Apprêtés pour le voyage. Nord magnétique à Francfort

Tom Thomson, Rivière du nord, 1915. Huile sur toile

Tom Thomson, Rivière du nord, 1915. Huile sur toile, 115,1 × 102 cm. Acheté en 1915. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa Photo : MBAC

Au cours des deux dernières années, le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) a collaboré avec le Musée des beaux-arts de l’Ontario et la Schirn Kunstshalle pour organiser Nord magnétique. Imaginer le Canada en peinture, 1910–1940, une exposition itinérante majeure prévue pour coïncider avec la Foire du livre de Francfort. Cet événement offre une revue critique d’œuvres du Groupe des Sept et de contemporains, et porte sur l’inclusion de perspectives autochtones afin de proposer une histoire plus exhaustive de la peinture au pays. Dans le cadre du prêt de 23 pièces, le personnel du MBAC a préparé neuf peintures sur toile et quatorze esquisses en plein air – signées Tom Thomson, Emily Carr, Franklin Carmichael, A.Y. Jackson, Arthur Lismer et Lawren S. Harris – pour le voyage vers l’Allemagne en janvier 2021. En dépit de la pandémie en cours et des défis encourus par les musées pour accompagner les œuvres en pleine période de restrictions de voyage, l’exposition a été inaugurée à la Schirn Kunsthalle en mars.

Vue d’installation de l’exposition Le nord magnétique. L’imaginaire du Canada en peinture, 1910-1940, présentant notamment des œuvres de l’artiste Emily Carr, au Schirn Kunsthalle de Francfort, Allemagne

Vue d’installation de l’exposition Nord magnétique. L’imaginaire du Canada en peinture, 1910–1940, présentant notamment des œuvres de l’artiste Emily Carr, au Schirn Kunsthalle de Francfort, Allemagne. Photo : Schirn Kunsthalle, Francfort

Le style de peinture réalisé par le Groupe des Sept est bien connu pour sa représentation unique du paysage canadien. Ces tableaux mettent l’accent sur des éléments clés du paysage – arbres, ciel et eau. Le choix des artistes de simplifier leurs images et de dépeindre une vaste étendue sauvage dépourvue d’êtres humains, en excluant souvent les preuves de la présence de ceux qui étaient déjà là, peut maintenant être réinterprété comme ayant créé un faux sentiment d’un monde inhabité. Une des œuvres prêtées par le Musée, Rivière du nord, de Tom Thomson, illustre ce style de représentation du paysage : un lieu isolé dans la forêt, rempli d’arbres et sans sentier.

Rivière du nord rend bien une atmosphère mystérieuse, mais à la différence de la pratique en plein air de Thomson, cette pièce n’a pas été peinte d’après nature. La méthode habituelle de l’artiste était de peindre une esquisse à l’huile sur place, puis, dans l’atelier pendant la saison froide, de transformer celle-ci en un tableau plus grand. Pour Rivière du nord, cependant, il a probablement créé une étude à la gouache en intérieur, une synthèse de plusieurs idées, probablement une combinaison de souvenirs du peintre et de l’influence de son travail commercial. Il a ensuite utilisé cette étude comme guide pour peindre la toile grand format au cours de l’hiver 1914–1915. Thomson a vendu peu de tableaux durant sa vie, et Rivière du nord est l’un de ces rares exemples. Il a été acheté par le Musée en 1915, directement à l’artiste. Cette toile majeure de Thomson est habituellement accrochée à côté de Le pin à Ottawa, et elle manquera certainement aux visiteurs. Le prêt souligne l’importance de partager ces chefs-d’œuvre avec un public international.

Vue d’installation, les salles d’art canadien et autochtone, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Vue d’installation, les salles d’art autochtone et canadien, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

Quand une œuvre d’art fait l’objet d’une demande de prêt, un facteur clé de la réponse dépend de son examen par le service de Restauration et de Conservation. En tant que gardiens de la collection d'art nationale, une de nos nombreuses responsabilités est d’assurer que ces œuvres sont soigneusement évaluées pour leur déplacement et, si l’approbation est accordée, sont préparées en accord avec les mesures de sécurité requises. Afin de réaliser l’examen nécessaire pour un tableau à l’huile, les restaurateurs de peintures étudient sa construction, son état actuel, son historique de voyages passés et les conditions environnementales de l’institution emprunteuse.

