Dans l’atelier avec le jeune artiste. Rembrandt à Kingston

Rembrandt van Rijn a dix-neuf ans quand il retourne dans sa Leyde natale, vers 1625, en tant que jeune maître indépendant. Au cours des six années suivantes, il met en place les sujets, styles et techniques significatifs qui établiront sa réputation de grand maître de la peinture de l’âge d’or hollandais.

Rembrandt van Rijn, Autoportrait, v. 1629. Huile sur panneau, 44,5 x 34,2 cm. Indianapolis Museum of Art à Newfields, Courtoisie de The Clowes Fund, C10063. DiscoverNewfields.org

Leiden circa 1630 : Rembrandt Emerges, à l’affiche à l’Agnes Etherington Art Centre de Kingston, présente le jeune artiste durant ses premières années où il se consacre à l’expérimentation. L’exposition s’inscrit dans le cadre des célébrations mondiales de l’année Rembrandt, qui marque le 350e anniversaire de sa mort le 4 octobre 1669. « Je voulais montrer comment ce maître extraordinaire, considéré comme l’un des artistes les plus accomplis dans l’histoire de l’art, a appris et s’est perfectionné en l’espace de quelques années seulement », dit Jacquelyn N. Coutré, ex-conservatrice à l’Agnes Etherington Art Centre de la Queen’s University et aujourd’hui à l’Art Institute of Chicago. « Présenter Rembrandt comme une personne en pleine évolution et non comme le grand maître entièrement formé est inspirant pour nous tous. »

Pendant la visite de l’exposition, Coutré s’arrête devant son sujet. Dans l’Autoportrait de Rembrandt, peint vers 1629, on voit un jeune homme d’environ 22 ans, inexpérimenté, mais ambitieux. La moitié de son visage est dans l’ombre et, fait amusant, il a des boutons au menton. Pour rendre les mèches de cheveux, le jeune artiste a gratté dans la peinture humide pour faire ressortir la sous-couche. Dans cette œuvre expérimentale, atypique, il est intéressant de noter des éléments qui vont définir le style de maturité de Rembrandt, comme une expression faciale théâtrale et une fascination pour l’ombre et la lumière.

Jan Lievens, L'ermite, v. 1631. Eau-forte sur papier vergé, 24,7 x 18,4 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

Retraçant son évolution vers la maîtrise, l’exposition compte 33 tableaux de Rembrandt et de six compagnons, tirés pour la plupart de la Bader Collection, et auxquels s’ajoutent des prêts nord-américains. Les toiles offrent une perspective rare et révélatrice sur les origines artistiques du peintre. Le spectateur est en mesure de voir où Rembrandt a commencé, sa ville et son cercle artistique. C’est à Leyde, reconnue pour son université, son industrie de l’imprimerie et sa production textile que le peintre raffinera ses compétences. Dans les salles, un plan interactif du vieux Leyde met en évidence les rues et les influences partagées par les jeunes artistes, tout comme le fait un court métrage sur la ville contemporaine, qui conserve son legs du XVIIe siècle. Dans le réseau de Rembrandt, amitié et rivalité caractérisent les relations entre les artistes, qui apprennent les uns des autres, mais qui sont également concurrents.

Le renommé Jan Lievens est l’un des principaux associés de Rembrandt. Les deux font ensemble des expériences, peignant souvent les mêmes sujets et utilisant les mêmes modèles. Leurs progrès en tant que graveurs sont visibles dans deux prêts du Musée des beaux-arts du Canada. Pour L’ermite, Lievens fait huit versions laborieuses de sa gravure (la sixième est exposée), l’améliorant chaque fois. Pour sa part, Rembrandt travaille à ses premières eaux-fortes à Leyde, dont La petite chasse au lion. « Ce que j’aime de cette eau-forte, c’est qu’on se rend compte qu’il est encore en train d’apprendre, ajoute Coutré. Les traits sont plutôt bruts, elle est un peu difficile à lire, on n’y voit pas de gamme de tons. Rembrandt finira par réussir, mais je trouve passionnant de noter qu’en 1629 il est toujours en train se confronter à la technique. »

Rembrandt van Rijn, La petite chasse au lion, v. 1629–30. Eau-forte sur papier vergé, 16 x 12 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

Rembrandt et ses contemporains de Leyde se sont concentrés sur de petites peintures historiques aux sujets bibliques et mythologiques, ainsi que sur des « trones », ou des études de caractères. L’une des premières eaux-fortes de Rembrandt, Autoportrait au chapeau, la bouche ouverte de 1630, prêtée par le Musée des beaux-arts de Montréal, est une œuvre modeste probablement dessinée devant un miroir. Au cours de sa vie, le peintre a reproduit son portrait environ 75 fois. Ces images sont devenues des études reconnues pour leur caractère plutôt que leur aspect esthétique.

Des textures évocatrices, typiques des pièces de Rembrandt et de ses compagnons, sont clairement visibles dans des peintures comme Un homme qui chante et Le denier de César. On peut imaginer les jeunes artistes observant le monde qui les entoure, sensibles aux brocarts exotiques et à la lourdeur des tissus produits à Leyde, quand on regarde le traitement des robes et des drapés des vêtements dans leurs peintures.

Rembrandt van Rijn, Tête d'un vieil homme au chapeau, v. 1630. Huile sur panneau. Don de Alfred et Isabel Bader, 2003 (46-031). Agnes Etherington Art Centre, Queen’s University, Kingston. Photo : John Glembin

Tête d’un vieil homme au chapeau est la pièce phare de l’exposition. Peinte vers 1630, elle marque l’aboutissement des années où l’artiste raffine ses compétences et elle annonce ses plus grandes réussites artistiques. « Dans cette œuvre, il maîtrise son fameux vocabulaire pictural d’expression faciale fascinante, de textures évocatrices, de clairs-obscurs puissants et de profonde présence psychologique », note Coutré.

En mettant en lumière les premières années de l’un des artistes les plus vénérés de tous les temps, l’exposition présente un Rembrandt sur le point de passer de jeune talentueux à virtuose. Reprenant le récit vers 1632, l’exposition Rembrandt actuellement préparée par le Musée des beaux-arts du Canada pour 2021 continuera l’histoire de la légendaire période du peintre à Amsterdam et des célèbres grandes œuvres de maturité du maître.

 

Des sélections de Leiden circa 1630 : Rembrandt Emerges, à l’affiche jusqu’au 1 décembre 2019 à l’Agnes Etherington Art Centre de la Queen’s University à Kingston, seront aussi présentées au Musée des beaux-arts de l’Alberta à Edmonton, à la MacKenzie Art Gallery à Regina et à l’Art Gallery of Hamilton en 2020 et 2021. Partagez cet article et n’oubliez pas de vous abonner à nos infolettres pour connaître les dernières informations et en savoir davantage sur l’art au Canada.

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