Perception et progression : L’œuvre de Chris Cran


Chris Cran, Mon visage dans votre foyer (1986), huile et peinture-émail sur contre-plaqué, 97 x 249 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo © MBAC

Depuis plus de 40 ans, Chris Cran recherche l’aventure. En plus d’expérimenter avec divers styles de peinture, l’artiste travaille dans un large éventail de techniques, juxtaposant souvent à ses emprunts à l’histoire de l’art des images populaires de magazines bon marché, bandes dessinées, publicités et documents éphémères.

Ses œuvres récentes et son évolution artistique unique font l’objet d’une nouvelle exposition, organisée par le Musée des beaux-arts du Canada et l’Art Gallery of Alberta, dans le cadre du programme MBAC@AGA. « Il m’arrive de temps à autre de changer d’orientation dans mon travail », dit Cran en entrevue avec Magazine MBAC. « Tout à coup, je me sens prêt à faire quelque chose de nouveau. Je veux être en mesure de voir la trajectoire de ce que je fais – peu importe ce que c’est – et de la comprendre. Je m’attends à ce que l’exposition me révèle quelque chose à moi aussi. »

Cran est né en Colombie-Britannique en 1949 et a étudié à la Kootenay School of Art et à l’Alberta College of Art and Design. Il réalise depuis 40 ans des œuvres qui mettent à l’épreuve la perception habituelle de styles artistiques populaires, comme le modernisme, le réalisme photographique, le Pop Art et l’abstraction, et il interpelle les spectateurs à travers des pièces qui jouent avec la perception et l’imagination. En 2014, il remporté le Doug and Lois Mitchell Outstanding Calgary Artist Award.

Chris Cran, Grand homme vert qui rit (1990), huile et acrylique sur toile, 274.2 x 183 x 7.7 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de l'artiste, Calgary, 1995. Photo © MBAC

L’exposition CHRIS CRAN, sincèrement vôtre, organisée en collaboration par Josée Drouin-Brisebois du MBAC et Catherine Crowston de l’AGA, explore plusieurs périodes de la carrière de Cran. « Bien que les types d’œuvres semblent très différents, les préoccupations de l’artiste sont constantes, explique Crowston à Magazine MBAC. Il s’est toujours intéressé aux questions soulevées par la peinture, comme le rapport entre abstraction et représentation, et le concept de planéité par opposition aux illusions d’espace et de profondeur. »

« C’est une question de continuité et d’évolution », ajoute Drouin-Brisebois. « Chris a vraiment toujours voulu s’adresser aux spectateurs et leur proposer de nouvelles façons de considérer les œuvres d’art. Il adore expérimenter, dépasser les frontières de ce qu’est “la peinture” et voir ce qui en résulte. »

Le programme de partenariat MBAC@ permet à des institutions, dont l’AGA, le Musée des beaux-arts de Winnipeg et le Musée d’art contemporain canadien à Toronto, d’accueillir des expositions où figurent des pièces de la collection nationale du Canada. Outre des œuvres venant d’ailleurs, CHRIS CRAN, sincèrement vôtre présente 13 estampes, peintures et dessins du MBAC, dont l’acquisition récente, Après l’inondation, nos 1–9 (2013), illustrant des photographies déformées ayant été endommagées lors d’une inondation à Calgary en 2005.

Si les pièces de l’exposition sont très différentes les unes des autres, elles révèlent toutes l’intérêt de Cran à promouvoir la signification dans ses créations. « Je travaille sur notre inclinaison à générer du sens, et aux motifs qui permettent d’y arriver », précise-t-il. « Nous sommes des machines à fabriquer du sens, et c’est ce que nous faisons à tout moment. »

Chris Cran, de la série Après l'inondation n° 1-9 (2013), épreuves au jet d'encre, installation aux dimensions variables. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Une des pièces préférées de Cran, The Disputed Sculpture [La sculpture contestée] (2006), est aussi exposée. « Je n’ai jamais eu l’occasion de passer du temps avec elle, parce qu’elle a immédiatement trouvé preneur. La retrouver a été satisfaisant à plusieurs égards. »

Quand on lui a demandé d’expliquer pourquoi cette œuvre est une de ses préférées, Cran s’est trouvé à court de mots; il a plutôt exprimé ses pensées sur la magnifique capacité de l’art à déclencher une puissante réaction émotionnelle. « Certaines de mes expériences favorites ont été inexplicables », a-t-il affirmé. « Je me demande souvent comment une grille de traits et un peu de couleurs dans une peinture d’Agnes Martin peuvent produire un état émotif tel qu’il est impossible de l’exprimer par des mots, parce qu’il est au-delà. Cette réaction de pure sensation est à mes yeux la réponse la plus intelligente que ce système nerveux peut avoir. Je recherche de plus en plus ce genre d’expérience, et je m’estime très chanceux quand j’y arrive. »

En ce qui concerne l’avenir, Cran espère continuer d’évoluer en tant qu’artiste. « J’ai hâte de retourner à mon atelier pour réaliser d’autres œuvres, ce qui est l’un des grands plaisirs de ma vie », conclut-il. « Je ne sais jamais ce qui va suivre, mais c’est ce que je trouve le plus intéressant. »

CHRIS CRAN, sincèrement vôtre est à l’affiche à l’Art Gallery of Alberta jusqu’au 3 janvier 2016.
Lorsque l’exposition sera présentée au Musée des beaux-arts du Canada en 2016, elle sera combinée à une deuxième, aussi sur le travail de Cran, actuellement à la Southern Alberta Art Gallery.


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