La cofondatrice d’Open Studio Alix (née Barbara) Hall devant le lieu d’origine d’Open Studio, 320 Queen Street West, Toronto, 1971. Photo : Vincent Sharp. Image reproduite avec la permission d’Open Studio.

De la typographie à la lithographie Printopolis : une étude de la gravure contemporaine

Si la gravure possède une longue histoire et une culture contemporaine florissante au Canada, son histoire, ses techniques et son évolution souffrent de lacunes sur le plan de la pensée critique.

Printopolis comble ces lacunes.

Publié sous la direction de Tara Cooper et de Jenn Law, l’ouvrage est né des conversations amorcées au colloque international sur la gravure organisé en 2010 à Toronto par Open Studio, un centre de gravure sans but lucratif, géré par des artistes, fondé en 1970.

 

Quiconque s’intéresse au graphisme, à la gravure ou à l’histoire de l’art trouvera son bonheur dans Printopolis. Le livre réunit de nombreux essais qui explorent aussi bien les procédés d’estampes que l’archivage et le collectionnement, la pédagogie, les collaborations artistiques et les études de cas. Prenant de la hauteur, certains auteurs s’interrogent également sur les motifs qui sous-tendent la création d’œuvres d’art et sur la définition d’une gravure. Quant au dernier chapitre, il évoque les quarante-cinq années d’histoire d’Open Studio et la volonté de cet organisme à inciter les artistes à échanger du matériel, des habiletés et des idées.

Les contributeurs sont des artistes, des professeurs, des conservateurs et des enseignants. Certains sont des Canadiens expatriés à Berlin, aux États-Unis et à la Barbade et, bien que le sujet central du livre soit la gravure au Canada, leurs perspectives internationales nourrissent une conversation à échelle mondiale sur l’essor de ce procédé.

Tim Pitsiulak, Polar Bear [Ours polaire], 2016, sérigraphie, 76,2 x 111,8 cm. Photo : Sonia Quattro. Image reproduite avec la permission de Dorset Fine Arts et d’Open Studio.

 

Dans un essai marquant, « Northern Printmaking in Canada » [« La gravure dans le nord du Canada »], Michelle Lewin explore la richesse de la culture de la gravure à Cape Dorset,  un village de 1 400 habitants situé sur l’île de Baffin, au Nunavut. Retraçant l’histoire de la découverte et de la maîtrise de la gravure par les Inuits, l’auteure revient aussi sur les lancements annuels de leurs œuvres célèbres, qui « provoquent une sorte de folie chez les collectionneurs d’art du Canada, des États-Unis et d’Europe » [trad.].

Dans un autre essai digne de mention, le conservateur associé d’art canadien du Musée des beaux-arts du Canada, Adam Welch, analyse la création, l’évolution et l’influence de General Idea. Actif de 1969 à 1994, ce trio d’artistes a créé des œuvres imprimées sous des formes non traditionnelles, notamment des ballons ou du papier peint, s’appuyant sur son art pour commenter les médias et la culture populaire. La collection Art Metropole  du Musée des beaux-arts du Canada regroupe plus de 13 000 objets dont des livres d’artistes, des multiples, des vidéos et des documents éphémères qui illustrent ce remarquable réseau d’activités dont General Idea a été l’instigateur.

Shuvinai Ashoona et John Noestheden, La terre et le ciel, 2008, détail du dessin aux techniques mixtes (encre, crayon de couleur, mine de plomb, collage et cristaux de verre sur papier), 34,5 x 482,6 cm, collection du Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Image reproduite avec la permission de John Noestheden.

 

Un livre sur la gravure doit être un tirage d’art en soi. Printopolis relève brillamment ce défi : plus de cent images en couleurs, intellectuellement stimulantes, embellissent ses pages épaisses de papier mat, et huit œuvres originales ont été commandées expressément par Open Studio.

L’idée qu’un ouvrage tel que Printopolis doive être un tirage d’art soulève des questions sur la définition de ce procédé – une question au cœur du livre. Les livres imprimés produits en série peuvent-ils être considérés comme de l’art ? Toute chose imprimée est-elle de l’art ?

Barbara Balfour approfondit ces questions et d’autres encore. Dans son essai « The What and the Why of Print » [« Le quoi et le pourquoi de la gravure »], elle s’interroge sur l’attrait universel de la gravure, sur la notion de gravure, sur les raisons qui incitent à la production d’estampes et sur la faveur publique de ce procédé. « Vouloir expliquer pourquoi on aime la gravure, c’est vouloir expliquer une attirance pour toutes sortes de choses : les feuilletons à l’eau de rose, la planche à pagaie, le champagne et même le fait de tomber amoureux. »

Barbara Balfour attribue finalement le charme de la gravure à sa seule explication logique, ce « je ne sais quoi qui relève de la gravure ».

Jon Sasaki, Napkins (Materials Safety Data Sheet) [Serviettes (fiches de données de sécurité)], 2011, serviettes en papier, multiple imprimé distribué gratuitement à Art Toronto dans le cadre de l’exposition Place (organisée par William Huffman), 12,7 x 12,7 cm (chacune). Image reproduite avec la permission de Jon Sasaki.

 

Publié par Open Studio, Printopolis est disponible à la Boutique du MBAC et chez Open Studio. Le Musée des beaux–arts du Canada expose des œuvres de General Idea (salle B103) et des objets de la collection Art Metropole (salle B108).  Pour partager cet article, veuillez cliquer sur la flèche en haut à droite de cette page.

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