Pour les huiles sur toile, la construction du châssis en bois est examinée en fonction de son intégrité structurale et de la façon dont il supporte la toile. Nous analysons ensuite l’état des fibres de la toile et prenons en considération la façon dont les interventions de restauration passées vont influencer le risque encouru par le tableau pendant le voyage. L’adhésion des couches préparatoires et de peinture est vérifiée par examen visuel avec microscope, à la recherche d’instabilités. Enfin, le cadre est contrôlé pour s’assurer qu’il contient la peinture de façon sécuritaire, tant pour le voyage que pour la présentation.

Conservation specialist Tasia Bulger in the NGC Lab

Une partie des préparations en vue d’un prêt peut comprendre l’exploration du nettoyage de la surface et du décapage de vernis, comme ici. Photo : MBAC

L’évaluation des peintures à l'huile sur bois est différente de celles sur toile, car ces petites esquisses sur panneau sont faites d’une seule pièce de bois. Cette construction simple peut rendre la situation physiquement moins complexe si le panneau est bien préparé par l’artiste. Dans le cas de nombreux panneaux de Thomson, la peinture a été correctement mélangée et adhère adéquatement au support. Le danger auquel les panneaux doivent faire face durant le transport est habituellement le fait d’un encadrement inapproprié; ils sont aussi sujets aux effets de l’environnement et aux chocs physiques.

Des mesures préventives sont apportées aux tableaux avant le transport, et ces petits ajustements se traduisent par de grandes victoires dans l’historique de voyage d’une œuvre d’art au cours de son existence. Le fixage d’un dos protecteur amovible muni de renforts rigides à une peinture réduit de beaucoup les mouvements et vibrations de la toile pendant le transport. L’ajout d’un adhésif de qualité conservation à une zone mobile dans la couche picturale ou sur le cadre en stopper la propagation. Des modifications supplémentaires pour sceller le cadre créent une barrière afin de réduire tout effet que des fluctuations environnementales pourraient avoir sur une peinture en transit. Enfin, un rapport sur l’état de conservation rend compte de l’état du tableau à travers cet épisode de voyage.

Les restaurateurs fournissent à l’équipe d'encaissage du Musée des recommandations concernant l’habillage des caisses de voyage, qui sont construites sur mesure pour chacune des œuvres. L’intérieur des caisses varie pour ce qui est du rembourrage ou de la quantité d’isolant nécessaire afin d’assurer un déplacement sécuritaire de la pièce. La route la plus directe pour le transport est coordonnée avec notre Département des expositions et prêts, et les œuvres voyagent par avion et (ou) par camion jusqu’à l’institution emprunteuse.

Collage of images from conservation Lab

Collage d’images donnant un regard dans les coulisses des esquisses en plein air de Thomson pendant l’étape de l’examen. Photo : MBAC

Modifier les préparatifs et évaluer les risques dans le contexte d’une pandémie mondiale a été un processus d’apprentissage. Accepter le changement afin de continuer à soutenir des initiatives telles que les expositions itinérantes a été un défi qui a stimulé notre créativité pour résoudre les problèmes, en particulier à un moment où nous ne pouvons pas accomplir notre travail quotidien selon les procédures normales.

La capacité de l’art à rassembler les peuples à travers le monde est ici incontestable. Le fait de surmonter les obstacles du transport et du voyage pendant une telle pandémie et de toucher un public international confère à cette exposition une plus grande puissance et une dimension de résilience. En embrassant l’histoire du paysage connu aujourd’hui sous le nom de Canada, nous élaborons l’histoire d’une nation, en rendant hommage aux premiers gardiens du territoire, et nous promouvons et pratiquons l’inclusion, en avançant ensemble.

 

Nord magnétique. Imaginer le Canada en peinture, 1910–1940 est actuellement présentée à la Schirn Kunsthalle à Francfort et sera à l’affiche de la Kunsthal Rotterdam à l’automne 2021. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

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