Ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait être : zoom sur les finalistes du Prix de photographie Banque Scotia 2015

 

Prix de photographie Banque Scotia 2015: Barb Mason présente le prix à Angela Grauerholz, le 6 mai 2015. Photo : Melanie Choi

« Tous les trois sont passionnés d’histoire », note Andrea Kunard, conservatrice associée de la photographie au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC). « Quelle forme prennent nos souvenirs ? Pourquoi oublions-nous ? Comment la photographie peut-elle transcrire des événements pour l’avenir et passer tant de choses sous silence ? » Et pourtant : « Chacun d’eux a une démarche très différente de celle des autres et une production photographique très personnelle. »

Andrea Kunard parle ici des trois finalistes du Prix de photographie Banque Scotia 2015 : Rafael Goldchain, Angela Grauerholz et Isabelle Hayeur.

Le Prix de photographie Banque Scotia récompense l’excellence en photographie canadienne contemporaine. Comme l’a expliqué Andrea Kunard à Magazine MBAC qui cherchait à avoir plus de détails sur la lauréate de 2015 Angela Grauerholz et sur les autres artistes en nomination, le travail des finalistes de cette cinquième édition (tous représentés dans la collection du MBAC) témoigne « de la constance et de la qualité de la photographie produite au Canada ».

 

Angela Grauerholz, Rose et bleu (2010), épreuve au jet d'encre sur papier Arches. 102 x 152 cm. © Angela Grauerholz

Angela Grauerholz est née à Hambourg (Allemagne), mais elle vit et travaille à Montréal. Bien que connue pour ses créations fascinantes, à la fois descriptives et fictives, son intérêt l’incite également à réfléchir à des projets qui intègrent la photographie à l’installation et à la sculpture. En 2010, le MBAC lui a rendu hommage avec Angela Grauerholz: The inexhaustible image … épuiser l’image, une grande exposition qui réunissait des œuvres telles que Sententia I – LXII (1998). Comme le souligne dans l’avant-propos du catalogue de l’exposition Marc Mayer, directeur du MBAC : « Cette sculpture qui a la forme d'un cénotaphe est en fait un meuble où sont rangées de grandes photographies qui représentent des ouvertures que le spectateur découvre en ouvrant un à un les tiroirs verticaux. »

« Les espaces interactifs que créent les remarquables installations de Grauerholz dans un musée ou dans une galerie permettent aux visiteurs de découvrir des choses par eux-mêmes, note Andrea Kunard. Elle nous fait voir la photo comme un objet, comme quelque chose qui est destiné à s’intégrer à des archives et à une mémoire culturelle ».

 

Isabelle Hayeur, Nadia (2004), 107 x 157.5 cm. © Isabelle Hayeur

L’autre finaliste de Montréal est Isabelle Hayeur, une artiste dont les créations puissantes abordent souvent des préoccupations liées à l’utilisation des sols et à l’étalement urbain. « Hayeur voit les choses comme une artiste, mais elle s’intéresse aussi particulièrement à la façon dont nous traitons la planète », déclare Andrea Kunard. Plusieurs de ses paysages panoramiques sont en fait des amalgames de différentes sortes d’images, dont certaines ont été prises par elle. Résultat : ses photos allient souvent réalisme et fiction et nous paraissent à la fois familières et troublantes. Elle a été l’une des artistes de l’exposition collective de La Biennale canadienne 2014 du MBAC, Surgir de l’ombre.

   

Rafael Goldchain, Paradise Diner, Yucatan, Mexico [Dîner au Paradis, Yucatan, Mexique] (1985), épreuve à développement chromogène], 51 X 61 cm. © Rafael Goldchain

Rafael Goldchain est né à Santiago (Chili) dans une famille d’origine juive et polonaise. Aujourd’hui installé à Toronto, il a souvent utilisé la photographie pour trouver sa place dans le monde. Qu’il s’agisse de ses photos du Mexique ou d’Amérique centrale ou de sa série phare, I Am My Family [Je suis ma famille], ses images peuvent être vues comme le résultat d’une recherche d’identité et d’une quête du moi. Pour I Am My Family, il a créé des autoportraits en noir et blanc dans lesquels il personnifie ses ancêtres dont beaucoup ont été tués pendant l’Holocauste ou déplacés en Amérique du Sud ou en Amérique centrale au début du XXe siècle. Son langage photographique vise à tisser un lien entre les faits, la mémoire et l’imagination. Bien des questions restent cependant sans réponse, ce qui prouve, pense Andrea Kunard, que la photographie « ne sert pas uniquement à documenter quelque chose ». Rafael Goldchain a participé à l’exposition collective organisée par le MBAC en 2013, Collision. Le conflit et ses conséquences.

« Ce qui a été, ce qui est et ce qui pourrait être. Comment la photo peut-elle nous donner et nous retirer des informations. » Pour Andrea Kunard, ces pistes de réflexion ne sont que quelques-unes des idées avec lesquelles jonglent, quoique de bien étrange manière, les finalistes du Prix de photographie Banque Scotia 2015.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur