À l’avant-garde : six femmes artistes des années 1900 à 1950

La collection de Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada comprend un important ensemble de photographies de peintres, sculpteurs et photographes canadiens des XIXe et XXe siècles. Ces images montrent certains des artistes les plus talentueux du pays dans leur quotidien ou au travail dans leur atelier, révélant des aspects singuliers de leur personnalité et de leur profond attachement à l’art. On trouve dans cette collection des photographies des six femmes artistes dont il est question ici, chacune d’entre elles ayant forgé une vision créative unique et laissé une empreinte durable sur l’art canadien.

 

EMILY CARR

Harold Mortimer-Lamb, ​Emily Carr dans son studio devant son tableau « Sunshine and Tumult » [Soleil et tumulte], v. 1939.

Harold Mortimer-Lamb, Emily Carr dans son studio devant son tableau « Sunshine and Tumult » [Soleil et tumulte], v. 1939. Collection de ressources visuelles, Bibliothèque et Archives, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. 

Figure de proue dans le développement de l’art moderne au Canada, Emily Carr suit sa formation à la California School of Design à San Francisco, à la Westminster School of Art à Londres et à l’Académie Colarossi à Paris, avant de retourner s’installer en Colombie-Britannique en 1912 pour œuvrer comme artiste à Victoria. Ses tableaux emblématiques de pleine forêt et de mâts totémiques autochtones monumentaux assoient sa réputation auprès du public canadien à la fin des années 1920, notamment à la faveur de l’exposition Canadian West Coast Art: Native and Modern, présentée au Musée des beaux-arts de l’Ontario (anciennement l'Art Gallery of Toronto) et au Musée des beaux-arts du Canada (anciennement la Galerie nationale du Canada). La photographie reproduite ici, prise vers la fin de la carrière de Carr par le célèbre journaliste et photographe Harold Mortimer-Lamb, montre l’artiste dans son atelier face à sa peinture Soleil et tumulte. La photo a été prise quelques mois après sa participation à une exposition au retentissement international, A Century of Canadian Art, à la Tate Gallery, à Londres, en 1938. Carr est décédée à Victoria en 1945, auréolée d’une réputation d’artiste de tout premier plan au Canada.

 

FLORENCE WYLE

Photograph de Florence Wyle comme jeune sculptrice à Chicago par un photograph unconnu

Florence Wyle, jeune sculptrice à Chicago (photographe inconnu). Fonds Frances Gage, Bibliothèque et Archives, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. 

Florence Wyle, fille de Solomon Benjamin Wyle et de Libbie A. Sandford, est née à Trenton, dans l’Illinois, en 1881. À l’âge de dix-neuf ans, elle s’inscrit à un programme préparatoire à la médecine à la University of Illinois. Cependant, après avoir étudié l’anatomie, elle s’oriente vers la sculpture et entre à l’Art Institute of Chicago, où elle compte parmi ses professeurs le grand sculpteur américain Lorado Taft (1860–1936) et où elle fait la connaissance de Frances Loring, avec qui elle partagera le reste de sa vie. Wyle et Loring déménagent de New York au Canada en 1913 et partagent un atelier dans une ancienne église à Toronto, créant des œuvres qui vont les mettre à l’avant-garde de la sculpture au pays. En 1928, Wyle cofonde la Société des sculpteurs du Canada et est la première sculptrice à devenir membre à part entière de l’Académie royale des arts du Canada en 1938. Elle meurt à Newmarket, en Ontario, le 14 janvier 1968, trois semaines avant sa compagne, Frances Loring.

 

FRANCES LORING

Frances Loring travaillant sur un buste dans son studio, photographié par un photographe inconnu

Frances Loring travaillant sur un buste dans son studio (photographe inconnu). Collection de ressources visuelles, Bibliothèque et Archives, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. 

Frances Loring voit le jour à Wardner, dans l’Idaho, en 1887, et est la fille de Frank Curtis Loring, un ingénieur des mines, et de Mary Charlotte Moore. Bénéficiant des ressources financières familiales, elle étudie à l’École des beaux-arts de Genève, à l’Académie Colarossi à Paris, à la School of the Museum of Fine Arts à Boston et, finalement, à l’Art Institute of Chicago, où elle rencontre Florence Wyle. Après son installation au Canada avec Wyle en 1913, Loring reçoit une commande du Fonds de souvenirs de guerre canadiens pour la production de sculptures de travailleurs sur le front intérieur et concevra ultérieurement plusieurs monuments commémoratifs de guerre et des cénotaphes, dont celui de Galt à Cambridge, en Ontario (1930). Parmi les autres œuvres importantes de Loring, on trouve la sculpture du lion pour le le monument de l’autoroute Queen Elizabeth à Toronto (Queen Elizabeth Way Monument; 1939), ainsi que la statue de Sir Robert Borden (1957), à Ottawa. Loring est membre de la Société des sculpteurs du Canada et de l’Académie royale des arts du Canada. Elle fera également la promotion de la sculpture dans le cadre des nombreuses conférences qu’elle donne dans les villes de partout au pays.

 

PRUDENCE HEWARD

Prudence Heward, photographié par M.O. Hammond, 1931

M.O. Hammond, Prudence Heward, 1931. Collection de ressources visuelles, Bibliothèque et Archives, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. 

