Une image mouvante à l’Art Gallery of Alberta

  

Yael Bartana, image vidéo fixe, Kings of the Hill (2003), vidéo à canal unique, 7 min 30 s en boucle. Avec la permission de la Petzel Gallery, New York, de l’Annet Genlink Gallery, Amsterdam, et de la Sommer Contemporary Art, Tel-Aviv

Chaque artiste utilise le procédé de son choix pour s’exprimer. Pourquoi faudrait-il alors qu’un groupe d’artistes travaillant dans la même partie du monde, mais séparément, choisisse un procédé plutôt qu’un autre ? Voilà une des questions posées par Catherine Crowston, directrice générale et conservatrice en chef de l’Art Gallery of Alberta (AGA), et Josée Drouin-Brisebois, conservatrice de l’art contemporain au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), lors de leur voyage de recherche effectué l’année dernière en Israël.

Le fruit de leur voyage est non seulement une réponse à leur question, mais aussi Une image mouvante, une exposition de l’AGA organisée dans le cadre du programme [email protected] A Moving Image, le titre anglais de cette présentation qui réunit huit œuvres vidéo créées par cinq artistes israéliens, renferme un jeu de mots puisque « moving » évoque à la fois le procédé de l’image en mouvement et l’émotion que les images peuvent susciter.

Josée Drouin-Brisebois explique : « Au départ, notre question était : "Pourquoi la vidéo ?"  Pourquoi pas la sculpture, la peinture ou autre chose ? Quand on regarde les premières utilisations artistiques de la vidéo ailleurs dans le monde, on constate qu’elles ont servi à investiguer la notion de télévision et les possibilités de la nouvelle technologie, ou encore à scruter la question de l’identité et remettre en question le moi. Mais l’art médiatique qui nous vient d’Israël n’a pas ces fonctions. »


 

Nira Pereg, image vidéo fixe, Sarah Sarah (2012), vidéo à haute définition, 4 min 25 s en boucle. MBAC

« Là-bas, la vidéo est beaucoup plus associée aux médias et à la façon dont ils ont été utilisés pour raconter des histoires selon des points de vue particuliers. Par conséquent, la vidéo ne sert pas tant à définir l’identité qu’à informer, à transmettre de l’information et à raconter des histoires. »

Grâce à cette invitation à voyager en Israël, les deux conservatrices ont rencontré des artistes, découvert des œuvres auxquelles elles n’auraient autrement pas eu accès et compris comment celles-ci s’arrimaient au contexte local. 

Catherine Crowston raconte : « J’ai compris que l’idée avec laquelle j’étais partie était inexacte quand nous avons commencé à rencontrer des artistes et discuté avec une historienne de l’art vidéo et des arts médiatiques installée à Tel-Aviv. L’une des choses qu’elle a dites était qu’Israël était un pays généralement très médiatique. Qu’il y avait eu ces dix dernières années une très grande couverture de l’actualité dans les différents types de médias temporels, qui avait à la fois saturé et représenté Israël et le Moyen-Orient en général. Suite à cela, la vidéo est devenue un procédé important, que les artistes ont utilisé pour aborder les enjeux discutés là-bas. »

Les vidéos réunies pour cette exposition vont de sérieuses à ludiques dans la mesure où elles traitent différents aspects de la vie en Israël. Elles comprennent entre autres Abraham Abraham et Sarah Sarah (2012) de Nira Pereg, deux installations stéréo en HD à canal unique de quatre minutes qui s’enchaînent avec 25 secondes de boucle, récemment acquises par le MBAC.

Projetées sur des murs en face à face, Sarah Sarah et Abraham Abraham racontent un événement peu banal qui se déroule dans le tombeau des Patriarches, à Hébron. Cet ancien tombeau sacré est un lieu saint tant pour les musulmans que pour les juifs. Dix fois par an, à l’occasion de certaines fêtes, juifs et musulmans ont à tour de rôle et pendant 24 heures la jouissance exclusive des lieux. Abraham Abraham suit la transformation de la grotte en mosquée, lorsque la synagogue est vidée de tous ses objets liturgiques ; Sarah Sarah, la transformation de la mosquée en synagogue, lorsque tous les objets islamiques sont enlevés.


 

Nira Pereg, image vidéo fixe, Abraham Abraham (2012), vidéo à haute définition, 4 min 25 s en boucle. MBAC

« L’entrée dans la salle se fait entre les deux projections, ce qui met le visiteur en situation de quasi-neutralité, note Josée Drouin-Brisebois. On a un peu l’impression de voir un documentaire du quotidien, mais un documentaire qui ferait du quotidien quelque chose d’assez symbolique. »

Catherine Crowston ajoute : « C’est un cycle perpétuel, qui montre comment deux confessions peuvent coexister de façon négociée dans ce contexte. »

D’autres œuvres, dont Kings of the Hill (2003), une installation vidéo de 7 min 30 sec. à canal unique réalisée et prêtée par Yael Bartana, utilisent l’humour pour illustrer le thème de la revendication du territoire. Kings of the Hill documente un jeu apprécié des Israéliens : chaque fin de semaine, la population locale amène ses 4X4 sur les dunes littorales de Tel-Aviv. Sous les yeux de foules de gens, les chauffeurs tentent jusque tard dans la nuit de gravir les dunes de sable à bord de leurs camions et jeeps, vivant une version pour adultes du jeu pour enfants « King of the Hill ».

« C’est une sorte de démonstration pour machos, explique Josée Drouin-Brisebois. Au fond, ils jouent aux territoires et aux jeux auxquels nous jouons depuis que nous sommes petits. »

Une image mouvante sera à l’affiche de l’Art Gallery of Alberta jusqu'au 4 janvier 2015. Pour de plus amples renseignements sur l’exposition cliquez ici.

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