Monet dans l’exposition.

Monet. Un pont vers la modernité traite des expérimentations menées par l’artiste autour du motif du pont entre 1872 et 1875, dans la foulée de la guerre franco-prussienne et de la Commune de Paris. Ses peintures décrivent la petite ville d’Argenteuil, au nord-ouest de Paris. Les deux ponts locaux ont été détruits pendant la guerre et Monet rend compte de l’effort entrepris pour les reconstruire et pour revenir à une vie normale.

 

 

Jules Andrieu, Désastres de la guerre, Hôtel de Ville, galerie des Fêtes (v. 1870–1871), épreuve à l'albumine argentique, 29,2 x 37,4 cm. MBAC

Sur le même sujet, le travail d’Andrieu est représenté par huit photographies grand format tirées de la série « Désastres de la guerre ». Ses images précises, dépourvues de toute présence humaine, sont un moment fort de la visite de la salle sur le terrible conflit. On y trouve aussi d’autres documents iconographiques comme des guides, des cartes postales et des photographies.

Dans une entrevue à Magazine MBAC, Lori Pauli, conservatrice des photographies, souligne que les œuvres d’Andrieu enrichissent l’exposition Monet, parce que leur nature documentaire donne au public un sentiment d’immédiateté. « En même temps, dit-elle, elles regorgent de détails et, parfois, de contenu historique saisissant. » Elle précise au passage que les photographies françaises du XIXe siècle sont l’une des forces de la collection photographique du MBAC, une collection qui continue à s’agrandir.

Après l’invention de la photo et sa popularisation comme technique artistique, de nombreux peintres ont commencé à s’y adonner, soit comme aide, soit comme technique à part entière, et les liens entre les disciplines revêtaient souvent une importance bien réelle. Monet, par exemple, a peint les scènes de rue du Boulevard des Capucines (1873) à partir du point de vue offert par le studio parisien du photographe Nadar.

La dévastation tragique causée par la guerre franco-prussienne et la Commune saute aux yeux dans les photographies d’Andrieu. Celles-ci proposent une vision plus mélancolique des ponts de la France du XIXe siècle que celle mise de l’avant dans les tableaux de Monet. Chacune des images d’Andrieu, remarque Pauli, est un « souvenir, un support tangible pour la mémoire ». Si Andrieu a pris ses photos durant le conflit et dans la période qui a immédiatement suivi, elles « ont l’apparence intemporelle des ruines antiques ».

On peut voir au Musée des beaux-arts du Canada, jusqu’au 15 février 2016, les photographies de la série « Désastres de la guerre » de Jules Andrieu dans le cadre de l’exposition Monet. Un pont vers la modernité. Le catalogue qui l’accompagne est en vente à la Librairie du MBAC.

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