Efa Prudence Heward, artiste renommée pour ses portraits et études de personnages de femmes et d’enfants, vient au monde dans une famille montréalaise aisée en 1896. Montrant des prédispositions artistiques dès son jeune âge, elle suit ses premières leçons de dessin en 1908, à douze ans. En 1918, après avoir travaillé deux ans pour la Croix-Rouge à Londres pendant la Première Guerre mondiale, Heward reçoit une formation artistique formelle à l’Art Association of Montreal, où elle a William Brymner (1855–1925) pour professeur. Deux ans plus tard, elle se joint au Groupe de Beaver Hall, fondé en 1920 sous l’impulsion des artistes Randolph Hewton (1888–1960), Edwin Holgate (1892–1977), Mabel May (1877–1971) et Lilias Torrance Newton (1896–1980). Le Groupe de Beaver Hall connaît une existence relativement brève comme entité officielle, mais va continuer à prospérer de façon informelle tout au long des années 1920 et au-delà à travers les amitiés entre Heward et d’autres femmes artistes à Montréal, notamment Nora Collyer (1898–1979), Sarah Robertson (1891–1948) et Anne Savage (1896–1971). Heward s’éteint à Los Angeles, en Californie, en 1947. Une exposition commémorative de son œuvre est organisée au Musée des beaux-arts du Canada l’année suivante.

 

PARASKEVA CLARK

Charles Comfort, Paraskeva Clark, October 1938.

Charles Comfort, Paraskeva Clark, octobre 1938. Collection de ressources visuelles, Bibliothèque et Archives, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Succession Charles Comfort.

Paraskeva Clark, née Plistik, voit le jour en 1898 à Saint-Pétersbourg, en Russie. Elle est déjà une peintre reconnue, d’abord dans son pays natal, puis à Paris, avant d'immigrer à Toronto en 1931 avec son second mari, Philip Clark. Elle continue à s’affirmer comme artiste, devenant l’une des premières peintres au Canada à rejeter le nationalisme du Groupe des Sept. Tôt dans sa carrière, Clark se nourrit de nombreux courants artistiques, dont le postimpressionnisme et le cubisme, mais finit par forger un style moderne qui lui est propre et qui reflète son intérêt pour les questions politiques et sociales. Clark est membre de plusieurs sociétés des beaux-arts au Canada, dont le Groupe des Peintres canadiens, la Société canadienne des peintres en aquarelle et l’Ontario Society of Artists. Sa contribution à l’art canadien a été reconnue dans le cadre de l’importante exposition Peinture canadienne des années 30 présentée en 1975 par le Musée des beaux-arts du Canada.

 

PEGI NICOL MACLEOD

Madge Smith, Photograph de Pegi Nicol MacLeod au Observatory Art Centre, Université de Nouveau-Brunswick, 1945.

Madge Smith, Pegi Nicol MacLeod au Observatory Art Centre, Université du Nouveau-Brunswick, 1945. Fonds Madge Smith, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. 

Née en 1904 à Listowel, en Ontario, Pegi Nicol MacLeod déménage à quatre ans avec sa famille à Ottawa. En 1921, elle étudie la peinture auprès de Franklin Brownell à l’Art Association of Ottawa, alors nouvellement créée, puis poursuit sa formation à l’École des beaux-arts de Montréal. Encouragée en ce sens par l’ethnographe et folkloriste Marius Barbeau, Nicol MacLeod voyage pour peindre la nature et les peuples autochtones de l’Ouest du Canada. Dans ses premières œuvres, qui reflètent une attirance pour le portrait et le paysage, on sent l’influence du Groupe des Sept. Au fur et à mesure que sa carrière évolue, cependant, elle développe un style expressionniste vigoureux qui lui est propre. En parallèle à ses activités de peintre, Nicol MacLeod occupe pendant une courte période le poste de directrice artistique du Canadian Forum et, durant la Deuxième Guerre mondiale, elle est peintre de guerre officielle, représentant les activités de la Division féminine des Forces armées. À partir des années 1940, elle enseigne chaque année avec Lucy Jarvis à l’Observatory Art Centre de l’Université du Nouveau-Brunswick à Fredericton. Son dernier grand projet, connu sous le nom de Manhattan Cycle, présente des scènes autour de son appartement sur la East 88th Street à New York, où elle réside par intermittence avec son mari Norman MacLeod depuis le début des années 1940. Nicol MacLeod meurt d’un cancer à l’âge de 45 ans, son remarquable talent étant coupé dans son élan avant d'avoir pu exprimer son plein potentiel.
 

Des démarches raisonnables ont été entreprises afin d’identifier et de contacter les détenteurs des droits de reproduction. Nous tenons à nous excuser de toute omission par inadvertance.  Pour toute demande, veuillez contacter : [email protected]

 

Des œuvres d’Emily Carr, Frances Loring, Prudence Heward et Paraskeva Clark sont actuellement présentées dans les salles d’art autochtone et canadien (salles A105– A109) au Musée des beaux-arts du Canada. Pour des renseignements sur les œuvres de Florence Wyle et Pegi Nicol MacLeod, visitez la collection en ligne du Musée. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

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