Histoire illustrée de l’art contemporain autochtone : la collection du Centre d’art autochtone

Couverture du livre  La collection d'art autochtone. Œuvres choisies 1967–2017;  l'image de couverture Faye HeavyShield, slivers, 2010. techniques mixtes, 236.22 x 243.84 x 3 cm. Collection des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada. © Faye HeavyShield. Photo Lawrence Cook

 

Observable depuis le Musée des beaux-arts du Canada sur la rive opposée, la haute tour de bureaux du gouvernement à Gatineau, au Québec, abrite au rez-de-chaussée une galerie d’art qui gère « la plus vaste collection d’art contemporain autochtone au Canada », selon un nouvel ouvrage intitulé La collection d’art autochtone. Œuvres choisies 1967–2017. Dans cette première monographie majeure de la volumineuse collection commencée en 1965, la directrice actuel du Centre d'art autochtone et ses prédécesseurs racontent la fabuleuse histoire où le jeune Alex Janvier, embauché comme conseiller culturel, incite le ministère fédéral des Affaires indiennes à soutenir les artistes autochtones et à acheter leurs œuvres. Le programme et la collection d’art autochtone voient alors le jour.

Plus de cinquante ans après, la collection compte au-delà de 4000 pièces par 838 artistes. Viviane Gray, qui a dirigé le Centre de 1989 à 2010, explique « qu’il s’agit de l’une des meilleures sources pédagogiques publiques pour les étudiants en art autochtone canadien et l’une des collections les plus populaires pour l’emprunt d’œuvres d’art contemporain autochtone ». Le Musée des beaux-arts du Canada et la plupart des grands musées d’art de partout au Canada ont emprunté des œuvres de la collection pour leurs expositions, incluant la première rétrospective d’art contemporain des Premières Nations en 1992 intitulée Terre, esprit, pouvoir. Les Premières Nations au Musée des beaux-arts du Canada. En 30 ans, le Centre d’art autochtone a organisé plus de 40 expositions, contribué à plus de 50 expositions d’artistes en résidence et prêté plus de 1 200 œuvres à des galeries, musées et centres d’art.

Eric A. Robertson, Bearings and Demeanours, 1990. Techniques mixtes, 243.8 x 243.8 x 121.9 cm. Collection des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada. Eric A. Robertson. Photo Lawrence Cook

 

En 1967, le Centre se joint aux célébrations du centenaire du Canada alors que plusieurs artistes autochtones sont invités à créer des murales au Pavillon des Indiens du Canada à l’Expo 67, à une époque où très peu d’institutions s’intéressent à cette forme d’art contemporain. À l’origine, le ministère des Affaires indiennes soutient l’art autochtone à des fins économiques et de développement communautaire. Au début des années 1960, l’art inuit « capte l’attention des collectionneurs et des galeries d’art » et si les artistes des Premières Nations sont admirés et populaires, les musées canadiens et les galeries tardent à le réaliser. Ce n’est qu’au milieu des années 1980 que le Musée des beaux-arts du Canada fait l’acquisition de sa première œuvre contemporaine autochtone, l‘Iceberg nord-américain de Carl Beam (1986).

On distingue initialement la collection d’art indien de la collection d’art inuit, mais en 1989, le gouvernement fédéral met fin à son programme d’exposition d’art inuit et remet sa collection à différents organismes à travers le Canada. Cependant, la présente collection d’art autochtone comprend certaines œuvres d’artistes inuits et continue de s’en enrichir.

Annie Pootoogook, Watching the Simpsons, 2006. Crayon de couleur sur papier, 33.5 x 45 cm. Collection des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada. © Dorset Fine Arts. Photo Lawrence Cook

 

La collection d’art autochtone a ceci de particulier qu’elle a été créée dans les années 1960 « par et pour des artistes professionnels autochtones, qui s’occupent de sa gestion ». Au fil des ans, cette situation a engendré une certaine confusion chez les fonctionnaires du gouvernement fédéral chargés de sa supervision et de son maintien. La collection est la responsabilité du ministère fédéral des Affaires indiennes (aujourd’hui Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada et Services aux autochtones Canada), qui fut l’outil de colonisation et d’assimilation du gouvernement en plus d’être responsable des « Indiens et de l’octroi des terres de réserves à leur intention ». Il est donc étonnant que la collection d’art autochtone – et ses nombreuses pièces dénonçant ce colonialisme – existe toujours. Cela en fait une collection d’autant plus intéressante. 

La sélection des 150 œuvres retenues pour ce livre a été menée par des Autochtones. Le choix final des pièces, parmi les 4000 considérées, fut confié à un comité de dix personnes sous la direction de la conservatrice mohawk Lee-Ann Martin. Le comité a évalué les œuvres selon des critères tels le mérite artistique, la pertinence par rapport à la collection d’art autochtone, le symbolisme dans l’histoire de l’art contemporain autochtone, le genre et la représentation de supports, techniques et pratiques variés. Il en résulte un volume riche et représentatif de diverses formes d’art dont le Kingfisher Mask (1980), une sculpture d’Henry Hunt, l’installation multimédia Bearings and Demeanors (1990) d’Eric Robertson, le dessin Corbeau vole la lumière, mine de plomb sur papier de Bill Reid ou la broderie Moosehair Tufting with Floral Design (1988) de l’artiste métis Sarah Carr.

Henry Hunt, Kingfisher Mask, 1980. Acrylique sur cèdre, 55 x 48 x 43 cm. Collection des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada. Succession Henry Hunt. Photo Lawrence Cook

 

On y retrouve tous les artistes autochtones contemporains les plus influents. On y présente Androgynie (1983), le chef-d’œuvre grandiose de Norval Morrisseau, qui dépeint la vision anichinabée de plusieurs mondes, dont ceux de l’eau, de la terre et du ciel, et du souterrain. Watching the Simpsons (2006) d’Annie Pootoogook révèle un regard unique et actuel de la vie des Inuits, et la peinture emblématique de Christi Belcourt, d’après le travail de perlage floral, est illustrée dans This Painting is a Mirror (2012). Des douzaines d’autres, d’une grande diversité, représentent toutes les régions du Canada.

Dans La collection d’art autochtone. Œuvres choisies 1967–2017, les illustrations sont parlantes. Les pièces sont classées par ordre alphabétique d’artiste, sans ajout biographique, critique, ni analyse. Chaque œuvre est présentée sur une page distincte permettant au lecteur de s’attarder aux détails, à la vivacité des couleurs et au récit. L’ouvrage se penche sur l’histoire de l’art contemporain autochtone au Canada. Selon Viviane Gray, « la collection d’art autochtone est un trésor d’objets qui constituent un héritage à transmettre aux futures générations... et un exemple à suivre en matière de gestion de l’art populaire autochtone par la fonction publique canadienne ».

 

La collection d’art autochtone. Œuvres choisies 1967–2017, en vente à la Boutique du MBAC , est une publication du Centre d’art autochtone. Pour partager cet article, veuillez cliquer sur la flèche dans la barre des menus en haut à droite de la page. N’oubliez pas de vous abonner à nos infolettres pour connaître les dernières informations et  en savoir davantage sur l’art au Canada. 

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